Régime Écossais Rectifié

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Le Régime Ecossais Rectifié est étranger aux formes « obédientielles »

In Codes de 1778, Convent des Gaules, Doctrine, Histoire, Jean-Baptiste Willermoz, Ordre, Réforme de Lyon, Régime Ecossais Rectifié on 31 janvier 2013 at 00:05

Ordre

L’initiative récente du Directoire National Rectifié de France-Grand Directoire des Gaules, de réagir à la situation actuelle inquiétante en décidant de revenir à la conception originelle de l’Ordre rectifié, telle que pensée par Jean-Baptiste Willermoz lors du Convent des Gaules en 1778, initiative pourtant vitale, semble provoquer quelques incompréhensions.

Beaucoup s’interrogent, plus ou moins sincèrement, en se demandant ce que signifie le rappel des principes rectifiés exprimé par le D.N.R.F.-G.D.D.G. ?

Tout simplement que le Régime, car il s’agit bien d’un « régime » lorsqu’on parle du R.E.R., est fondé sur la notion d’Ordre, notion qui n’a strictement rien à voir avec la conception moderne « d’obédience ».

On sait comment René Guénon voyait dans la création des obédiences maçonniques, un mal moderne qui avait eu une responsabilité directe dans la « dégénérescence » profane de l’initiation : « Dans le Symbolisme (numéro d’avril), Oswald Wirth, parlant de L’Avenir maçonnique, dénonce « l’erreur de 1717, qui nous a valu les gouvernements maçonniques, calqués sur les institutions profanes, avec contrefaçon d’un pouvoir exécutif, d’un parlement, d’une administration paperassière et de relations diplomatiques » ; là-dessus tout au moins, nous sommes assez de son avis, comme le prouve d’ailleurs tout ce que nous avons dit ici même de la moderne dégénérescence de certaines organisations initiatiques en « sociétés ». [1]

Cette influence « profane » sur l’Ordre, a provoqué toutes les catastrophes que nous connaissons, qui se sont abattues sur la Franc-maçonnerie depuis des décennies, et dont le Régime rectifié n’a pas été épargné (affairisme, politique, dogmatisme clérical, oubli de la doctrine, direction partisane, autoritarisme, désorientation, recrutement inconsidéré, etc.).

 C’est pourquoi le Directoire National Rectifié de France-Grand Directoire des Gaules, conscient du caractère préoccupant de la situation, entend revenir à la conception willermozienne de l’Ordre, et le proclame clairement afin de corriger les dérives contemporaines et sauvegarder l’esprit du Régime : « L’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, fut conçu pour être l’écrin de l’Ordre mystérieux qui est l’essence même du Régime rectifié, sa substance intérieure secrète. Ses travaux se dérouleront donc dans l’invisible et auront pour objet de se consacrer à l’étude et à la conservation de la doctrine de la réintégration dont l’Ordre est le dépositaire de par l’Histoire, doctrine sacrée qui a un but essentiel et très élevé que peu d’hommes sont dignes de connaître. Willermoz écrira du Haut et Saint Ordre : « Son origine est si reculée, qu’elle se perd dans la nuit des siècles ; tout ce que peut l’institution maçonnique, c’est d’aider à remonter jusqu’à cet Ordre primitif, qu’on doit regarder comme le principe de la franc-maçonnerie ; c’est une source précieuse, ignorée de la multitude, mais qui ne saurait être perdue : l’un est la Chose même, l’autre n’est que le moyen d’y atteindre

De ce fait, « l’Ordre », du point de vue rectifié, lorsqu’on y fait allusion, entendu dans son principe le plus profond, le plus authentique, ne réfère donc pas à une structure administrative et temporelle, mais relève d’une dimension purement spirituelle dont l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte a le devoir de protéger l’existence, et de le défendre contre les forces de l’Adversaire. » [2]

Quoi de plus logique pour le Régime rectifié ?

Quoi de plus nécessaire, utile et louable ?

