Régime Écossais Rectifié

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La Très Sainte Trinité et le Régime Écossais Rectifié

In Christianisme, Doctrine, Elus coëns, Franc-maçonnerie, Jean-Baptiste Willermoz, Philosophie, Régime Ecossais Rectifié, Réintégration, Théologie, Théosophie on 6 novembre 2016 at 17:41

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L’Unité divine est désignée dans les rituels du Régime rectifié,

par ses facultés créatrices de

« Pensée »,« Volonté » et « Action »,

facultés adorées sous les Noms de « Père », « Fils » et « Saint Esprit ».

La question de la « Trinité » au sein du Régime rectifié, occupe une place centrale, pour ne pas dire fondamentale, puisque, comme il est connu, le système fondé par Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824) lors du Convent des Gaules (1778) à Lyon, se situe clairement, dans une affirmation trinitaire explicite dont l’adhésion est même une condition impérative pour en être membre, les travaux de l’Ordre intérieur étant placés sous les auspices du « Père, du Fils et du Saint-Esprit qui sont trois en Un ».

Mais avant que de s’imposer de façon si claire dans le système initiatique qui réforma la Stricte Observance, il aura fallu que Willermoz corrige la position de Martinès de Pasqually (+ 1774), qui ne se contentait pas de dire que l’essence divine est « quaternaire », ou plus exactement « quatriple », mais surtout se refusait d’admettre une distinction de trois personnes au sein de Dieu, ce qui apparente la conception martinésienne à du « modalisme », hérésie qui posait la seule réalité unique de Dieu en refusant toute distinction en son sein de trois personnes différentes.

a) Position non-trinitaire de Martinès de Pasqually

Martinès en effet, semble n’avoir jamais pénétré le mystère trinitaire et même s’en scandalise : « Il nous a été enseigné (sic), écrit Martinès, que Dieu était en trois personnes, et cela parce que le Créateur a opéré trois actions divines et distinctes l’une de l’autre en faveur des trois mineurs (…) Ces trois personnes ne sont en Dieu que relativement à leurs opérations divines et l’on ne peut les concevoir autrement sans dégrader la Divinité, qui est indivisible et qui ne peut être susceptible, d’aucune façon, d’avoir en elle différentes personnalités distinctes les unes des autres. S’il était possible d’admettre dans le Créateur des personnalités distinctes, il faudrait alors en admettre quatre au lieu de trois, relativement à la quatriple essence divine (…). C’est par là que nous concevons l’impossibilité qu’il y a que le Créateur soit divisé en trois natures personnelles.» (Traité, 182).

La position ici soutenue relève de l’unitarisme (voyant dans la Trinité trois modalités d’expression : Pensée, Volonté, Action et se refusant à la distinction des Personnes), que Willermoz ne pouvait admettre.

Résumant les erreurs de Martinès de Pasqually, Robert Amadou (+ 2006) écrivait donc : « Martines n’admet pas le dogme de la Trinité, car Dieu est un et son essence quaternaire. Lorsqu’il nomme le Père, le Fils et le Saint-Esprit, ce sont pour lui trois fonctions en trois facultés – respectivement l’intention, la pensée et l’action -, non point des hypostases (pour utiliser le synonyme technique de Personnes ). Il personnifie les trois fonctions de la Divinité, mais en catégories et en termes d’angélologie, la démarche est typique du judéo-christianisme […] Le dogme de la Sainte Trinité, tel que les conciles oecuméniques l’ont défini, de même que celui de l’Incarnation, Martines n’en a pas connaissance. » [1]

b) Examen de la question de la Trinité

Cette difficulté importante, a fait l’objet d’une analyse développée dans « Les élus coëns et le Régime Écossais Rectifié », livre publié par Jean-Marc Vivenza en 2010, dans un appendice intitulé : «La Sainte et Indivisible Trinité »,  auquel il est utile de se référer lorsqu’on veut aborder sérieusement ce sujet complexe.

Voici ce que l’on apprend, et ce qui est exposé dans cette analyse :

 « Dans un passage de son Traité, Martinès écrivit parlant de Dieu : « S’il était possible d’admettre dans le Créateur des personnalités distinctes, il faudrait alors en admettre quatre au lieu de trois, relativement à la quatriple essence divine qui doit vous être connue… » (Traité, § 182) Un tel discours, qui semble surgir de l’hérésie modaliste, était évidemment difficilement recevable par Jean-Baptiste Willermoz, et il n’est pas surprenant que souhaitant corriger Martinès, c’est en premier lieu sur sa conception trinitaire qu’il fit porter ses immédiats et principaux efforts, afin de ramener la doctrine de la Réintégration à une conformité théologique exempte de toute trace d’hétérodoxie. Il réalisera ce projet, dès l’ouverture des Leçons de Lyon – attitude qui laisse supposer une certaine détermination et réflexion antérieure longuement mûrie – soulignant : « Le tableau des trois facultés puissantes innées dans le Créateur nous donne en même temps une idée du mystère incompréhensible de la Trinité : la pensée donnée au Père, 1, le verbe ou l’intention attribuée au Fils, 2, et l’opération attribuée à l’Esprit, 3. Comme la volonté suit la pensée et de la volonté, de même le verbe procède de la pensée et l’opération procède de la pensée et du verbe dont l’addition mystérieuse de ces trois nombres donne également le nombre sénaire, principe de toute création temporelle. Vous reconnaissez par cet examen trois facultés réellement distinctes, et procédant les unes des autres, et produisant des résultats différents, et cependant toutes réunies dans le seul et même Etre unique et indivisible. »  (Leçons de Lyon n° 1, 7 janvier 1774, W). » [2]

Jean-Marc Vivenza souligne ensuite :

« Ces précisions de Willermoz, de la plus haute importance, ont non seulement pour vertu de faire passer la doctrine martinésienne du quaternaire au trinitaire, mais, de plus, de repréciser avec beaucoup de rigueur la place fondamentale des Personnes, Père, Fils et Esprit au sein de la Sainte Trinité. Cette initiative, chez Willermoz, n’est pas simplement l’expression d’un souci de ne point s’écarter de la foi catholique, elle répondait à une conscience de la signification propre du dogme de la Trinité dans le cadre de l’économie spirituelle qui doit s’opérer en chaque âme, puisque, si nous sommes tous appelés, en tant qu’enfants de Dieu, à devenir participants de la nature divine (II Pierre 1 ,4), encore faut-il que nous nous conformions, sur notre chemin de divinisation, à la structure intime authentique de cette divinité en nous laissant emplir de la grâce trinitaire, nous préparant à pouvoir contempler un jour, face à face, l’éternelle circulation de l’énergie d’amour au sein de la circumincession des hypostases. »  [3]

c) La conception trinitaire est intrinsèque au christianisme

Suit alors, un examen détaillé de la présence de la conception trinitaire depuis les premiers siècles du christianisme, montrant que l’affirmation de la Sainte Trinité traverse toute la Révélation évangélique, et s’exprime dès la mise en mort du premier martyr de la foi, Etienne, rapportée en ces termes par les Actes des Apôtres : « Rempli du Saint-Esprit et fixant les yeux vers le ciel, il vit la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu. Et il dit : « Voici, je vois les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu’’. » (Actes 7, 55-56), puis est réaffirmée avec une force particulière par l’apôtre Paul qui mentionne les trois Personnes de la Trinité dans sa célèbre formule de bénédiction aux Corinthiens que conserve l’Eglise dans sa liturgie : « Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu le Père, et la communion du Saint Esprit, soient toujours avec vous » (2 Corinthiens 13, 13), suivit identiquement par Pierre lorsqu’il dira, s’adressant pour les saluer aux chrétiens de la dispersion du Pont de la Galatie, de la Cappadoce, de l’Asie et de la Bythinie qui séjournaient parmi les nations : « A ceux qui ont été choisis…., selon la prescience de Dieu le Père, pour être sanctifiés par le Saint Esprit…., et pour être arrosés du sang de Jésus-Christ. » (I Pierre 1, 1-2).

Comme on le constate, le Père, le Fils et l’Esprit, selon la révélation chrétienne, agissent et « opèrent » ensemble dans l’unité tripartite d’un seul Dieu en trois Personnes.

Le regard attentif porté sur le temps qui va séparer l’expression trinitaire des premiers siècles du christianisme, jusqu’à la proclamation de la Foi en la Sainte Trinité, lors du concile de Nicée (325), est l’objet de nombreuses pages circonstanciées, qui aboutissent à cette conclusion : « Certes, on a put parler, pour récuser l’autorité des premiers Conciles, d’une imprécision théologique générale au sujet du dogme de la Trinité chez les Pères anténicéens, Robert Amadou affirmera même : « Aucune thèse christologique est hérétique avant le concile de Nicée en 325. Avant comme après, différentes théologies sont habilitées à rendre compte d’un même dogme chrétien. » (Préface aux Leçons de Lyon, op. cit., p. 23). Les arguments présentés ne manquent donc jamais de nous indiquer, avec une singulière insistance, l’existence de nombreuses communautés de sensibilité judéo-chrétienne en marge du christianisme officiel s’étant perpétuées à travers les siècles en proposant une interprétation originale de la Révélation […].Ainsi, sont convoqués à l’appui de cette thèse soutenant l’existence d’une théologie aux multiples formulations au sein du christianisme anté-nicéen, les Ebionites,  juifs venus au Christ en le regardant uniquement comme le plus grand des prophètes mais refusant de le considérer comme le Fils de Dieu, les Elkasaïtes proches des Ebionites mais qui se distinguaient par un fort rejet de l’apôtre Paul, soutenant la réalité de multiples « incarnations » du Sauveur sous divers visages à travers l’Histoire, les Nazaréens ayant conservé, malgré leur passage au christianisme, les observances juives (sabbat et circoncision), les Zélotes messianiques chrétiens attendant et travaillant à hâter l’avènement de la Parousie finale qui instaurera pour toujours le Royaume de Dieu sur la terre, les Carpocratiens qui soutenaient que la Création était l’œuvre d’anges inférieurs, l’Eternel ayant délégué, selon eux, son autorités à des esprits intermédiaires pour que fût constitué le monde… » [4]

d) Impossibilité d’une théologie séparée au sujet de la Trinité

Toutefois, ce qui apparaît, c’est que l’idée qu’il ait pu exister des courants non trinitaires chrétiens, ne résiste pas à l’épreuve des faits : « Cette idée, d’une théologie séparée quasi « indépendante » prenant divers visages au sein du christianisme naissant, pour généreuse qu’elle soit, reçoit néanmoins son démenti catégorique lorsque l’on examine sérieusement les textes des docteurs de la foi des premiers siècles, textes traçant une frontière nette entre l’orthodoxie et l’hérésie. Chez Justin, chef du didascalée de Rome, saint et martyr, chez Théophile (IIe), précisément évêque d’Antioche et saint, chez Athénagore (IIe), nous retrouvons la même foi, l’affirmation d’une identique croyance trinitaire. D’ailleurs, soulignera Jules Lebreton dans sa monumentale étude portant sur l’histoire du dogme trinitaire : « Les œuvres de ces trois écrivains [Justin, Théophile et Athénagore], manifestent une foi sincère ; on peut dire (…) que leurs déclarations suffisent à faire connaître le dogme de la Trinité et à renverser l’hérésie d’Arius et celle de Sabellius. Chez eux comme chez tous les autres anténicéens qui appartiennent à l’Eglise, on voit affirmer et l’unité de Dieu et la Trinité des personnes et la véritable génération du Fils, qui n’est pas une créature du Père, mais qui est né de sa propre substance. Ce dogme capital qui est le fondement de la foi de Nicée ; les docteurs anténicéens le confessent unanimement. » (J. Lebreton, Histoire du dogme de la Trinité, vol. II, Beauchesne, 1928, p. XIX). » [5]

e) Conception trinitaire augustinienne de Willermoz

Mais ce qui est passionnant pour notre sujet, et relève d’un intérêt majeur pour ceux qui participent du cheminement du Régime rectifié, c’est de s’apercevoir, par ce que nous révèle Vivenza, que Willermoz, a puisé chez saint Augustin : « En effet, saint Augustin […] va établir une pertinente correspondance entre la Trinité et les trois facultés propres de l’âme humaine : la mémoire, l’intelligence et la volonté. Cette comparaison, qui va jouer un si grand rôle dans le discours théologique occidental au cours des siècles, inspirant les plus grands docteurs et engageant une approche du mystère divin à partir d’une anthropologie extrêmement poussée et subtile, sera intégralement reprise, il n’est pas négligeable de le noter pour notre sujet, par Jean-Baptiste Willermoz lors de l’élaboration de son système initiatique, qui en fera un élément majeurs de la doctrine de la Grande Profession, s’appuyant, entièrement, sur la conception augustinienne pour développer sa théorie de la dégradation des facultés qu’il avait antérieurement trouvée, mais de façon embryonnaire, chez Martinès de Pasqually. » [6]

