Régime Écossais Rectifié

Archive for avril 2013|Monthly archive page

Régime Ecossais Rectifié et christianisme de l’Ordre

In Christianisme, Codes de 1778, Convent des Gaules, Doctrine, Franc-maçonnerie, Jean-Baptiste Willermoz, Régime Ecossais Rectifié, Religion, Théologie on 30 avril 2013 at 23:24

Croix RER

Le christianisme n’a  pas  à être utilisé comme une bannière ostensible,

afin de tordre et interpréter l’esprit du Régime

 en le soumettant à des vues personnelles.

Le Grand Maître du Grand Prieuré des Gaules, fraîchement réélu, poursuivant sur les traces conceptuelles de celui qui fut le Grand Aumônier de son obédience pendant de longues années, nous gratifie donc, pour célébrer sa reconduction à la tête de l’organisation multiritualiste coiffée d’une Aumônerie dont il a de nouveau la charge pour quatre ans, d’un refrain bien connu distillé à temps et contretemps au sein de cette structure dont on peut déplorer la dérive, à propos d’une prétendue supériorité du « christianisme » à l’égard du « martinisme », « martinézisme » et « willermozisme » selon ce type de formulation : « L’initiation parfaite n’est pas seulement martiniste, martinézienne, willermozienne (…) l’initiation la plus haute … initiation de la Gloire de Dieu qui ne se limite pas, est le Christianisme. » [1]

Ainsi, par l’établissement d’une comparaison arbitraire, qui d’ailleurs n’aurait pas manqué de faire violemment sursauter Jean-Baptiste Willermoz, visant à placer au-dessus de la voie rectifiée un « christianisme » – que l’on se garde évidemment de définir sachant que l’on peut mettre beaucoup de choses sous ce terme – le Régime rectifié, amalgamé au Rite Français et à l’Ecossais, se voit placé en situation de subordination à l’égard d’un « christianisme » à partir duquel on prétend définir une forme nouvelle de franc-maçonnerie chrétienne, dont l’actuel Grand Maître se présente évidemment, comme l’interprète,  le « prêtre » et le « prophète » inspiré.

Or cette mécanique intellectuelle fallacieuse, pour s’être malheureusement imposée depuis plusieurs décennies au sein du Grand Prieuré des Gaules, et qui fut à l’origine de la création en décembre 2012 du Directoire National Rectifié de France, est cependant absolument contraire, non seulement à l’esprit du Régime rectifié, mais surtout à l’essence même de la substance doctrinale que l’on doit au génie organisateur de Willermoz au XVIIIe siècle.

 a) Le christianisme non ostensible de l’Ordre

En effet, le « christianisme», s’il est bien présenté à plusieurs endroits des Rituels et Instructions du Régime comme relevant de l’initiation par excellence [2], n’a pourtant pas vocation à s’imposer ostensiblement dans la définition extérieure et publicitaire de l’Ordre, et ceci est si vrai, que son dévoilement est même réservé, après un temps significatif passé sur les colonnes, à celui en qui le parcours initiatique a fait son œuvre, et que l’on juge apte à entendre certaines affirmations sur la nature du Régime.

L’approche se doit donc d’être progressive, mesurée, pédagogique, et jamais au grand jamais, brusque ou autoritaire, et surtout pas tambourinée pour en faire l’étendard de l’Ordre, dont le rôle n’est pas de se lancer dans l’évangélisation missionnaire.  Et c’est bien ce qui fut voulu par les créateurs de l’Ordre, car le climat chrétien se laisse entrevoir certes peu à peu au sein du Régime rectifié, mais en un esprit de découverte adapté pour chaque Frère, qui a pour objet de se manifester comme une rencontre intérieure et personnelle avec le Divin Réparateur.

C’est pourquoi, il n’est nullement question d’une brutale affirmation du « christianisme » de l’Ordre annoncée à son de trompettes au sein du Rectifié, les documents fondateurs historiques du Régime que sont les deux Codes de 1778 étant totalement silencieux sur ce point, et il faut même attendre de longues années en loge pour que soit exposé au Frère un discours développé sur la « Loi spirituelle du christianisme » en tant qu’initiation « mystérieuse » [3].

 b) Le christianisme de l’Ordre est un mystère

Et si le christianisme, après un long parcours, est donc présenté comme une « initiation mystérieuse » détentrice des connaissances cachées, ce n’est  sans doute pas pour rien.