Le constat du Directoire National Rectifié de France-Grand Directoire des Gaules s’impose donc :

« Depuis le réveil complet du Régime en France au XXe siècle, force est de constater que les principes de fonctionnement propre à l’Ordre des C.B.C.S., pourtant clairement définis, n’ont pas été respectés. On a voulu se servir des cadres obédientiels de la maçonnerie andersonienne afin de faire vivre le Régime rectifié. Et, à cet égard, toutes les formes sous lesquelles vit le Régime actuellement ne sont en rien conformes à son essence, mais de plus, y compris les formes structurelles distinguées sous le nom de « Grands Prieurés » assortis de leurs divers titres distinctifs (régulier, indépendant, rectifié, réformé, traditionnel, des Gaules, etc.), qui sont en réalité très éloignés des critères propres de la rectification tels que spécifiés dans le Code de 1778. » [3]

La conséquence de cet éloignement est, hélas, grave pour le Régime :

« On est ainsi obligé de constater que depuis le réveil en 1935 du Régime, la conception originelle du Code n’a presque jamais été suivie, entraînant des disfonctionnements significatifs dans la logique organisatrice du Régime Ecossais Rectifié qui cessa, dès lors, de se penser comme un « Ordre », le ramenant à un Rite réduit à une conception obédientielle absolument étrangère à l’esprit de la rectification, même si imaginant en relever en usant de titres et dénominations issus du corpus sémantique willermozien. » [4]

Voilà qui est objectivement incontestable, la « conception obédientielle est absolument étrangère à l’esprit de la rectification », et vouloir faire rentrer le R.E.R., dans les cadres de la maçonnerie andersonienne en le faisant co-exister avec d’autres Rites, est une aberration.

Encore est-il possible d’être relativement clément pour les structures qui, pratiquant le R.E.R., se sont constituées dès le départ en tant qu’obédiences, en s’appuyant sur les principes des Constitutions de la Grande Loge Unie d’Angleterre de 1723.

Mais pour les structures rectifiées, qui normalement devaient fonctionner selon le Code Maçonnique des loges Réunies et Rectifiées de 1778 et ne l’ont pas respecté, c’est un oubli, pour ne pas dire une trahison pure et simple des bases de la Réforme de Lyon !

Comme le rappelait Marius Lepage, dans une formulation qui pourrait être de Willermoz : « L’Ordre est d’essence indéfinissable et absolue; l’Obédience est soumise à toutes les fluctuations inhérentes à la faiblesse congénitale de l’esprit humain. C’est pourquoi, si nous étudions historiquement les Obédiences, nous ne parlerons de l’Ordre qu’avec notre coeur et notre intuition, ou, plus exactement, avec la grâce de cette illumination intérieure qui n’est pas mesurée pour celui dont la vie quotidienne est intimement liée à l’esprit de la Franc-Maçonnerie.» [5]

Pourtant, il est tout à fait clair, par certaines réactions constatées, que bien peu comprennent encore ce qu’est « l’Ordre » ; il était donc grand temps d’en revenir aux principes du Régime tels que signalés dans l’une de ses Instructions : « Vous cherchez à remonter au but primitif de la Franc-Maçonnerie et l’on vous a attaché à un Ordre qui correspond avec ceux qui seuls peuvent vous instruire. Si vous savez quelque jour vous faire recon­naître pour un vrai chevalier Maçon de la Cité Sainte, si vous bâtissez constamment dans le temple du Seigneur, vous pouvez concevoir l’espoir de parvenir à un but si désiré. » (Instruction du 5e Grade, 1778).

La conclusion, qui s’impose d’elle-même et s’exige impérativement pour le Régime rectifié, nous est donnée par Robert Amadou : « l’accomplissement des rites propres à l’écossisme rectifié suppose que celui-ci soit constitué en un régime autonome. » [6]

Relisons, à la lumière de cette analyse, la Proclamation du Directoire National Rectifié de France-Grand Directoire des Gaules, et qui pourra prétendre ensuite, sous de fallacieux prétextes, qu’elle ne répond pas à une juste et parfaite logique rectifiée :

« L’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, s’appuyant sur les transmissions et qualifications qu’il détient, constatant l’éloignement des critères rectifiés dans lequel on fait vivre le Régime, s’engage dans une entreprise de réforme et de retour aux fondements structurels et spirituels de l’initiation willermozienne, et dans la mise en œuvre concrète de la « science de l’homme » entendue dans le sens de la « doctrine » dont le Régime est dépositaire, cherchant à construire et édifier, pour ceux qui se rangeront à ses côtés en acceptant de cheminer avec lui en se dirigeant du Porche vers le Sanctuaire, un nouveau destin commun en forme d’invitation en s’appuyant, avec confiance, sur les seules bases rituelles et doctrinales du Régime Ecossais Rectifié, ceci pour le plus grand bonheur des âmes de désir en quête de la Vérité et celui de toute la famille humaine au bien de laquelle sont, par définition, consacrés tous ses travaux. »  [7]

 

Notes.