Conclusion : la « Triple essence de l’unité »

Vivenza nous montre, en conclusion de son étude, que pour Willermoz les puissances actives par lesquelles l’Unité divine se manifeste et sont ainsi désignées dans les rituels du Régime rectifié, sont bien ses facultés créatrices de Pensée, Volonté et Action, adorées sous les Noms de Père, de Fils et de Saint Esprit, ceci nous éloignant totalement du modalisme de Martinès de Pasqually, et de sa conception trinitaire erronée, qui considérait que la « quatriple essence » (ou « quadruple« ), aboutit à « l’impossibilité que le Créateur soit divisé en trois natures personnelles », puisque pour Martinès les « quatre cercles d’esprits » dont est formé le monde surcéleste, « savoir l’esprit divin 10, l’esprit majeur 7, l’esprit inférieur 3 et l’esprit mineur 4″ (Traité,  182), est en fait la formalisation concrète de l’immensité divine : « … ce sont ces quatre cercles qui sont le véritable type de la quatriple essence divine. » (Traité, 224).

Ainsi, pour mieux nous faire comprendre ce qui distingue la conception modaliste martinésienne de la conception trinitaire willermozienne propre au Régime rectifié et qui lui est devenue intrinsèque et en fonde toute la perspective initiatique, Vivenza reproduit l’exposé que Willermoz fit concernant ce sujet, montrant d’ailleurs, contrairement à ce qui se dit beaucoup trop rapidement, que le patriarche lyonnais possédait une capacité d’approfondissement de la doctrine spirituelle d’une rare subtilité :

Doctrine de Moïse, Doctrine,

Instruction particulière & secrète à mon fils

 « Nous disons une Triple essence de l’unité, et non pas trois essences isolées et indépendantes de l’unité, car elles ne sont pas trois Dieux. Les trois Puissances créatrices de l’unité forment dans l’immensité incréée, l’Eternel Triangle Divin, dont elles sont le principe et le centre. Elles sont tellement inhérentes à la nature essentielle de l’unité, et tellement identiques avec elle, que quoique toujours distinctes par leur action particulière, elles forment ensemble avec l’Unité un seul Dieu. (…) Les puissances actives par lesquelles l’Unité divine se manifeste et opère toutes choses, sont ses trois propres facultés créatrices de Pensée ou d’intention, de Volonté et d’Action divine opérante, que nous personnifions et adorons sous les Noms de Père, de Fils et de Saint Esprit ; elles forment le sacré Ternaire de ces puissances créatrices que nous nommons la Très Sainte Trinité : mystère ineffable dont l’homme dégradé ne peut plus sonder toute la profondeur, mais dont la connaissance est si importante pour lui qu’afin qu’il ne la perde pas et qu’il puisse concevoir ce grand mystère, Dieu l’a gravé en caractères indélébiles sur son Être, comme sur la Nature entière, et la rendre en quelque sorte sensible à son intelligence en imprimant sur l’homme même, qui malgré sa dégradation reste toujours son image, une trinité de facultés actives et intelligentes de Pensée de Volonté et d’Action, en similitude de la Trinité Divine, par lesquelles il peut, ainsi que Dieu, produire des résultats analogues à sa propre nature, et sans lesquelles il serait à l’égard de tous les êtres qui l’environnent comme nul et non existant. Mais en Dieu, ces trois facultés puissantes sont égales en tout, et opèrent de toute éternité leur action particulière simultanément, quoique dans un ordre distinct, pour tous les actes d’Emanation, de Production, et de Création divine, auxquels elles concourent toutes trois également et distinctement, mais toujours en unité d’action, parce que Dieu étant l’Être de sagesse et de perfection infinie, la Volonté divine veut toujours ce que la Pensée divine a conçu, et ce que la Volonté a déterminé. Car il est certain que Dieu pense, veut et agit, et que ces trois facultés de l’unité divine produisent nécessairement des résultats de Vie spirituelle analogues à sa propre nature, Ainsi, on ne peut concevoir trois en Dieu, sans y reconnaître en même temps quatre : savoir : les trois puissances créatrices opérantes, et les Êtres spirituels émanés dont l’existence, hors du sein de l’unité, est opérée par elles.C’est donc bien avec raison que la religion présente sans cesse à l’homme les trois puissances divines créatrices, comme étant l’objet constant de son culte et de son adoration ; car la Pensée divine est vraiment Dieu, en Dieu et de Dieu. La Volonté divine et son Action opérante sont aussi chacune vraiment Dieu, en Dieu et de Dieu, ces trois puissantes facultés innées en Dieu, sont tellement identiques avec sa nature essentielle, que sans elles, Dieu ne serait pas Dieu ; comme aussi sans elles, ou pour mieux dire, sans leur similitude, l’homme, image de Dieu, ne serait pas homme. » [7]

*

L’Apprenti du Régime écossais rectifié apprendra donc :

« L’Orient maçonnique signifie la source et le principe de la lumière que cherche le Maçon. Elle vous a été représentée par le chandelier à trois branches qui brûlait sur l’autel d’orient comme étant l’emblème de la triple puissance du Grand Architecte de l’Univers. Cette lumière est le premier vêtement de l’âme, l’habit qu’on vous a donné n’en est que la figure et sa blancheur en désigne la pureté. Le signe qu’on vous a donné, séparant la tête d’avec le buste, vous rappelle la supériorité originelle de l’homme sur tous les animaux ; gardez-vous donc d’assimiler sa nature à la leur. » [8]

Lire :

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J.-M. Vivenza, Les élus coëns et le Régime Écossais Rectifié,

Le Mercure Dauphinois, 2010,

Appendice I. «La Sainte et Indivisible Trinité », pp. 263-292.

Notes.

1. R. Amadou, Introduction au Traité sur la réintégration des êtres, Collection Martiniste, Diffusion rosucrucienne, 1995, pp. 38-39.

2. J.-M. Vivenza, Les élus coëns et le Régime Écossais Rectifié, Le Mercure Dauphinois, 2010, pp. 263-264.

3. Ibid., p. 264.

4. Ibid., pp. 275-276.

5. Ibid., pp. 276-277.

6. Ibid., pp. 281-282.

7. Ibid., pp. 285-286.

8. Instruction morale du Grade d’Apprenti, Rituel 1802.

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La dérive religieuse sectaire du Grand Prieuré des Gaules au grand jour !

In Christianisme, Doctrine, Franc-maçonnerie, Histoire, Illuminisme, Jean-Baptiste Willermoz, Polémique, Réforme de Lyon, Régime Ecossais Rectifié, Réintégration, Religion on 2 janvier 2014 at 23:37
GPDG VIII

Le Grand Maître du GPDG, par l’effet d’un sectarisme religieux

incompatible avec les voies initiatiques,

annonce vouloir « amender, opposer,contrarier, enrichir »,

et même  « contester » (sic !) l’héritage doctrinal willermozien…

Le numéro récemment publié des Cahiers Verts (n° 8, 2013), revue éditée jusqu’à présent par les Editions du Simorgh dont l’ancien directeur de publication fut un Grand Maître adjoint éphémère du Grand Prieuré des Gaules en raison du scandale provoqué par l’affaire de la bibliothèque Robert Amadou, propose diverses contributions, dont, et c’est ce sur quoi nous arrêterons car ce texte est signé de l’actuel Grand Maître fraîchement réélu pour un nouveau mandat de 4 ans, son discours d’orientation.

Ce discours a vocation à poser les bases sur lesquelles on entend engager l’obédience multiritualiste coiffée d’une Aumônerie, qui a vécu la rupture que l’on sait en décembre 2012, puisque celui qui fut son Porte-parole officiel – suivi par de nombreux Frères dont l’ancien Grand Maître du G.P.D.G., et l’ancien Grand Conservateur du Rite écossais rectifié au G.P.I.F. (G.O.D.F.) -, prit l’initiative, face à une situation d’éloignement d’avec les critères du Régime qui s’avérait irréversible, de réveiller le Grand Directoire des Gaules qui était en sommeil depuis 1939.

Le sous-titre : «À ceux qui déchirent sa tunique », est d’ailleurs relativement bien choisi par un Bruno Abardenti  qui, comme nous allons le constater, piétine allègrement les principes willermoziens, annonçant immédiatement la tonalité en étant à la navrante hauteur, à bien des égards, de ce que développe ce discours stupéfiant.

a) Permanence des pratiques de travestissement des textes

D’entrée, par un petit tour de passe-passe dont il a le secret, et qui est désormais une habitude de fonctionnement pour le GPDG, le Grand Maître du Grand Prieuré des Gaules, jamais en peine d’un travestissement comme il nous l’avait signalé récemment, commence son discours de la saint Michel 2013 par une substitution tout à fait étonnante, puisqu’il considère que la Règle Maçonnique rédigée à Wilhelmsbad proclamerait, selon lui, que « l’initiation parfaite » (sic) serait le christianisme.

Pour appuyer son propos, il cite ce passage connu de la Règle Maçonnique : « Tu accompliras ta sublime destinée, tu recouvreras cette ressemblance divine, qui fut le partage de l’homme dans son état d’innocence, qui est le but du christianisme, et dont l’initiation maçonnique fait son objet principal. »  [1]

Est-il question d’un « christianisme initiation parfaite » dans ce passage ?

Nullement.

Il est simplement spécifié, dans la Règle Maçonnique en IX articles, que le but des travaux maçonniques est de concourir à ce que chaque homme retrouve la « ressemblance divine » qu’il a perdue, but signalé comme étant commun avec le christianisme. Pas une ligne de plus.

D’ailleurs, à travers tous les rituels de l’Ordre, la seule chose que révélera le Régime rectifié, non aux Frères des classes symboliques, et surtout pas de façon ostensible et tapageuse comme il est devenu courant dans un GPDG mué en école de religion, mais seulement à ceux qui atteignent l’état de Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, c’est que le christianisme, s’il « fut une initiation aussi mystérieuse que celle qui l’avait précédée », apporta certes, mais uniquement en tant que Loi, des  «connaissances parfaites », et que c’est cette Loi qui «est la plus sublime, la plus élevée, la plus parfaite de toutes » [2], non le « christianisme » en tant que tel, qu’on se garde bien de définir.

b) Depuis le VIe siècle, « l’initiation parfaite » est conservée dans le secret

On remarquera en effet, et c’est pourquoi ces trémolos exagérés et déplacés sur le « christianisme » auraient été vigoureusement rejetés par Jean-Baptiste Willermoz qui constitua son système comme une lente et prudente propédeutique de la Vérité, que si le Rituel du 1er Grade évoque à plusieurs endroits le « christianisme », ou « la sainte religion chrétienne », il s’interdit de préciser ce que l’Ordre entend sous ces termes, et pour cause, puisque le Frère apprendra, un peu plus tard, en avançant dans l’initiation, que le christianisme auquel se réfère le Régime rectifié, provient de celui, lié à la « religion primitive », détenteur de vérités oubliées, voire condamnées aujourd’hui par l’Eglise depuis le VIe siècle !