Car le christianisme de l’Ordre rectifié n’est pas celui que l’on enseigne dans les confessions chrétiennes, c’est un christianisme véhiculant une doctrine spécifique et mystérieuse, s’écartant sur plusieurs points significatifs du Credo de Nicée-Constantinople et des affirmations dogmatiques des conciles de l’Eglise, sachant que ce christianisme soutient la croyance en la préexistence des âmes, qu’il croit que le composé matériel est consécutif de la chute, que l’incorporation en une forme matérielle impure d’Adam advint en punition du péché originel, qu’il nie également la résurrection de la chair et affirme son anéantissement après la mort, ce qui sera suivi par la dissolution de toute la Création matérielle à la fin des temps !

On le voit, et comprend aisément, il est plus que nécessaire que ce « christianisme » se révèle comme un « enseignement » initiatique et s’éclaire progressivement, qu’il fasse, si l’on peut dire, son chemin dans l’esprit, et il n’a absolument pas pour fonction de devenir une étiquette générique destinée à définir et emballer une structure obédientielle incluant plusieurs rites.

D’ailleurs, si l’on y réfléchit, on ne s’expliquerait pas pour quelle raison ridicule, si ce christianisme était identique à celui de l’Eglise, on maintiendrait pendant des années des maçons dans une organisation secrète à seule fin de leur révéler dans les degrés ultimes d’un cheminement long et coûteux qui les place sous le coup de sanctions disciplinaires ecclésiales sévères, ce qui leur est claironné dans les oreilles dès leur arrivée, et ce dont ils peuvent trouver le résumé parfait dans le catéchisme qui leur fut remis lors de leur première communion dans leur paroisse.

Tout ceci n’a donc strictement aucun sens.

De la sorte la trompeuse substitution à l’intérieur de la maçonnerie willermozienne effectuée par l’actuelle direction du G.P.D.G., entre « l’enseignement » dont l’Ordre est le dépositaire, c’est-à-dire la doctrine introduite en son sein par Jean-Baptiste Willermoz lors du Convent des Gaules en 1778, et une conception abstraite se revendiquant de la maçonnerie chrétienne – forgerie moderne profondément étrangère au Régime rectifié – créatrice d’une hiérarchie imaginaire et illusoire entre « christianisme » et « willermozisme » (ainsi que « martinisme » et « martinézisme » qui participent de la même source doctrinale), relève de la complète confusion objective, pour ne pas dire d’une ignorance majeure et évidente désorientation, altérant profondément l’essence du système issu de la réforme de Lyon.

c) Le christianisme de l’Ordre est de nature « transcendante »

Redisons-le une fois encore : l’Ordre, s’il est chrétien, se rattache à un enseignement secret, une «doctrine » méconnue, soit un christianisme particulier que Joseph de Maistre (1753-1821) désigna dans son Mémoire au duc de Brunswick (1782) comme « christianisme transcendant », transcendant car se rattachant à des vérités oubliées, et même combattues et condamnées par l’Eglise depuis le VIe siècle.

C’est ce qui est dit précisément dans une Instruction essentielle du Régime rectifié : « Les Loges qui reçurent [l’initiation parfaite] conservèrent jusqu’au VIe siècle ces précieuses connaissances, et le refroidissement de la foi annonce assez qu’à cette époque le souvenir s’en est affaibli, et que ce qu’il restait d’initiés se retirèrent dans le secret. Mais aussi on doit croire que ces connaissances se sont perpétuées sans interruption pendant tous les siècles du monde, car tous les ouvrages que Dieu a créés demeurent à perpétuité et nous ne pouvons rien ôter à tout ce que Dieu a fait. » [4]

Les connaissances secrètes sur le christianisme ont donc été perdues au VIe siècle par l’Eglise selon le Régime rectifié, mais se sont conservées au sein de l’Ordre qui en détient le dépôt doctrinal.

Voilà ce qu’affirment les rituels, et rien d’autre, à propos du christianisme professé dans l’Ordre.

Et en effet, c’est ce que confirme de nouveau Willermoz au sommet ultime du Régime : « La doctrine […] remonte…jusqu’à Moïse qui la connut dans toute sa pureté et fut choisi par Dieu pour la faire connaître au petit nombre des initiés, qui furent les principaux chefs des grandes familles du Peuple élu, auxquels il reçut ordre de la transmettre pour en perpétuer la connaissance dans toute sa vérité… Les Instructions sont un extrait fidèle de cette Sainte Doctrine parvenue d’âge en âge par l’Initiation jusqu’à nous. » [5]

 Conclusion

Il y a donc bien un christianisme professé par l’Ordre, mais entendu au titre de la «  Sainte Doctrine parvenue d’âge en âge par l’Initiation jusqu’à nous… », comme le dit positivement Willermoz, expliquant que cette doctrine – c’est-à-dire le « christianisme transcendant » –  fut oubliée par l’Eglise et qu’elle est à présent  préservée uniquement par l’Ordre.