1. R. Guénon, Etudes sur la Franc-maçonnerie et le Compagnonnage, Etudes traditionnelles, 1964, p. 192.

2. Proclamation refondatrice de l’Ordre rectifié, D.N.R.F., 15 décembre 2012.

3. Ibid.

4. Ibid.

5. M. Lepage, L’Ordre et les Obédiences, Histoire et Doctrine de la Franc-Maçonnerie, 1956, p.8

6. R. Amadou, De l’Ordre, présentation du régime écossais rectifié, nd.

7. Proclamation refondatrice de l’Ordre rectifié, D.N.R.F.

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Pour un retour aux sources de l’Illuminisme

In Franc-maçonnerie, Histoire, Illuminisme, Régime Ecossais Rectifié, Théosophie on 18 janvier 2013 at 01:38

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L’illuminisme semble poser un problème à la franc-maçonnerie moderne. Pourquoi donc ?

Tout simplement parce que l’esprit avec lequel œuvrèrent ceux qui participèrent de ce courant spirituel foisonnant au XVIIIe siècle, est devenu étranger à nos contemporains qui, bien que pratiquant des Rites qui sont nés de l’illuminisme, ignorent ou veulent tout ignorer des sources, méconnaissent les influences, oublient l’aspiration spirituelle qui présida aux destinées des voies initiatiques.

Dans sa présentation du lien unissant l’illuminisme au « Saint Ordre » – sous-entendu le Régime Ecossais Rectifié selon les critères willermoziens le Directoire National Rectifié de France explique : « Au XVIIIe siècle, l’illuminisme, courant d’une extraordinaire et foisonnante richesse qu’il est bien difficile et présomptueux de vouloir résumer en quelques mots, se caractérisa par une volonté de reconnaître au-dessus de l’homme un ensemble de vérités supérieures et mystérieuses, dépassant largement les faibles capacités de l’intelligence discursive. » [1]

Ceci est tout à fait exact.

Voici ce que que disait un éminent spécialiste du sujet : « Comme son nom l’indique, l’illuminisme fait référence à la lumière.  De quelle lumière s’agit-il ? De la Science de Dieu, lumière venant d’en haut : l’étymologie nous donne la meilleure définition de la théosophie et de l’illuminisme.  Les mystiques qui professent ces doctrines possèdent, par une révélation directe, les secrets du monde supérieur; l’inspiration, et, le plus souvent, l’association secrète les caractérisent ; « tous ces hommes, peu satisfaits des dogmes nationaux et du culte reçu, se livrent à des recherches plus ou moins hardies sur le christianisme qu’ils nomment primitif ». Ainsi les décrivait Joseph de Maistre. Si  Fabre d’Olivet et Prunelle de Lière, affirmaient que la théosophie commence où cesse la philosophie rationnelle, elle finit alors où commence la théologie; elle enveloppe les relations que l’on prétend entretenir avec le surnaturel, indépendamment de l’autorité ou du contrôle de n’importe quelle Église établie.  Ainsi l’entendent les plus réfléchis des illuminés et les plus consciencieux de leurs historiens.  Leurs définitions reposent sur la théorie de l’inspiration directe.  Dégager, par l’initiation, ce « moi intérieur », cette « étincelle divine » existant dans la personnalité humaine ; jouir de cette « intuition », de cette « intelligence profonde des choses qui repose, sur une illumination spirituelle », de ces « relations d’un genre exceptionnel avec les habitants du monde invisible » » ; posséder la « vision intime du principe de la réalité du monde  », telles sont bien les espérances des adeptes.  Ils obtiendront un jour, si le succès couronne leurs efforts, une « communauté immédiate avec la Divinité  » ; Ils savent d’ailleurs que, dès auparavant, ils ne peuvent, sans révélation, avoir d’idées vraies de Dieu, de la nature, du ciel ni de l’enfer. » [2]

Le courant illuministe, au moment où les loges opératives s’ouvraient à des lettrés n’exerçant pas le « métier », va imprégner profondément la franc-maçonnerie, il va lui donner un « esprit », une sensibilité, une orientation qui constitueront ses bases les plus essentielles.