Et c’est en cela, sans aucun doute, que réside la preuve du travestissement positif, évident et très coupable de la doctrine du Régime opéré par Bruno Abardenti, car ce n’est non pas « l’Eglise » pour le système édifié par Willermoz, mais les Loges qui conservèrent l’initiation parfaite  jusqu’au VIe siècle, « initiation parfaite » consistant dans les précieuses connaissances aujourd’hui perdues, que préservent les initiés qui se sont retirés dans le secret !

Lisons : « Les Apôtres reçurent l’Initiation parfaite du Verbe même, et leur mission fut de la porter dans toutes les parties de l’univers. Nul doute, Mon Bien Aimé Frère, qu’elle n’ait été transmise aux Nations où l’Evangile a été prêché. Les Loges qui la reçurent conservèrent jusqu’au VIe siècle ces précieuses connaissances, et le refroidissement de la foi annonce assez qu’à cette époque le souvenir s’en est affaibli, et que ce qu’il restait d’initiés se retirèrent dans le secret. Mais aussi on doit croire que ces connaissances se sont perpétuées sans interruption pendant tous les siècles du monde car tous les ouvrages que Dieu a créés demeurent à perpétuité et nous ne pouvons rien ôter à tout ce que Dieu a fait. » [3]

Voilà l’enseignement véritable du  Régime rectifié, l’authentique position de l’Ordre, qui est très loin de correspondre avec le discours trompeur, saturé d’impressions religieuses subjectives, embrumé des vapeurs illusoires issues d’une passion charismatique ecclésiale et de visions personnelles propres à l’actuel Grand Maître du Grand Prieuré des Gaules, introduisant des vues fantaisistes au sein d’un Rite, jusqu’à en corrompre totalement l’économie, le sens et la nature.

c) Qui a raison Jean-Baptiste Willermoz ou Bruno Abardenti ?

On sourira ainsi, à ce titre, provenant de quelqu’un qui clame à tue-tête des propos, d’ailleurs puissamment déformés, sur le christianisme, que l’Ordre ne délivre qu’après plusieurs années d’une patiente démarche et qu’il se garde de révéler trop vite, écrire hypocritement, au sujet de la doctrine interne du Régime qui elle, traverse l’ensemble des Grades et confère sa spécificité à la Réforme de Lyon : « Il est donc extrêmement dangereux de vouloir poser cet enseignement comme préalable au parcours que propose le Rite Ecossais Rectifié, car cela  reviendrait à ne pas tenir compte de l’importance du rythme et des effets du  Rite agissant au bénéfice de l’homme. Agir ainsi serait la négation de son  mode opératoire. » (p. 12).

Ah bon, voilà qui est nouveau ?!

Il serait donc « extrêmement dangereux de vouloir poser cet enseignement comme préalable au parcours que propose le Rite Ecossais Rectifié »…..ceci est curieux, car précisément le Rituel dit tout le contraire, la mauvaise foi atteignant ici des sommets, sachant que la rencontre avec le Triangle d’Orient, le Chandelier à trois branches symbolisant la triple puissance, Adhuc Stat, la batterie, Phaleg,  les « essences spiritueuses », etc., pour prendre des exemples significatifs, advient dès le Grade d’Apprenti, Apprenti qui sera invité par la Règle Maçonnique à se libérer des « vapeurs grossières de la matière », et que plus positivement encore, alors que celui qui doit être reçu franc-maçon n’est encore qu’un candidat séjournant dans la chambre de préparation, un Frère lui délivre cet avertissement impératif : « L’Ordre, ne doit pas accueillir des individus qui auraient une doctrine opposée à celle qu’il regarde comme sa règle fondamentale… » [4]

Avons-nous bien lu ?

La comparaison vaut toutes les démonstrations :

  • Proposition A : « L’Ordre, ne doit pas accueillir des individus qui auraient une doctrine opposée à celle qu’il regarde comme sa règle fondamentale… » (J.-B. Willermoz, Rituel du Grade d’Apprenti, Discours du Frère préparateur au candidat, 1802).
  • Proposition B : « Il serait  extrêmement dangereux de vouloir poser cet enseignement comme préalable au parcours que propose le Rite Ecossais Rectifié ». (B. Abardenti, Saint Michel 2013, Discours du SGM du GPDG, Cahiers Verts n° 8, 2013, p. 12).

Qui donc a raison, Bruno Abardenti ou Jean-Baptiste Willermoz ?

On le constate, si le « christianisme » n’est absolument pas désigné, et à aucun endroit dans la Règle Maçonnique, comme « l’initiation parfaite », en revanche, une disposition ou un a priori au minimum favorable (qu’il appartient aux enquêteurs, au frère préparateur, au parrain et aux membres de la Loge d’évaluer), à l’égard de la doctrine que l’Ordre regarde comme sa règle fondamentale, est un préalable obligatoire pour être reçu franc-maçon du Régime rectifié !

Et ce préalable obligatoire relève d’une raison simple qu’explique Jean-Baptiste Willermoz : ce que le Régime rectifié considère sous le nom de « christianisme », analyse qui sera dévoilée après le temps d’un parcours procédant par étapes, participe d’une approche transcendante de nature non dogmatique, d’un enseignement perdu par l’Eglise depuis le VIe siècle, c’est-à-dire d’une doctrine, en effet, qui est très loin de correspondre à ce que Bruno Abardenti, abusant des prérogatives de sa charge de Grand Maître, souhaite mettre sous le nom de « christianisme », se voulant, dans une envolée pompeuse frisant d’ailleurs avec le ridicule : « le féal de la vérité, le chevalier de la beauté, le prêtre de l’amour, le prophète de son retour» [5].

C’est pourquoi, cette tirade grotesque du Grand Maître du GPDG, lorsqu’on constate son éloignement positif d’avec les positions de l’Ordre, pourrait être ainsi paraphrasée : «je serai le féal de la contre-vérité, le chevalier du travestissement, le prêtre de la division, le prophète de ses détours».

d) Des propos de chef de secte !

Mais par delà une entrée en scène qui se veut grandiloquente, quoique gravement faussée et mensongère dans la mesure où elle s’appuie sur une contrevérité formelle qui vient d’être démontrée, que nous réserve la suite de  ce discours hallucinant ?

En vérité bien des surprises, et non des moindres !

Développant sa péroraison à partir de son erreur initiale, Bruno Abardenti qui use et abuse des métaphores religieuses, poursuit son envolée lyrique par plusieurs paragraphes du même tonneau rédactionnel, au sein desquels il n’hésite pas à parler du « banquet des mystères divins », « d’eucharistie perpétuelle », des « messagers de braise », « d’action prophétique par coopération angélique », des « vivants du Seigneur », etc., (p. 11), nous faisant nous demander si Abardenti ne confond pas ses extases personnelles, avec la réalité concrète de son obédience, dont il semble avoir oublié qu’elle n’est pas une congrégation d’évangélisateurs missionnaires, mais une organisation maçonnique  ?

Cependant, plus inquiétant encore, s’exprimant comme s’il prêchait, emporté par les vapeurs d’une visible passion, Bruno Abardenti en vient à proférer des attaques à l’encontre de ceux qui se sont opposés à la déviance religieuse qui, au fil des ans, s’est imposée au GPDG, en des termes qui relèvent objectivement de la phraséologie des gourous enfiévrés et  des chefs de sectes, parlant, tel un adepte de la scientologie, en des formules qui ne prennent même plus la peine de dissimuler une volonté de règlement de compte personnel, en désignant à la vindicte et à l’ostracisme : les « faux prophètes [qui] nous enferment dans des palais de cristal au parfum de néant » (p. 12), ou les « boucs (sic !) qui pratiquent l’errance de l’aventure mentale » (ib.).

Chacun, évidemment, jugera de la valeur et du bien-fondé de ces formulations totalement déplacées et inappropriées, et saura en tirer les conclusions qui s’imposent concernant les méthodes de l’actuel Grand Maître du GPDG.

e) Pour le Grand Maître du GPDG, « les dogmes de l’Eglise sont intangibles » et  ont autorité sur la franc-maçonnerie !

Toutefois, revenant sur ses propos antérieurs, Bruno Abardenti qui se doute que là est bien le fond du problème, tient de nouveau à persuader son auditoire de la justesse d’une affirmation qui aurait fait hurler Willermoz et tous les fondateurs du Régime rectifié : « J’ai déclaré et écrit à la Saint Michel 2012, que le dogme était intangible, mais pas la doctrine. » (p. 12).

En effet, il écrivait en 2012 : « C’est le dogme qui est intangible, pas la doctrine (…)  Nous restons… sentinelles des défaillances oublieuses des vérités religieuses… Sans la présence du Christ en nous, à travers ses sacrements, nos prières à termes nous feront tomber dans l’illusion…[l’homme] n’est nullement au-delà des lois de l’Eglise. » [6]

Qu’un Grand Maître d’une structure maçonnique française en lien avec des obédiences qui se déclarent « adogmatiques », puisse affirmer lors d’un discours officiel, qui plus est imprimé dans la revue de son organisation, que seul le « dogme » défini par les conciles a autorité sur l’enseignement d’un système maçonnique dont il a la charge, et que par ailleurs, les « sacrements de l’Eglise » nous garantissent de la prétendue « illusion » que constitueraient les méthodes préconisées par les voies initiatiques, ce à quoi se rajoute l’insistance sur le fait que, selon lui, « nul n’est au-delà des lois de l’Eglise », est absolument stupéfiant !

On se demande d’ailleurs par quel miracle sont encore maintenus des accords de reconnaissance entre une déviance religieuse dogmatique sectaire, ce qu’incarne objectivement le GPDG aujourd’hui, et des obédiences fondées sur la « liberté absolue de conscience », la « laïcité », et « l’indépendance par rapport aux dogmes de l’Eglise ». Passons.

f) Le « droit divin » au service du projet destructeur de l’Ordre dévoilé !

Le « sommet » de ce discours, si l’on peut parler ainsi pour de tels propos affligeants, est atteint dans les lignes suivantes qui permettent de mesurer, certes le degré de distance d’avec les critères initiatiques, mais surtout la menace directe qui pèse sur l’Ordre, puisque Bruno Abardenti, du haut de son estrade associative, en vient à qualifier de « petits maîtres » (sic !) Willermoz, Saint-Martin et Martinès de Pasqually, de la façon suivante : « Toute doctrine qui ne se discuterait pas, deviendrait par  définition un dogme (…) L’homme dans ses  gènes originels, doit coopérer aux énergies divines, en prolongeant de son  talent tout enseignement humain, même inspiré. Willermoz, Saint-Martin et Martinez au regard du seul vrai Maître sont des «  petits maîtres »… » (p. 13).

Et comment doit-on se comporter à l’égard de ceux, regardés comme des « petits maîtres », par le « Grand Maître » (sic) du GPDG ?

On l’aura deviné, en ne se gênant pas pour : « les amender, [les] opposer, [les]contrarier,  puisqu’enrichir n’est point trahir, sans encourir les foudres d’une doxa trop  pharisienne pour qui, l’Esprit Saint aurait cessé de souffler, soit à la  Crucifixion, soit à la naissance au ciel des « petits maîtres ». (p. 13)

Voilà l’aveu tant attendu !