Et cette « doctrine », en quoi consiste le « christianisme transcendant », est dépositaire d’un enseignement secret et spécifique qui n’a rien à voir avec une conception religieuse dogmatique puisqu’elle est différente, sur bien des points, de la foi telle qu’enseignée par l’Eglise.

  • Il s’agit donc d’un christianisme certes, mais qui n’a pas pour vocation à englober sous son intitulé divers Rites maçonniques, distants et indifférents à ce christianisme « transcendant » porteur d’un enseignement doctrinal, ceci afin de les regrouper en obédience soi-disant « chrétienne», aboutissant, soit à imposer à d’autres rites un christianisme qui n’est pas le leur, soit à reléguer aux oubliettes l’originalité du christianisme willermozien afin de faire cohabiter le Régime rectifié avec d’autres systèmes maçonniques.
  • Ce christianisme n’a surtout pas, non plus, à être utilisé comme une bannière ostensible, afin de tordre et interpréter l’esprit du Régime à sa guise, en le soumettant à des vues personnelles et à quelques lumières illusoires dont on se prétend favorisé par le ciel afin de s’instituer par auto-proclamation, au titre de sa fonction, « prêtre » et « prophète » d’une conception subjective de l’Ordre.
  • Ce christianisme, enfin, est dans l’impossibilité de se voir placé sous le contrôle d’une Aumônerie dont le rôle est de « veiller à l’instruction religieuse des Frères de l’Ordre » (sic) ! [6]

Ainsi, le « christianisme de nature mystérieuse», qui se confond avec la « sainte doctrine » jusqu’à ne faire plus qu’un avec elle, n’est pas « supérieur sur le plan initiatique », c’est-à-dire une « initiation plus haute » (sic) que le Rectifié comme le soutient de façon abusive et aberrante l’actuel Grand Maître du Grand Prieuré des Gaules, il a, bien au contraire, été confié au seul dépôt du Régime rectifié qui en est le conservateur attentif, le gardien pieux et vigilant, le zélé pédagogue, puisque tel fut le rôle que lui conféra Jean-Baptiste Willermoz en 1778 lors du Convent des Gaules, afin que soient sauvés, au moment où le monde en perdait la mémoire, les secrets de la doctrine de la réintégration.

 Notes.

1. Bruno Abardenti, Réélu le 27 avril, le Grand Maître du GPDG répond à nos questions, site du G.P.D.G., 30 avril 2013.

2. « L’admission au Christianisme, fut une véritable initiation à des mystères sacrés et ineffables. On ne pouvait en obtenir ta connaissance et la participation qu’après avoir subi successivement des épreuves longues et rigoureuses… »  (Instruction secrète des Profès,  ms 5475 pièce 2, BM de Lyon, 1778).

3. «Les connaissances parfaites nous furent apportées par la Loi spirituelle du christianisme, qui fut une initiation aussi mystérieuse que celle qui l’avait précédée : c’est dans celle-là que se trouve la Science universelle. Cette Loi dévoila de nouveaux mys­tères dans l’homme et dans la nature, elle devint le complé­ment de la science. Elle est la plus sublime, la plus élevée, la plus parfaite de toutes, enfin la seule à désirer pour un vrai Chevalier de la foi. » (Rituel de l’Ordre de la Cité Sainte pour la classe des Chevaliers, approuvé par le Convent de Wilhelmsbad  le 30 août 1782, ratifié le 18 juillet 1784, BM de Lyon, Fonds Willermoz, ms 5921).

4. Instruction du grade d’Ecuyer Novice, 1778.

5. J.-B. Willermoz, Statuts et Règlement de l’Ordre des Grands Profès, Ms 5.475, BM Lyon.

6. Cf. Statuts du G.P.D.G., L’Aumônerie, Livre VII,  Article 2 : Champs d’action :

« Les champs d’action de l’Aumônerie sont :

(…) – l’enseignement des principes religieux et spirituels des Ordres, en particulier la doctrine de la religion et de l’initiation chrétiennes. »

Adopté en Assemblée Générale, le 30 avril 2005.