Ainsi tous les rites, et en particulier le Régime rectifié, vont être marqués définitivement par l’empreinte de ce courant, au point que sans l’illuminisme la maçonnerie telle que nous la connaissons n’existerait tout simplement pas.

Que les illuminés d’hier inspirent les travaux d’aujourd’hui, voilà qui est normal, d’autant que le courant illuministe agit comme une source, mais également comme une méthode, car les mêmes manières d’approcher les mystères et de vivre les formes – y compris structurelles – doit présider à la façon dont doivent être actives et surtout fonctionner les voies initiatiques.

Martinès de Pasqually, Saint-Martin, Willermoz, Mathias Claudius (traducteur Des erreurs et de la vérité), Johann Friedrich Kleuker et Gottlieb Heinrich von Schubert, tous admirateurs de Jacob Boehme, sans oublier l’écrivain piétiste Jung-Stilling lié à Jacobi, Diethelm Lavater et Justinus Kerner, vont tous participer du renouveau spirituel au sein duquel se trouve également celui qui fut surnommé le « mage du Sud », Friedrich Christoph Oetinger, sans oublier évidemment Franz von Baader.

Que serait l’ésotérisme initiatique sans ces maîtres incontestés ?

A quoi ressembleraient les travaux des loges sans l’enseignement de ces personnalités éminentes et magnifiques ?

C’est donc par un retour aux sources qui nourrirent les voies spirituelles, par un respect pour les « illuminés » du XVIIIe siècle et ceux qui souhaitent se mettre à leur école en plaçant humblement leurs pas dans les leurs, et non en ostracisant leur doctrine et leur façon de vivre le cheminement initiatique, que la maçonnerie de notre siècle pourra retrouver, s’il se peut, et non sans d’immenses efforts, son authenticité perdue.

Notes.

1. Le dépôt du « Saint Ordre » et l’illuminisme, janv. 2012.

2. A.Viatte, Les sources occultes du romantisme, vol 1, 1ere partie, Librairie Honoré Champion, 1928.

Jean-Baptiste Willermoz et la pratique de la prière

In Doctrine, Franc-maçonnerie, Prière, Réintégration, Religion, Théologie on 9 janvier 2013 at 23:14

Jésus III

Nous savons que Willermoz, comme Saint-Martin y insista avec force, préconisait la pratique de la prière pour la réconciliation de l’âme avec le ciel. Cette invitation à l’exercice de la prière se retrouve à de nombreux endroits dans les textes du lyonnais, comme dans les rituels du Régime rectifié qui multiplient cet appel constant.

Ainsi, dans le rituel du 4e grade, il est indiqué : « Hiram allant assidûment au Temple pour y faire sa prière, après la retraite des ouvriers, enseigne aux Maçons qu’en cette qualité, ils doivent encore plus que les autres un pur hommage à l’Etre Suprême. » [1]

C’est pourtant dans un manuscrit peu connu, intitulé Mes pensées et celle des autres, où Willermoz va coucher sur le papier les lignes les plus intimes dans son rapport avec Dieu dans le secret de son âme. Il est donc intéressant que tous ceux qui sont attentifs à la voie rectifiée puissent connaître les pensées du fondateur du Régime établi à Lyon en 1778.

Voici la prière que Willermoz adresse à Dieu :

« Vérité éternelle, tu m’entoures de tes rayons, mais des ombres ténébreuses s’élèvent sans cesse de mon âme et m’empêchent de porter mes regards jusqu’à toi. Tous les jours, le soir et au milieu de la nuit, le matin et le midi, je t’invoque avec ardeur. Mes efforts sont vains et inutiles. Le voile épais de mes affections matérielles m’ôte le vue de ta lumière.  Les images des objets auxquels j’ai livré mes sens, se placent en foule entre ton action bienfaisante et les faibles efforts de ma volonté ; elles m’égarent et m’entraînent par leurs illusions trompeuses. Tu m’échappes et je perds l’espoir de t’atteindre.

O vérité sans laquelle mon être n’est qu’un néant, je ne cesserai de t’invoquer. Jusqu’à ce que tu aies exaucé mon désir, mes vœux seront mon unique existence. Entends ma voix, viens actionner celui qui t’appelle avec tant d’ardeur. J’abjure l’amour des objets sensibles ; c’est toi seul que je veux aimer et contempler à jamais comme mon unique vie. Car c’est toi qui es la vie de l’homme, et je sais avec évidence que ma destinée est de vivre toujours en toi et avec toi.