La réalité est enfin exposée au grand jour de ce projet concocté depuis longtemps déjà par un noyau de zélotes occupant la tête du GPDG, qui cherchent, par tous les moyens à leur disposition, à soumettre, de gré ou de force, la doctrine de l’Ordre avec l’enseignement de l’Eglise, considérant qu’ils n’ont pas à se gêner, car, si l’on suit bien l’équation simple qui désormais s’impose :

1°)  – Puisque « Willermoz, Saint-Martin et Martinez au regard du seul vrai Maître sont des «  petits maîtres » ;

2°) – Sachant que  Bruno Abardenti se laisse désigner comme le « représentant du Christ en ce monde » par le Grand Orateur du GPDG, et le fait publier complaisamment dans les Cahiers Verts en ces termes : « (…) il est le digne représentant du Christ dans l’ordre. (…) En servant l’ordre et son Grand Maître ou ses représentants et lieutenants, nous servons le Christ » [7] ;

3°) – Il est donc possible, puisque Abardenti et ses affidés se considèrent comme inspirés par l’Esprit-Saint, s’autoproclamant les « représentants du Christ », bénéficiaires, on l’aura compris, des « énergies divines », qui « prolongent de leur talent tout enseignement humain » : « d’amender, opposer, contrarier, enrichir » une doctrine de l’Ordre en contradiction d’avec les canons conciliaires, afin de la transformer et la rendre conforme avec la dogmatique de l’Eglise !

Tel est le sinistre et terrifiant projet, cette fois-ci avoué et clairement dévoilé, positivement exprimé, auquel se sont consacrés quelques sectaires qui, dans leur illusion charismatique, s’imaginent, par le « droit divin« , détenteurs du pouvoir d’amender, opposer, contrarier et enrichir Willermoz, Saint-Martin et Martinès de Pasqually ! trompant d’ailleurs ceux qui leur font confiance et auprès desquels ils se présentent comme des défenseurs de la « franc-maçonnerie chrétienne », alors que leur but n’est autre, comme il apparaît à présent – après avoir opéré une mutation sans doute irréversible de l’obédience devenue une structure multiritualiste coiffée d’une Aumônerie -, dans un second temps, que d’engager une transformation radicale et profonde de la substance même du Régime rectifié, pour en faire quelque chose de tout à fait différent, voire d’opposé à ce que les fondateurs de l’Ordre édifièrent au Convent des Gaules en 1778, mais compatible en revanche, avec les critères de la « franc-maçonnerie chrétienne », telle que la conçoit le GPDG d’aujourd’hui.

Conclusion

Il ne s’agit plus de se le cacher, le stade des menaces ou des risques étant largement franchi, le loup s’est  introduit dans la place et dirige une organisation, qui d’ailleurs n’est plus, faute d’en avoir conservé les critères, une structure rectifiée qu’elle dit elle-même, et soutient ne pas être, ce qui est tout à fait exact, d’autant que l’essence de la transmission de Camille Savoire (1869-1951) est désormais passée, en décembre 2012 à Lyon, en d’autres mains infiniment plus respectueuses de l’héritage willermozien, et qui ont réveillé, car cela était devenu une nécessité impérative, le Grand Directoire des Gaules, à l’origine du retour du Régime rectifié en France en mars 1935.

Un point semble cependant important à rappeler au Grand Maître du GPDG et son petit groupe d’amis, qui sont à la tête de cette entreprise de corruption des fondements de l’Ordre : Willermoz, Saint-Martin et Martinès de Pasqually, ont toujours affirmé, en y insistant de façon solennelle, que leur « doctrine », qu’ils qualifiaient de « sainte », n’était point une « invention humaine » ni une « fille de la raison susceptible de contestation » [8], comme vient d’en faire diffuser l’affirmation à tous ses membres le GPGD dans son bulletin interne baptisé Epitomé, mais qu’elle provenait, par l’intermédiaire de Moïse, de Dieu Lui-même !

Ainsi donc, que les aveugles illusionnés, qui annoncent vouloir amender, opposer, contrarier, enrichir, et même jusqu’à « contester » (sic) l’héritage doctrinal des maîtres fondateurs, se souviennent que ce type d’action, folle et insensée s’il en est, n’est pas sans quelques risques sur le plan spirituel, et qu’on ne se livre pas à ce petit jeu impunément, surtout dans les domaines initiatiques. Quant à ceux, que ces débats jusqu’à présent avaient dépassés, ou qui les imaginaient auxiliaires, non majeurs, voire périphériques, les considérant comme des « querelles entre théologiens », des « divergences d’intellectuels », des « oppositions individuelles », ils ne pourront plus dire « on ne savait pas », « on ne se doutait pas que le mal était si profond », ou « on n’avait pas pris conscience d’une action si grave envers le Régime rectifié et le devenir de l’Ordre »….

Pour que les choses soient claires, voici ce que Jean-Baptiste Willermoz a toujours soutenu à propos de la « sainte doctrine », ce à quoi il demandait de souscrire, pour certains, sous serment, et qui aurait été absolument scandalisé, saisi d’effroi, profondément choqué et épouvanté en apprenant que certains prétendus « membres » de son Régime, pensaient et affirmaient souhaitable aujourd’hui, d’amender, opposer, contrarier, enrichir, et contester la doctrine de l’Ordre :

 « La doctrine […] n’est point un système hasardé arrangé comme tant d’autres

suivant des opinions humaines ;

elle remonte… jusqu’à Moïse qui la connut dans toute sa pureté

et fut choisi par Dieu pour la faire connaître au petit nombre des initiés,

qui furent les principaux chefs des grandes familles du Peuple élu,

 auxquels il reçut ordre de la transmettre

pour en perpétuer la connaissance dans toute sa vérité

Les Instructions sont un extrait fidèle de cette Sainte Doctrine

 parvenue d’âge en âge par l’Initiation jusqu’à nous.

[…]

La forme de cette Instruction a quelquefois varié selon les temps et les circonstances,

mais le fond, qui est invariable, est toujours resté le même.

Recevez-la donc  avec un juste sentiment de reconnaissance

et méditez-en la doctrine sans préjugé  avec ce respect religieux

que l’homme dignement préparé peut devoir à ce qui l’instruit et l’éclaire.  »

Jean-Baptiste Willermoz,

Statuts et Règlement de l’Ordre des G. P., Ms 5.475, BM Lyon.

CV n°8

Cahiers Verts n° 8,  nouvelle série, 2013.

Notes. 

1. Cf. Règle Maçonnique, in Rituel d’Apprenti rédigé en Convent Général de l’Ordre l’an 1782, Version de 1802 de la Triple Union à l’Orient de Marseille, Bibliothèque Nationale, Paris.

2. Rituel de l’Ordre de la Cité Sainte pour la classe des Chevaliers, approuvé par le Convent de Wilhelmsbad  le 30 août 1782, ratifié le 18 juillet 1784, BM de Lyon, Fonds Willermoz, ms 5921.

3. Cf. Instruction d’Ecuyer Novice, 1778-1808.

4. Rituel d’Apprenti rédigé en Convent Général de l’Ordre l’an 1782, op.cit.

5. Bruno Abardenti, Discours du Sérénissime Grand Maître du Grand Prieuré des Gaules, Saint Michel 2013, Cahiers Verts n° 8, 2013, p. 11.

6. Bruno Abardenti, Discours saint Michel 2012, Cahiers Verts n° 7, pp. 14-15.

7. Dominique V., Ordre et obédience, Cahiers Verts n° 8, 2013, p. 31. Si l’on pouvait avoir encore quelques doutes sur le fait que l’Ordre doive impérativement se libérer de la tutelle des obédiences pour vivre selon son essence, ce texte en deux parties publié dans les Cahiers Verts n°8, (Ordre chevaleresque et initiation chrétienne, pp. 17-24, Ordre et obédience, pp. 25-34), serait de nature à convaincre quiconque, de par les propositions invraisemblables qu’il soutient allant jusqu’à réintroduire du « droit divin » dans l’exercice des charges, de la nécessité pour l’Ordre de son émancipation de la prison structurelle des organisations non rectifiées.

 8. J.-F. V., « ….la doctrine rectifiée (…) est fille de la raison, même si cette raison est chrétienne ;Tout ce qui est de l’ordre de la raison est susceptible de contestation », Epitomé, n°1, décembre 2013, p. 5. Le texte de l’Epitomé est reproduit in extenso sur le blog de l’ex Grand Aumônier du GPDG, Un Orthodoxe d’Occident : « Doctrine et dogme…dans l’Eglise et la franc-maçonnerie« , assorti de quelques commentaires hallucinants qu’aurait pu signer le très réactionnaire et intégriste Abbé Augustin Barruel (1741-1820) – qui désignait la doctrine des illuminés comme étant une forme contemporaine de l’hérésie gnostique et manichéenne  -, commentaires qui témoignent d’un rejet hostile et virulent des bases de la pensée illuministe.

En lien sur le même sujet :

BB

Le Grand Prieuré des Gaules

se retranche de la Franc-maçonnerie universelle

La doctrine de la Réintégration menacée par les critères religieux orthodoxes

In Christianisme, Doctrine, Elus coëns, Franc-maçonnerie, Histoire, Illuminisme, Martinès de Pasqually, Philosophie, Polémique, Régime Ecossais Rectifié, Réintégration, Religion, Théologie, Théosophie on 23 juin 2013 at 20:52

Elus coëns II

Réintégration et Résurrection selon Jean-François Var,

un « hors sujet » étranger à la doctrine de Martinès.

Parler de la Réintégration à la lumière des Pères de l’Eglise, pourquoi pas ? L’idée est intéressante, d’autant que le concept, connu sous le terme « d’apocatastase », se trouve en effet dans les écrits des Pères.

Mais le fond du problème est bien de savoir si la doctrine de la Réintégration révélée par Martinès au XVIIIe siècle, telle que présente aujourd’hui – depuis l’extinction des élus coëns et après la disparition du dernier Réau-Croix, Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824) – au sein du Régime Ecossais Rectifié et des Ordres Martinistes, est commune et identique avec l’enseignement des Pères de l’Eglise ?

a) La création d’Adam

Jean-François Var nous engage dans sa réflexion, par un petit détour poétique amusant, où il cherche à montrer que la IVe épilogue de Virgile, contrairement à ce qu’en déclara le relativement oublié Jérôme Carcopino, relève bien des écrits prophétiques (p. 18).

Passé ce petit interlude distrayant, Jean-François Var nous précise tout d’abord : « L’objet et la raison d’être de l’exposé c’est Adam» (p. 20), un Adam qui tour à tour nous est présenté en Eden et dans le monde visible, au moment de sa création et dans sa relation à Dieu, selon les vues des théologiens orthodoxes, en commençant pas saint Séraphin de Sarov (1759-1833), saint Maxime le Confesseur (580-662), saint Grégoire de Nysse (v. 331- v.394), saint Grégoire de Naziance (330-390) et saint Grégoire Palamas (1296-1359), (pp. 20-26).

Rien que de très classique et conforme à la tradition et à la Sainte Ecriture dans leurs écrits, puisque les Pères nous décrivent Adam issu du limon de la terre, vivant en harmonie au milieu des animaux et de la nature, non sujet à la mort, régnant sur le monde créé comme chef-d’œuvre de Dieu.

Une remarque pourtant dans ce texte de Jean-François Var, surprenante et assez osée s’il en est, retient immédiatement notre attention. La voici : « ceux qui sont familiers de la pensée de Martines auront été frappés de voir à quel point une bonne partie de ses intuitions [celles des Pères] sont là confortées, d’une part au sujet de l’état où se trouvait l’Homme premier, et d’autre part quant aux conséquences de la chute. » (p. 22).

Cette surprise, en forme de lourd travestissement et affirmation absolument infondée, n’est évidemment pas sans nous en rappeler une autre, lorsque le même Jean-François Var affirmait déjà dans son récent ouvrage La Franc-maçonnerie à la lumière du Verbe, avoir découvert, dans une illumination toute personnelle en forme de révélation privée : « une complète harmonie entre Willermoz, Saint-Martin », et « la Tradition plénière de l’Eglise orthodoxe » [1].

Ce défaut de vision suite à cette illumination, qui nous est maintenant familier, est d’autant plus choquant, que ni « l’état où se trouvait l’Homme premier », pour Martinès rappelons-le un esprit immatériel «devenu impur par son incorporisation matérielle» (Traité, 140), ni « d’autre part quant aux conséquences de la chute », qui se traduiront par une sanction emprisonnant Adam dans un corps de matière dont il fut revêtu pour sa honte et son indignité, enfermé charnellement dans un « ouvrage impur fruit de l’horreur de son crime » (Traité, 23), ne se trouvent chez aucuns des Pères de l’Eglise canonisés et placés sur les autels, même pas Grégoire de Nysse qui fut le plus perméable aux thèses néoplatoniciennes, Pères qui sont cités et auxquels se réfère Jean-François Var.

b)  La « désintégration » d’Adam inconnue des Pères

Et cette totale absence d’identité entre « une bonne partie des intuitions des Pères » et la doctrine de Martinès est si vraie, que Jean-François Var, pour essayer de faire tenir son acrobatique démonstration, va chercher, en une longue citation (pp. 26-28), chez l’auteur anonyme des Sept instructions aux Frères en saint Jean, qui malgré ses qualités et son appartenance réelle ou supposée à l’Ordre de l’Etoile Internelle, n’est tout de même pas un Père de l’Eglise portant auréole, une « pétrification en corps matériel du corps spirituel d’Adam » (p. 26), thèse constamment rejetée avec force par l’Eglise en ses différents  conciles.

Comprennent donc qui pourra ?!

Nous sommes ainsi, clairement, face à un exercice intellectuel à l’équilibre intenable, d’ailleurs objectivement assez peu sérieux, mêlant vues personnelles et confusions thématiques, et surtout participant d’un oubli théorique formel invalidant l’ensemble de la démonstration, puisque le présupposé sur lequel est appuyé la doctrine de la réintégration chez Martinès, soit le caractère nécessaire de la Création qui fut imposée à Dieu en raison de la révolte des premiers esprits, Création qualifiée de « nécessaire » car « sans cette prévarication, il n’y aurait point eu de création matérielle temporelle, soit terrestre, soit céleste » (Traité, 224), expliquant toute l’architecture conceptuelle, métaphysique et eschatologique du Traité sur la réintégration, n’est pas abordée une seule fois, même pas allusivement et de façon indirecte dans cet exposé de 20 pages gratifié d’un appendice intitulé : « La Réintégration selon saint Irénée de Lyon » !

c) Une Réintégration par les sacrements de l’Eglise ?

Comment s’étonner ensuite, après un oubli théorique aussi important de la part de Jean-François Var, rendant quasiment vain son exposé, de se retrouver entraîné dans des considérations sur la différence entre Réintégration et Résurrection, relevant de la théologie morale et ascétique, touchant à l’abîme ontologique qui sépare l’homme de Dieu, exigeant que soit réalisé un travail, et l’action d’une nature divine unique pour obtenir le Salut, faisant que l’on se retrouve, même si le thème est intéressant, totalement « hors sujet » et complètement éloigné de la question que l’auteur disait vouloir aborder, soit la pensée des Pères de l’Eglise et la doctrine de la réintégration de Martinès.

Bien évidemment de longs passages sont dispensés sur la nécessité des sacrements pour vivre en Christ : « sacrements dont il a confié la dispensation à son Eglise, sacrements par lesquels, dans le baptême, nous participons expérimentalement (et non pas seulement symboliquement) à la mort et à la résurrection du Christ » (p. 31) ; cette remarque n’échappera pas aux maçons qui apprécieront,  mais surtout aux disciples de Louis-Claude de Saint-Martin, qui pourront se demander s’ils se contentent de participer « symboliquement » dans leurs travaux à la mort et à la Résurrection du Christ, sachant que l’affirmation qui suit, tranchante et impérative, ne laisse pas de place à la discussion : « par l’eucharistie nous avons accès, par l’humanité du Christ (le pain étant devenu son corps et le vin son sang) au feu de sa divinité. Telle est la voie, la voie unique. » (Ibid.).

On pourra sourire à une incise de Jean-François Var, suite au rappel de ses positions ecclésiales étroites, lorsqu’il en profite pour mettre son petit coup de patte habituel à saint Augustin : « Saint Augustin s’est trompé : la chute n’a pas été le motif, elle n’a pas été la cause de l’i(sic)ncarnation. Il n’y a pas eu de felix culpa » (p. 31), sachant que bien des Pères « orthodoxes », ont professé la même thèse que l’évêque d’Hippone, comme saint Athanase : « Le Verbe ne se serait pas fait homme si la nécessité de sauver les hommes n’avait pas existé », (Adv. Arianos, orat. 2, n°54), et même Saint Irénée : « Si la chair n’avait pas dû être sauvée le Verbe de Dieu ne se serait pas fait chair .» (Contre les Hérésies V, 14).

d) La Réintégration selon les Pères différente de la Réintégration selon Martinès

Mais alors penserez-vous, que deviennent « les intuitions [des Pères] confortées », par la doctrine de la Réintégration de Martinès, intuitions qui devaient nous convaincre (n’oublions pas que nous devions en être « frappés »), « au sujet de l’état où se trouvait l’Homme premier, et d’autre part quant aux conséquences de la chute. » (p. 22) ?

Eh bien catastrophe !

Tous les efforts de Jean-François Var aboutissent à nous informer que la Réintégration selon les Pères ne réintègre rien du tout, qu’elle n’est pas « un retour [à ce qu’Adam était] à l’origine » (p. 32).

La Réintégration selon les Pères, n’a donc rien à voir, comme il est aisé de le constater, avec la Réintégration selon Martinès, c’est une Réintégration écrit Jean-François Var : « dans le sens de conquête de l’intégrité de la nature que Dieu veut que l’homme possède : nature humano-divine…non pas réintégration initiale, mais réintégration finale et universelle. Réintégration par le moyen de la résurrection universelle (sans elle, ce serait illusion démoniaque)…Oui la r(sic)ésurrection du Christ cosmique, elle inonde la totalité de l’univers créé, matériel et spirituel, par les énergies divines incréées… » (p. 32).

C’est beau, c’est conforme à la foi de l’Eglise, c’est édifiant sans aucun doute, mais c’est très éloigné de la Réintégration telle que soutenue par Martinès, pour lequel il n’y aura pas résurrection cosmique en Christ devant inonder la totalité de l’univers créé, ni aucune spiritualisation de la matière, mais anéantissement du monde créé : « La création n’appartient qu’à la matière apparente,  qui, n’étant provenue de rien  si ce n’est de l’imagination divine, doit rentrer dans le néant » (Traité, 138), ainsi qu’une dissolution qui « effacera entièrement » la  « figure corporelle de l’homme et fera anéantir ce misérable corps…» (Traité, 111), afin qu’Adam retrouve  sa première propriété, vertu et puissance spirituelle divine primitive.

e) Impossible harmonie entre les Pères de l’Eglise et la pensée de Martinès

Jean-François Var sait cependant qu’il a dirigé son lecteur, pour les lui faire admettre, dans des considérations se situant à une immense distance de la doctrine martinésienne authentique. Il glisse donc dans sa conclusion, de façon faussement ingénue : « Aurais-je, durant ce parcours, dévié de mon itinéraire ? Il n’a pourtant rien eu d’imprévu puisque je vous ai menés, comme annoncé, de Père de l’Eglise en Père de l’Eglise. » (p. 33)

Or, ce qui avait était annoncé aux lecteurs, c’était bien sûr de cheminer avec les Pères de l’Eglise, mais de cheminer en regard de ceci : « Martines a voulu enraciner son enseignement dans le terreau chrétien (…) Mon propos consiste à aborder les thèmes traités par Martines – ou plutôt un des thèmes, mais fondamental, celui de l’Homme et sa destinée – à la lumière de la tradition des Pères de l’Eglise » (p. 16) , et de ce « terreau chrétien », non examiné en son essence, on souhaitait évidemment nous prouver que  « les intuitions [des Pères] sont confortées », par la doctrine de la Réintégration de Martinès, « au sujet de l’état où se trouvait l’Homme premier, et d’autre part quant aux conséquences de la chute. » (p. 22).

Pourtant ce qui apparaît, contrairement à ce qui était annoncé, c’est qu’à aucun moment il n’a été possible à Jean-François Var de trouver une correspondance véritable entre Martinès et les Pères de l’Eglise, et que lorsqu’il s’est agi de justifier la « désintégration » (sic) d’Adam, il fut contraint d’aller chercher l’auteur des Sept instructions aux Frères en saint Jean comme source, auteur qui n’a évidemment rien d’un docteur de l’Eglise. On notera par ailleurs, que nulle part ont été abordés les thèmes centraux du Traité sur la réintégration des êtres, dont l’initial qui conditionne tous les autres, la Création du monde matériel rendue « nécessaire » à cause de la Chute ( « La matière première ne fut conçue … que pour contenir et assujettir l’esprit mauvais dans un état de privation….cette matière n’a été engendrée… que pour être à la seule disposition des démons », Traité, 274), thème fondateur de la doctrine de la Réintégration, qui a été purement et simplement oublié et tenu sous silence !

On pourra donc sourire de voir Jean-François Var se référer ultimement à Robert Amadou (+ 2006) pour valider son exercice de camouflage théorique, en citant cette phrase : « La philosophie servie par Martines de Pasqually est la doctrine traditionnelle de la réintégration, parfaite en Jésus-Christ, qui légitime seule les sociétés de mystères (…) elle étaye la théologie-théosophie du judéo-christianisme ou du christianisme de l’Eglise orientale… » (p. 33), sachant que la doctrine traditionnelle de la réintégration, parfaite en Jésus-Christ, étayant une « théologie-théosophie du judéo-christianisme », n’a pas grand-chose à voir, pour ne pas dire strictement rien, avec ce que cherchait à prouver Jean-François Var consécutivement à son intuition conceptuelle fondatrice, c’est-à-dire la « complète harmonie » de la pensée de Martinès, et surtout de ses disciples Willermoz et Saint-Martin, « avec la Tradition plénière de l’Eglise orthodoxe » [2].

Il aurait donc été beaucoup plus prudent, avant que d’engager un exposé ayant pour finalité d’en déceler les traces dans les textes de la tradition patristique, de se demander quel rapport exact cette « Réintégration », pensée par les Pères de l’Eglise, entretient-elle avec celle que développe Martinès de Pasqually dans son Traité sur la réintégration des êtres ?

Mais pour cela il fallait impérativement se poser préalablement la question de savoir si les présupposés sur lesquels repose la doctrine de la réintégration, telle que soutenue par Martinés – à savoir l’émanation des esprits, la création du monde matériel imposée à Dieu par la Chute et opérée en guise de sanction, non par Dieu mais par des esprits intermédiaires, pour y enfermer les anges rebelles puis Adam et sa postérité, la préexistence des âmes, l’état originel incorporel d’Adam, la « transmutation substantielle » du dit Adam en une « forme corporelle matérielle impure », et enfin, la réintégration conçue comme dissolution et anéantissement du composé matériel – se trouvent effectivement chez les Pères de l’Eglise ?

Or, sur tous ces points silence total, pas une ligne, pas une virgule à propos d’interrogations qui auraient permis un questionnement valide du point de vue théorique sur la doctrine martinésienne.

Et sur cet aspect des choses, pour répondre à l’interrogation évoquée par Jean-François Var puisqu’il a soulevé cette question, et le dire franchement : non seulement les Pères de l’Eglise ne soutiennent pas les présupposés de la doctrine de la réintégration de Martinès, mais plus encore ils les condamnent tous, en bloc et vigoureusement, les désignant comme étant des erreurs scandaleuses et des hérésies contraires à la foi de l’Eglise, ce qu’ils définiront solennellement lors des conciles, notamment le IIe de Constantinople en 553, lorsque les thèses origénistes, qui sont elles quasi identiques et ont une vraie parenté avec les thèses de Martinès, furent l’objet des anathématismes les plus sévères.