Où pourrai-je donc trouver la science et la sagesse ? J’ai passé les jours et les nuits dans la recherche et les méditations et je demande encore où elle se tient cachée. L’homme est bien loin de la connaître et d’en savoir le prix.

Elle n’est ni dans les profondeurs de la mer ni dans les abîmes de la terre. Où est-elle donc cette sagesse et cette intelligence ? Où pourrai-je la trouver ?

J’ai consulté tous les êtres vivants ; aucun ne l’a encore aperçue, et j’ai vu qu’ils ne l’ont point en eux… Il n’y a que Dieu qui connaisse la route qui conduit vers elle ; lui seul sait où elle se tient.

Lorsqu’il donnait des lois à tous les êtres, qu’il soumettait à ses ordres les ventes et les tempêtes et qu’il dirigeait la foudre dans la carrière qu’il lui imposait, la sagesse était devant lui. Alors, il dit à l’homme : Tu ne trouveras la science et l’intelligence que dans la crainte du Seigneur. »

Jean-Baptiste Willermoz, Mes pensées et celle des autres, B.M. de Lyon, MS 5526.

Note.

1. Rituel de Maître écossais de saint André, 1809.

La loge la Sincérité en Savoie depuis le XVIIIe siècle

In Convent des Gaules, Franc-maçonnerie, Histoire, Réforme de Lyon, Régime Ecossais Rectifié on 5 janvier 2013 at 16:57

Savoie

 

Le succès significatif au XVIIIe siècle des activités des frères rattachés à la Réforme de Lyon en Savoie, bien que vivant la fécondité de leur vie initiatique sous les auspices des grades chevaleresques, mais encore membres de loges bleues dépendantes de la maçonnerie anglaise, les encouragea à constituer une loge qui travaillerait selon les principes du Régime rectifié.

Ce fut un acte décisif quoique, il ne faut pas se le cacher, courageux, car jusqu’alors, toutes les loges participaient d’une même source, d’une identique essence, possédaient, à quelques légères variantes près, les mêmes rituels.

Oser franchir le pas visant à ériger, à Chambéry, une loge échappant à l’autorité des anciennes structures maçonniques, constituait donc un décision symbolique de rupture assez radicale qu’il ne faut pas sous-estimer, ni surtout minorer sur le plan spirituel si l’on veut en comprendre le sens.

de Maistre

Ainsi, s’éloignant de la maçonnerie anglaise, Joseph de Maistre accompagné de seize frères des « Trois Mortiers » [1], décidaient de se séparer de leur atelier afin de rejoindre la maçonnerie écossaise et annonçaient dans le courant de l’année 1778 qu’ils érigeraient à Chambéry une loge précisément de Rite Ecossais Rectifié sous le nom de « La Sincérité ».

De ce fait, le 4 septembre 1778, après plusieurs années d’efforts soutenus et patients, était consacrée à l’Orient de Chambéry la loge « La Sincérité », qui tiendra sa première tenue le 24 septembre. On ignore si Willermoz est venu en personne consacrer cette nouvelle loge, mais ce qui est certain c’est que son frère, Jacques-Antoine, était présent et fera part aux lyonnais du désir de connaissance qu’il a rencontré chez les frères chambériens « avides de précisions sur les textes de la Réforme, le pressant de questions souvent embarrassantes. »

De la sorte,  « La Sincérité » de Chambéry, devint la  première en date des loges rattachées au  Directoire de Lyon, demeurant la première en importance. Antoine Willermoz, eq. a Concordia, la représentait. Au cours de voyages d’affaires en Savoie, il s’efforçait tant bien que mal de compléter l’instruction et de satisfaire la curiosité de ses membres, bien qu’il ait été, à l’en croire, fort mal au fait de ce qu’on lui demandait.

 La Sincérité nen continua pas moins ses progrès, particulièrement riche en acquisitions brillantes. On y trouvait des jeunes gens instruits, appartenant à la noblesse ou à la bourgeoisie savoyarde, officiers, avocats, médecins, membres du Sénat.

Un an plus tard, en juillet 1779, Jean-Baptiste Willermoz dépêchera cette fois-ci à Chambéry, non son frère, mais son plus proche collaborateur en la personne de son Préfet du Collège Métropolitain des Grand Profès, Gaspard de Savaron (Eques a Solibus), afin que soient donnés aux frères de Chambéry outre les documents relatifs au Convent des Gaules qui s’était réuni à Lyon d’octobre à novembre 1778, les Instructions secrètes de la classe de la Profession, les rituels et instructions d’Ecuyer Novice, et une partie des rituels de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte (C.B.C.S.).