Conclusion

Que retirer donc de ce travail, qui d’ailleurs aurait été beaucoup plus à sa place dans le périodique théologique d’une église orthodoxe, que dans une revue initiatique tournée, en théorie, vers les sujets maçonniques et ésotériques ?

Au final pas grand-chose, du moins qui soit utile concrètement à quiconque cherchant à progresser sur le plan initiatique.

Toutefois une mise en garde s’impose pour le lecteur non averti : on prendra soin de ne pas confondre les vues patristiques avec les vues martinésiennes, sous peine de tomber dans une confusion gravissime, qui  a déjà eu pour conséquence d’engager plusieurs des minuscules chapelles néo-coëns contemporaines issues de la Résurgence de 1943 dans des impasses catégoriques, et a conduit, beaucoup plus gravement encore, ce qui fut en 1935 l’instance qui présida au réveil du Régime rectifié, vers une dérive fatale l’ayant transformée en une obédience confessionnelle multiritualiste, accompagnée d’une Aumônerie, d’ailleurs forgée conceptuellement par Jean-François Var lui-même, et qui s’est donnée statutairement pour objet de veiller au respect des dogmes de l’Eglise [3], dogmes dont le Grand Maître actuel de cet assemblage baroque connu sous le nom de G.P.D.G., considère officiellement qu’ils sont intangibles mais « non la doctrine de l’Ordre », qui elle, précisément en ce qui concerne le Régime rectifié, provient de Martinès de Pasqually. [4]

Nous ne saurions donc trop inviter à la prudence, pour ceux qui aborderont ces lignes de Jean-François Var, afin qu’ils se gardent de leur conférer une autorité en matière d’initiation willermozienne ou martinésienne, lignes participant d’une orientation confessionnelle orthodoxe, certes ouvertement revendiquée, mais cependant absolument étrangère à la doctrine de la réintégration, comme il apparaît clairement.

 RT

« Réintégration et Résurrection à la lumière des Pères de l’Eglise »

Jean-François Var, Renaissance Traditionnelle, n° 169, janvier 2013, pp. 16-35.

Notes.

1. « Et, merveille, entre Willermoz, Saint-Martin et l’Eglise régnait une complète harmonie (je répète) qui me transportait d’allégresse : c’est ce que je ressentais dans mes débuts exultants ; par la suite, j’apportai à cette appréciation quelques modulations, il n’empêche qu’elle reste toujours immuable en son fond. » (La franc-maçonnerie à la lumière du Verbe, Dervy, 2013, p. 16).

2. Ibid.

3. «L’Aumônerie est un organisme national dont la mission est l’enseignement des principes spirituels des Ordres, en particulier la doctrine de la religion et de l’initiation chrétiennes. » (Statuts du Grand Prieuré des Gaules, Livre VII, Titre 1, 2012).

4.  « C’est le dogme qui est intangible, pas la doctrine (…) Nous restons… sentinelles des défaillances oublieuses des vérités religieuses… Sans la présence du Christ en nous, à travers ses sacrements, nos prières à terme nous feront tomber dans l’illusion … [l’homme] n’est nullement au-delà des lois de l’Eglise.» (Bruno Abardenti, Discours du Sérénissime Grand Maître du Grand Prieuré des Gaules, Saint Michel 2012,  Cahiers Verts, n°7, septembre 2012, pp. 14-15).

Régime Ecossais Rectifié et christianisme de l’Ordre

In Christianisme, Codes de 1778, Convent des Gaules, Doctrine, Franc-maçonnerie, Jean-Baptiste Willermoz, Régime Ecossais Rectifié, Religion, Théologie on 30 avril 2013 at 23:24

Croix RER

Le christianisme n’a  pas  à être utilisé comme une bannière ostensible,

afin de tordre et interpréter l’esprit du Régime

 en le soumettant à des vues personnelles.

Le Grand Maître du Grand Prieuré des Gaules, fraîchement réélu, poursuivant sur les traces conceptuelles de celui qui fut le Grand Aumônier de son obédience pendant de longues années, nous gratifie donc, pour célébrer sa reconduction à la tête de l’organisation multiritualiste coiffée d’une Aumônerie dont il a de nouveau la charge pour quatre ans, d’un refrain bien connu distillé à temps et contretemps au sein de cette structure dont on peut déplorer la dérive, à propos d’une prétendue supériorité du « christianisme » à l’égard du « martinisme », « martinézisme » et « willermozisme » selon ce type de formulation : « L’initiation parfaite n’est pas seulement martiniste, martinézienne, willermozienne (…) l’initiation la plus haute … initiation de la Gloire de Dieu qui ne se limite pas, est le Christianisme. » [1]

Ainsi, par l’établissement d’une comparaison arbitraire, qui d’ailleurs n’aurait pas manqué de faire violemment sursauter Jean-Baptiste Willermoz, visant à placer au-dessus de la voie rectifiée un « christianisme » – que l’on se garde évidemment de définir sachant que l’on peut mettre beaucoup de choses sous ce terme – le Régime rectifié, amalgamé au Rite Français et à l’Ecossais, se voit placé en situation de subordination à l’égard d’un « christianisme » à partir duquel on prétend définir une forme nouvelle de franc-maçonnerie chrétienne, dont l’actuel Grand Maître se présente évidemment, comme l’interprète,  le « prêtre » et le « prophète » inspiré.

Or cette mécanique intellectuelle fallacieuse, pour s’être malheureusement imposée depuis plusieurs décennies au sein du Grand Prieuré des Gaules, et qui fut à l’origine de la création en décembre 2012 du Directoire National Rectifié de France, est cependant absolument contraire, non seulement à l’esprit du Régime rectifié, mais surtout à l’essence même de la substance doctrinale que l’on doit au génie organisateur de Willermoz au XVIIIe siècle.

 a) Le christianisme non ostensible de l’Ordre

En effet, le « christianisme», s’il est bien présenté à plusieurs endroits des Rituels et Instructions du Régime comme relevant de l’initiation par excellence [2], n’a pourtant pas vocation à s’imposer ostensiblement dans la définition extérieure et publicitaire de l’Ordre, et ceci est si vrai, que son dévoilement est même réservé, après un temps significatif passé sur les colonnes, à celui en qui le parcours initiatique a fait son œuvre, et que l’on juge apte à entendre certaines affirmations sur la nature du Régime.

L’approche se doit donc d’être progressive, mesurée, pédagogique, et jamais au grand jamais, brusque ou autoritaire, et surtout pas tambourinée pour en faire l’étendard de l’Ordre, dont le rôle n’est pas de se lancer dans l’évangélisation missionnaire.  Et c’est bien ce qui fut voulu par les créateurs de l’Ordre, car le climat chrétien se laisse entrevoir certes peu à peu au sein du Régime rectifié, mais en un esprit de découverte adapté pour chaque Frère, qui a pour objet de se manifester comme une rencontre intérieure et personnelle avec le Divin Réparateur.

C’est pourquoi, il n’est nullement question d’une brutale affirmation du « christianisme » de l’Ordre annoncée à son de trompettes au sein du Rectifié, les documents fondateurs historiques du Régime que sont les deux Codes de 1778 étant totalement silencieux sur ce point, et il faut même attendre de longues années en loge pour que soit exposé au Frère un discours développé sur la « Loi spirituelle du christianisme » en tant qu’initiation « mystérieuse » [3].

 b) Le christianisme de l’Ordre est un mystère

Et si le christianisme, après un long parcours, est donc présenté comme une « initiation mystérieuse » détentrice des connaissances cachées, ce n’est  sans doute pas pour rien.

Car le christianisme de l’Ordre rectifié n’est pas celui que l’on enseigne dans les confessions chrétiennes, c’est un christianisme véhiculant une doctrine spécifique et mystérieuse, s’écartant sur plusieurs points significatifs du Credo de Nicée-Constantinople et des affirmations dogmatiques des conciles de l’Eglise, sachant que ce christianisme soutient la croyance en la préexistence des âmes, qu’il croit que le composé matériel est consécutif de la chute, que l’incorporation en une forme matérielle impure d’Adam advint en punition du péché originel, qu’il nie également la résurrection de la chair et affirme son anéantissement après la mort, ce qui sera suivi par la dissolution de toute la Création matérielle à la fin des temps !

On le voit, et comprend aisément, il est plus que nécessaire que ce « christianisme » se révèle comme un « enseignement » initiatique et s’éclaire progressivement, qu’il fasse, si l’on peut dire, son chemin dans l’esprit, et il n’a absolument pas pour fonction de devenir une étiquette générique destinée à définir et emballer une structure obédientielle incluant plusieurs rites.

D’ailleurs, si l’on y réfléchit, on ne s’expliquerait pas pour quelle raison ridicule, si ce christianisme était identique à celui de l’Eglise, on maintiendrait pendant des années des maçons dans une organisation secrète à seule fin de leur révéler dans les degrés ultimes d’un cheminement long et coûteux qui les place sous le coup de sanctions disciplinaires ecclésiales sévères, ce qui leur est claironné dans les oreilles dès leur arrivée, et ce dont ils peuvent trouver le résumé parfait dans le catéchisme qui leur fut remis lors de leur première communion dans leur paroisse.

Tout ceci n’a donc strictement aucun sens.

De la sorte la trompeuse substitution à l’intérieur de la maçonnerie willermozienne effectuée par l’actuelle direction du G.P.D.G., entre « l’enseignement » dont l’Ordre est le dépositaire, c’est-à-dire la doctrine introduite en son sein par Jean-Baptiste Willermoz lors du Convent des Gaules en 1778, et une conception abstraite se revendiquant de la maçonnerie chrétienne – forgerie moderne profondément étrangère au Régime rectifié – créatrice d’une hiérarchie imaginaire et illusoire entre « christianisme » et « willermozisme » (ainsi que « martinisme » et « martinézisme » qui participent de la même source doctrinale), relève de la complète confusion objective, pour ne pas dire d’une ignorance majeure et évidente désorientation, altérant profondément l’essence du système issu de la réforme de Lyon.

c) Le christianisme de l’Ordre est de nature « transcendante »

Redisons-le une fois encore : l’Ordre, s’il est chrétien, se rattache à un enseignement secret, une «doctrine » méconnue, soit un christianisme particulier que Joseph de Maistre (1753-1821) désigna dans son Mémoire au duc de Brunswick (1782) comme « christianisme transcendant », transcendant car se rattachant à des vérités oubliées, et même combattues et condamnées par l’Eglise depuis le VIe siècle.

C’est ce qui est dit précisément dans une Instruction essentielle du Régime rectifié : « Les Loges qui reçurent [l’initiation parfaite] conservèrent jusqu’au VIe siècle ces précieuses connaissances, et le refroidissement de la foi annonce assez qu’à cette époque le souvenir s’en est affaibli, et que ce qu’il restait d’initiés se retirèrent dans le secret. Mais aussi on doit croire que ces connaissances se sont perpétuées sans interruption pendant tous les siècles du monde, car tous les ouvrages que Dieu a créés demeurent à perpétuité et nous ne pouvons rien ôter à tout ce que Dieu a fait. » [4]

Les connaissances secrètes sur le christianisme ont donc été perdues au VIe siècle par l’Eglise selon le Régime rectifié, mais se sont conservées au sein de l’Ordre qui en détient le dépôt doctrinal.

Voilà ce qu’affirment les rituels, et rien d’autre, à propos du christianisme professé dans l’Ordre.

Et en effet, c’est ce que confirme de nouveau Willermoz au sommet ultime du Régime : « La doctrine […] remonte…jusqu’à Moïse qui la connut dans toute sa pureté et fut choisi par Dieu pour la faire connaître au petit nombre des initiés, qui furent les principaux chefs des grandes familles du Peuple élu, auxquels il reçut ordre de la transmettre pour en perpétuer la connaissance dans toute sa vérité… Les Instructions sont un extrait fidèle de cette Sainte Doctrine parvenue d’âge en âge par l’Initiation jusqu’à nous. » [5]

 Conclusion

Il y a donc bien un christianisme professé par l’Ordre, mais entendu au titre de la «  Sainte Doctrine parvenue d’âge en âge par l’Initiation jusqu’à nous… », comme le dit positivement Willermoz, expliquant que cette doctrine – c’est-à-dire le « christianisme transcendant » –  fut oubliée par l’Eglise et qu’elle est à présent  préservée uniquement par l’Ordre.

Et cette « doctrine », en quoi consiste le « christianisme transcendant », est dépositaire d’un enseignement secret et spécifique qui n’a rien à voir avec une conception religieuse dogmatique puisqu’elle est différente, sur bien des points, de la foi telle qu’enseignée par l’Eglise.

  • Il s’agit donc d’un christianisme certes, mais qui n’a pas pour vocation à englober sous son intitulé divers Rites maçonniques, distants et indifférents à ce christianisme « transcendant » porteur d’un enseignement doctrinal, ceci afin de les regrouper en obédience soi-disant « chrétienne», aboutissant, soit à imposer à d’autres rites un christianisme qui n’est pas le leur, soit à reléguer aux oubliettes l’originalité du christianisme willermozien afin de faire cohabiter le Régime rectifié avec d’autres systèmes maçonniques.
  • Ce christianisme n’a surtout pas, non plus, à être utilisé comme une bannière ostensible, afin de tordre et interpréter l’esprit du Régime à sa guise, en le soumettant à des vues personnelles et à quelques lumières illusoires dont on se prétend favorisé par le ciel afin de s’instituer par auto-proclamation, au titre de sa fonction, « prêtre » et « prophète » d’une conception subjective de l’Ordre.
  • Ce christianisme, enfin, est dans l’impossibilité de se voir placé sous le contrôle d’une Aumônerie dont le rôle est de « veiller à l’instruction religieuse des Frères de l’Ordre » (sic) ! [6]

Ainsi, le « christianisme de nature mystérieuse», qui se confond avec la « sainte doctrine » jusqu’à ne faire plus qu’un avec elle, n’est pas « supérieur sur le plan initiatique », c’est-à-dire une « initiation plus haute » (sic) que le Rectifié comme le soutient de façon abusive et aberrante l’actuel Grand Maître du Grand Prieuré des Gaules, il a, bien au contraire, été confié au seul dépôt du Régime rectifié qui en est le conservateur attentif, le gardien pieux et vigilant, le zélé pédagogue, puisque tel fut le rôle que lui conféra Jean-Baptiste Willermoz en 1778 lors du Convent des Gaules, afin que soient sauvés, au moment où le monde en perdait la mémoire, les secrets de la doctrine de la réintégration.

 Notes.

1. Bruno Abardenti, Réélu le 27 avril, le Grand Maître du GPDG répond à nos questions, site du G.P.D.G., 30 avril 2013.

2. « L’admission au Christianisme, fut une véritable initiation à des mystères sacrés et ineffables. On ne pouvait en obtenir ta connaissance et la participation qu’après avoir subi successivement des épreuves longues et rigoureuses… »  (Instruction secrète des Profès,  ms 5475 pièce 2, BM de Lyon, 1778).

3. «Les connaissances parfaites nous furent apportées par la Loi spirituelle du christianisme, qui fut une initiation aussi mystérieuse que celle qui l’avait précédée : c’est dans celle-là que se trouve la Science universelle. Cette Loi dévoila de nouveaux mys­tères dans l’homme et dans la nature, elle devint le complé­ment de la science. Elle est la plus sublime, la plus élevée, la plus parfaite de toutes, enfin la seule à désirer pour un vrai Chevalier de la foi. » (Rituel de l’Ordre de la Cité Sainte pour la classe des Chevaliers, approuvé par le Convent de Wilhelmsbad  le 30 août 1782, ratifié le 18 juillet 1784, BM de Lyon, Fonds Willermoz, ms 5921).

4. Instruction du grade d’Ecuyer Novice, 1778.

5. J.-B. Willermoz, Statuts et Règlement de l’Ordre des Grands Profès, Ms 5.475, BM Lyon.

6. Cf. Statuts du G.P.D.G., L’Aumônerie, Livre VII,  Article 2 : Champs d’action :

« Les champs d’action de l’Aumônerie sont :

(…) – l’enseignement des principes religieux et spirituels des Ordres, en particulier la doctrine de la religion et de l’initiation chrétiennes. »

Adopté en Assemblée Générale, le 30 avril 2005.

Un piège dogmatique sectaire pour le Régime Ecossais Rectifié : la Franc-maçonnerie chrétienne !

In Christianisme, Convent des Gaules, Doctrine, Franc-maçonnerie, Illuminisme, Ordre, Polémique, Réforme de Lyon, Régime Ecossais Rectifié, Religion, Théologie on 22 février 2013 at 00:34

FM I 

A propos du christianisme de l’Ordre et de la « sainte doctrine »

La Franc-maçonnerie est chrétienne de par son origine, ses sources et son histoire, C’est un fait.

Elle est même chrétienne également en raison de sa nature, car tout son ésotérisme et ses symboles sont issus du christianisme, en particulier de son livre révélé : la Bible.

Ceci est une chose entendue, et ceux qui au nom d’une laïcité mal comprise rejettent cette origine chrétienne, commettent non seulement une erreur historique, mais de plus tournent le dos à la nature même de l’institution initiatique dont ils sont membres.

Mais cette origine, qu’il n’est pas possible de contester, signifie-t-elle pour autant que la Franc-maçonnerie relèverait d’un christianisme absolument identique à celui que professe l’Eglise ?

a) Un tour de passe-passe trompeur qui a détourné de son essence le Régime écossais rectifié

 La question est importante, car la réponse est loin de correspondre à ce qu’un courant dogmatique tente de vouloir imposer dans un discours spécieux, ayant même réussi à soumettre à ses vues controuvées la structure qui présida au réveil du Régime écossais rectifié au XXe siècle, à savoir le Grand Prieuré des Gaules, devenu, de par les aléas de l’Histoire, non plus un Grand Prieuré rectifié comme il aurait dû le rester, mais une « obédience chrétienne » dotée d’une Aumônerie et pratiquant plusieurs rites, ceci en contradiction complète d’avec les critères de la maçonnerie willermozienne.

De la sorte, s’arrêtant à l’enveloppe extérieure du Régime rectifié, qui n’admet en effet en son sein que des chrétiens et fait prêter serment au nom de la sainte religion chrétienne [1], une authentique substitution frauduleuse s’est opérée à l’intérieur du Grand Prieuré des Gaules, entre « l’enseignement » dont l’Ordre est le dépositaire, c’est-à-dire la doctrine introduite en son sein par Jean-Baptiste Willermoz lors du Convent des Gaules en 1778, et une conception ecclésiale ainsi résumée par le Grand Aumônier du G.P.D.G. – qui revendique une « conception propre intégriste » (sic !) de ce que sont les critères exigés pour être reconnu comme chrétien afin d’être admis en loge – dans une note récente intitulée « Mise au point, pour mettre fin aux controverses malvenues«  :  « Le profane qui est reçu dans le Régime rectifié au sein du Grand Prieuré des Gaules prête serment, sur le saint évangile ouvert au premier chapitre de l’évangile de saint Jean, de « fidélité à la sainte religion chrétienne ». Et non à on ne sait quelle « sainte doctrine » sortie on ne sait d’où. » [2]

L’affirmation est tranchée pour le moins !

D’autant que la « sainte religion chrétienne » est immédiatement définie comme devant être conforme aux conciles : « Une maçonnerie chrétienne se conforme (…) aux dogmes du christianisme en ce qu’elle est chrétienne. » [3]

Et voilà le tour de passe-passe trompeur, par lequel a été détourné de son essence le Grand Prieuré des Gaules, et avec lui le Régime écossais rectifié que l’on y pratique, réduisant cette structure à une obédience multiritualiste andersonienne professant un christianisme dogmatique.

Ainsi donc, celui qui est reçu comme membre du Régime rectifié, le serait au nom de la « sainte religion chrétienne ». Et non à on ne sait quelle « sainte doctrine » sortie on ne sait d’où. » ?

Voilà une affirmation relativement burlesque, qui n’aurait pas manqué de faire profondément sursauter Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824).

Pourquoi ?

b)  C’est l’Ordre qui est le canal de transmission de l’initiation 

Pour le savoir il est sans doute nécessaire de rafraîchir les mémoires oublieuses, et de revenir une fois encore sur un point essentiel.

Lorsqu’un profane est reçu Franc-maçon, il est reçu : « Au nom de l’Ordre », et non pas au titre d’une obédience, d’un Grand Prieuré, ou d’une quelconque structure temporelle, chrétienne ou non chrétienne, le problème n’est pas là.

C’est ce que proclame le Vénérable Maître au profane après son serment, toutes juridictions rectifiées confondues : « A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, Au nom de l’Ordre, Et par le pouvoir qu’il m’en a donné, Je vous reçois Franc-Maçon apprenti. » [4]

C’est donc « l’Ordre » et lui seulement qui est fondateur, c’est l’Ordre qui est le canal de transmission de l’initiation. C’est lui, évoqué constamment lors de la réception, qui préside à l’accomplissement des rites de la maçonnerie rectifiée.

Mais qu’est-ce que « l’Ordre » pour le Régime rectifié ?

Une obédience chrétienne, ou non-chrétienne d’ailleurs, pouvant se désigner comme adogmatique ? Une société arc-boutée sur les dogmes de l’Eglise, ou bien attachée foncièrement aux valeurs de la République ? Une structure professant la liberté absolue de conscience, ou défendant la foi des conciles ? Une organisation ne s’écartant en rien des principes de Liberté, Egalité, Fraternité, ou se revendiquant des enseignements chrétiens ? Une Association fondée sur des Statuts civils et un Règlement intérieur adoptés en assemblée générale ?

Entendons-nous bien, la question n’est pas de savoir si ces motifs sont louables ou dignes de respect, et ils le sont évidemment en eux-mêmes, le problème n’est pas là, mais de se demander si le rectifié se pense ou se définit selon ces critères évoqués, si sa nature en relève vraiment, ou non ?

Lisons ce qu’en dit le Régime rectifié pour le savoir :

« Qu’est-ce que la Franc-Maçonnerie ?

R. C’est une école de sagesse et de vertu qui conduit au Temple de la vérité, sous le voile des symboles, ceux qui l’aiment et qui la désirent.

0.  Quels sont ses mystères ?

R. L’origine, la fondation et le but de l’Ordre. » [5]

Quelle est l’origine de l’Ordre ?

Voici la réponse : « Son origine est si reculée, qu’elle se perd dans la nuit des siècles ; tout ce que peut l’institution maçonnique, c’est d’aider à remonter jusqu’à cet Ordre primitif, qu’on doit regarder comme le principe de la franc-maçonnerie ; c’est une source précieuse, ignorée de la multitude, mais qui ne saurait être perdue : l’un est la Chose même, l’autre n’est que le moyen d’y atteindre. Cet Ordre par excellence, à défaut de le pouvoir nommer, ne peut être appelé que le Haut et Saint Ordre (…) » Ordre par excellence détenteur des « des connaissances précieuses et secrètes qui découlent de la Religion primitive. » [6]

Un « Haut et Saint Ordre » détenteur « des connaissances précieuses et secrètes qui découlent de la Religion primitive », comme c’est intéressant. Serait-ce à dire que cet Ordre posséderait un enseignement, en d’autre terme une doctrine ?

c) L’Ordre rectifié, dont le Régime maçonnique n’est que l’enveloppe superficielle, possède une doctrine sur la religion 

La réponse est affirmative, c’est même ce qui caractérise le Régime écossais rectifié par rapport à tous les autres rites maçonniques : être dépositaire, selon ce que soutient les Rituels de l’Ordre, d’une doctrine relevant des « connaissances précieuses et secrètes qui découlent de la Religion primitive ». 