Le Régime Ecossais Rectifié était dès lors entièrement constitué et installé en Savoie, et il y est demeuré, après une période d’éclipse consécutive à la Révolution et au rattachement d’une partie du territoire du royaume à l’Italie et l’autre à la France, jusqu’à nos jours !

Notes.

1. Il s’agit, pour ceux dont les noms nous sont connus, des frères : Salteur, substitut des généraux, Desmaisons, médecin, Ducoutray secrétaire de consulat, Daquin, médecin, marquis de La Serraz, Deville de la Malatière sénateur, Pignières, membre du bureau des Gabelles, De Montfort, officier, Brouilly, Rivoire, marquis de Chevelu, officier, Picolet, avocat, Jacques Daviet, valet de chambre, Urbain Gros, receveur des Gabelles.

2. Quatre frères seulement, Marc Rivoire, le Chevalier de Ville, sénateur, le comte Salteur et Joseph de Maistre, « reçurent la pleine confiance de Lyon ». Ce sont d’ailleurs ces quatre frères qui effectueront le déplacement à Lyon de manière à recevoir toutes les instructions nécessaires pour conduire les travaux, et former ainsi le « Collège secret » de Chambéry.

Le symbolisme du Phénix en littérature au XVIIIe siècle

In Littérature, Philosophie, Symbolisme on 5 janvier 2013 at 16:13

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Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794)

Le Phénix

Le phénix, venant d’Arabie, 
Dans nos bois parut un beau jour : 
Grand bruit chez les oiseaux ; leur troupe réunie 
Vole pour lui faire sa cour. 

Chacun l’observe, l’examine ; 
Son plumage, sa voix, son chant mélodieux, 
Tout est beauté, grâce divine, 
Tout charme l’oreille et les yeux.

 
Pour la première fois on vit céder l’envie 
Au besoin de louer et d’aimer son vainqueur. 
Le rossignol disait : jamais tant de douceur 
N’enchanta mon âme ravie.

 
Jamais, disait le paon, de plus belles couleurs 
N’ont eu cet éclat que j’admire ; 
Il éblouit mes yeux et toujours les attire. 
Les autres répétaient ces éloges flatteurs, 
Vantaient le privilège unique 
De ce roi des oiseaux, de cet enfant du ciel, 
Qui, vieux, sur un bûcher de cèdre aromatique, 
Se consume lui-même, et renaît immortel. 

Pendant tous ces discours la seule tourterelle 
Sans rien dire fit un soupir. 
Son époux, la poussant de l’aile, 
Lui demande d’où peut venir 
Sa rêverie et sa tristesse : 
De cet heureux oiseau désires-tu le sort ? 
– Moi ! Mon ami, je le plains fort ; 
Il est le seul de son espèce.

Jean-Pierre Claris de Florian, Fable XIII, Livre II, 1792.

Jean-Pierre Claris de Florian, auteur dramatique, romancier, poète et fabuliste français, né près de Sauve à Logrian, le 6 mars 1755 et mort à Sceaux le 13 septembre 1794, s’inspira de la Bible pour écrire un poème narratif, Tobie, et une églogue, Ruth, récompensée par l’académie française en 1784. Florian écrivit un roman épique (Numa Pompilius) qui se voulait une réponse au Télémaque de Fénelon. Elu membre de l’Académie française en 1788 Contraint, en tant que noble, de quitter Paris lors de la Révolution française, il se réfugia à Sceaux. Il entreprit de traduire et d’adapter Le Don Quichotte de Cervantès. Arrêté en 1794, l’épître dédicatoire de Numa Pompilius qu’il avait écrite à la reine huit ans plus tôt, le desservant devant le Comité de sûreté générale, il fut remis en liberté le 27 juillet de la même année, mais il mourut subitement le 13 septembre, à l’âge de trente-neuf ans, probablement des suites de sa détention qui aggrava une tuberculose contractée depuis plusieurs années.

Il est enterré à Sceaux où sa tombe a été érigée en sanctuaire des Félibres, association culturelle et littéraire créée par Frédéric Mistral au milieu du XIXe siècle.