Mais que sont ces « connaissances précieuses et secrètes qui découlent de la Religion primitive » ?

Lisons, comme il convient toujours, ce que nous dit Willermoz pour le savoir : « La doctrine ne permet pas d’en douter ; et en effet, le principal but de l’initiation fut toujours d’instruire les hommes, sur les mystères de la Religion et de la science primitive, et de les préserver de l’abandon total qu’ils feraient de leurs facultés spirituelles, aux influences des Etres corporels et inférieurs. Les Initiations devaient donc être le refuge de la Vérité, puisqu’elle pouvait s’y former des Temples dans le coeur de ceux qui savaient l’apprécier et lui rendre hommage. » [7]

Le Régime écossais rectifié affirme donc qu’il y aurait un Ordre détenteur de connaissances secrètes sur la religion dont le Régime maçonnique ne serait que l’enveloppe superficielle, connaissances qui formeraient l’essence d’une doctrine.

C’est ce qui est dit précisément dans une autre Instruction du Régime rectifié : « Les Loges qui reçurent [l’initiation parfaite] conservèrent jusqu’au VIe siècle ces précieuses connaissances, et le refroidissement de la foi annonce assez qu’à cette époque le souvenir s’en est affaibli, et que ce qu’il restait d’initiés se retirèrent dans le secret. Mais aussi on doit croire que ces connaissances se sont perpétuées sans interruption pendant tous les siècles du monde, car tous les ouvrages que Dieu a créés demeurent à perpétuité et nous ne pouvons rien ôter à tout ce que Dieu a fait. » [8]

d) Les connaissances doctrinales secrètes ont été perdues par l’Eglise

Non seulement le caractère doctrinal est donc affirmé, soutenu dans toutes les Instructions, non seulement cette doctrine imprime sa marque sur chaque élément symbolique ou initiatique du Régime, mais en plus l’Ordre nous apprend que les connaissances secrètes sur le christianisme ont été perdues au VIe siècle par l’Eglise, mais se sont conservées au sein de l’Ordre qui en détient le dépôt doctrinal !

Et en effet, quoique cela puisse surprendre certains esprits, et être un danger « pour ceux qui, soit par l’effet de leur éducation religieuse, ou par leur disposition naturelle, se font un devoir d’étouffer leur propre raison pour adopter aveuglément toutes les prétentions, opinions et décisions [ecclésiales]  (Willermoz écrit « ultramontaines » mais le sens est identique, ndrl.), et par conséquent l’esprit d’intolérance qui les a toujours accompagnées… » (J.-B. Willermoz, lettre à la Triple Union de Marseille,1807),  c’est pourtant ce que confirme encore une fois l’Ordre de la façon la plus solennelle : « La doctrine […] remonte…jusqu’à Moïse qui la connut dans toute sa pureté et fut choisi par Dieu pour la faire connaître au petit nombre des initiés, qui furent les principaux chefs des grandes familles du Peuple élu, auxquels il reçut ordre de la transmettre pour en perpétuer la connaissance dans toute sa vérité… Les Instructions sont un extrait fidèle de cette Sainte Doctrine parvenue d’âge en âge par l’Initiation jusqu’à nous. » [9]

Il y a donc bien une  « Sainte Doctrine parvenue d’âge en âge par l’Initiation jusqu’à nous… » qui caractérise et définit l’Ordre, ainsi que le dit positivement Willermoz – ce sur quoi insiste le Directoire National Rectifié de France – expliquant même que cette sainte doctrine fut oubliée par l’Eglise depuis le VIe siècle et qu’elle est depuis cette époque préservée par l’Ordre !

Tout ceci est clair, précis, et nous fait comprendre en quoi si l’Ordre est chrétien, il se rattache cependant à un enseignement secret, une « sainte doctrine » méconnue depuis le VIe siècle.

e) L’Ordre relève du « christianisme transcendant » et non du dogme de l’Eglise

L’Ordre est donc chrétien et relève bien du christianisme, c’est exact. Mais d’un christianisme tout à fait particulier que Joseph de Maistre (1753-1821) désigna dans son Mémoire au duc de Brunswick (1782) comme « christianisme transcendant », transcendant car s’écartant sur quelques points notables du Credo de Nicée-Constantinople puisque se rattachant à la « sainte doctrine » détentrice de connaissances oubliées par l’Eglise depuis le VIe siècle.

Voilà la position officielle du Régime Ecossais Rectifié à l’égard du christianisme, selon toutes ses Instructions !

Il ne s’agit ni de « vues personnelles », ni d’une « conception sectaire », ou d’une position  « doctrinaire étroite », mais de ce qu’est, sur le plan de sa vérité la plus essentielle, l’Ordre fondé par Jean-Baptiste Willermoz.

Mais au fait, que clamait dans son article – qui ne fait que reprendre ses positions permanentes depuis des années – le Grand Aumônier du G.P.D.G. ?

Relisons : « Le profane qui est reçu dans le Régime rectifié… prête serment …. de « fidélité à la sainte religion chrétienne ». Et non à on ne sait quelle « sainte doctrine » sortie on ne sait d’où. »

Une « sainte doctrine » sortie on ne sait d’où », comme c’est étrange ?

Mais alors Willermoz nous aurait raconté des fables, il aurait édifié l’Ordre sur des rêveries, sur une « sainte doctrine » sortie on ne sait d’où », et la Réforme qui fut l’objet du Convent des Gaules en 1778 qui consista à infuser la doctrine de la réintégration au sein de la Stricte Observance, reposerait sur des éléments imaginaires….sortis « on ne sait d’où » (sic) ?

Donc ce Régime, selon le raisonnement du Grand Aumônier du G.P.D.G., n’aurait pas de doctrine spécifique, et la rectification serait un leurre, une farce, un montage illusoire inventé pour s’amuser et ennuyer les Frères allemands de la Stricte Observance ? (Notons au passage, que c’est exactement la petite musique exprimée par les pires adversaires de Willermoz au XVIIIe siècle).

f) La domination sur le Régime rectifié de l’idée de « Franc-maçonnerie chrétienne »,  est une prison corruptrice 

On le constate donc, tout ceci n’est pas sérieux, et montre l’extrême menace que représente l’édification de conceptions étrangères aux Codes de 1778, et la domination de constructions globalisantes, comme par exemple celle connue sous le nom générique de « Franc-maçonnerie chrétienne », accompagnée d’une Aumônerie pour en faire appliquer les principes [10], qui se superpose en autorité au Régime lui-même, agissant sur lui comme une prison corruptrice qui en déforme l’esprit et en détruit les fondements.

D’ailleurs, si l’on y réfléchit un instant, on voit immédiatement en quoi le sujet du christianisme pour le Régime rectifié va évidemment bien au-delà de la conformité aux dogmes conciliaires. Car s’il faut être chrétien pour accéder à l’Ordre dès le départ, pourquoi donc serait-il nécessaire de faire venir un chrétien en loge, l’introduire dans une structure maçonnique qui, parfois, le met sous le coup de sanctions disciplinaires ecclésiales sévères – notamment pour les catholiques – si c’est simplement pour qu’il y retrouve à l’identique les éléments dogmatiques dont il dispose déjà naturellement dans son église, et sans qu’il soit obligé de se soumettre à tout un appareil complexe de grades, de rites et de cérémonies curieuses s’étendant sur de longues années, dont l’aboutissement, du point de vue doctrinal, serait exactement le même que les critères de sa « foi chrétienne » exigés au début de son initiation, et qu’un enfant possède en ouvrant son catéchisme ? Ceci n’a strictement aucun sens sur le plan initiatique, et revient à faire des conditions initiales de la démarche maçonnique rectifiée, une borne de solidification rigide et sectaire, bloquant et empêchant toute possibilité d’accès au christianisme transcendant.

Si la maçonnerie rectifiée propose à certaines âmes, chrétiennes en effet car c’est une condition préalable, de se joindre à ses travaux, ce n’est sans doute pas pour leur réciter une copie conforme du Credo qu’elles connaissent par coeur de par leur confession, mais pour leur transmettre, au cours d’une propédeutique adaptée, d’un chemin lent, patient et mesuré, des connaissances, un enseignement mystérieux et secret, et pour tout dire une «révélation de la révélation» selon l’heureuse formule de Joseph de Maistre [11], qui provient d’une «doctrine portant sur la question de la réintégration », que les baptisés ne peuvent plus trouver dans l’Eglise, puisque cette doctrine y est tout simplement inconnue depuis le VIe siècle.

Invitons de ce fait aimablement le Grand Aumônier du G.P.D.G., plutôt que d’écrire des sottises et de laisser emporter sa plume par un zèle sacerdotal excessif qui trouble son jugement, de relire attentivement les Instructions de l’Ordre, ce qui lui évitera également de soutenir des énormités ridicules… mais il vrai, comme le soulignait à juste titre Willermoz : « Les ministres de la religion traitent de novateurs tous ceux qui soutiennent la vérité [de la doctrine]. » (Lettre de Willermoz à Saltzmann, mai 1812 ).

Conclusion : « Le but de Willermoz était donc de préserver la doctrine…»

Aujourd’hui le Grand Aumônier du G.P.D.G., certes va un peu plus loin, en rajoutant au reproche de « novation », ceux « d’apostasie » (sic) et de « parjure » (re-sic), les temps ont changé il est vrai, et la décadence, par l’outrance, se fait cruellement sentir ; mieux vaut en sourire… Omne promiscuum sordescit.

Charitablement d’ailleurs, et pour éviter des polémiques inutiles, nous n’avons retenu que les aspects « théoriques » exprimés par le Grand Aumônier dans son article, lui laissant la responsabilité des qualificatifs destinés à une nouvelle catégorie « d’hérésiarques » de son invention, dont il croit utile d’agrémenter sa prose et ses interventions sur l’espace virtuel, procédés qui sont modérément efficaces pour « mettre fin à des controverses mal venues » (sic).

Concluons plutôt par ces lignes de Robert Amadou (+ 2006), autrement plus sérieux et instructif en des domaines où, il vrai, ses qualifications étaient réelles, et sur lesquelles il a toujours conservé un respectueux silence : « Le but de Willermoz était donc de préserver la doctrine dont Martines de Pasqually avait été, selon que ce dernier lui avait enseigné, l’un des relais seulement ; maintenir, quand sombrait l’ordre des Elus Cohen, la vraie Maçonnerie selon le modèle que Martinès de Pasqually lui avait révélé comme l’archétype et que garantit une conformité doctrinale avec la doctrine de la réintégration. » [12]

Abbé Pélican

Pour comprendre comment s’articule le lien entre

« sainte religion chrétienne» et « doctrine de l’Ordre»

au sein du Régime Ecossais Rectifié, lire :

 La doctrine de l’Ordre et la « sainte religion chrétienne »

Notes.

1. Formule du Serment au Grade d’Apprenti : « Moi, N…, N… (prononçant ses noms de baptême et civil), je promets sur le Saint Evangile, en présence du Grand Architecte de l’Univers, et je m’engage sur ma parole d’honneur, devant cette respectable assemblée, d’être fidèle à la sainte religion chrétienne, à mon Souverain, aux lois de l’Etat […] ». (Rite écossais rectifié, Rituel du 1er Grade, 1802).

La Règle maçonnique évoque de même la sainte religion chrétienne : « Rends donc grâce à ton Rédempteur ; prosterne-toi devant le Verbe incarné, et bénis la Providence qui te fit naître parmi les chrétiens. Professe en tous lieux la divine Religion du Christ, et ne rougis jamais de lui appartenir. L’Evangile est la base de nos obligations ; si tu n’y croyais pas, tu cesserais d’être Maçon. Annonce dans toutes tes actions une piété éclairée et active, sans hypocrisie, sans fanatisme ; le Christianisme ne se borne pas à des vérités de spéculation ; pratique tous les devoirs moraux qu’il enseigne, et tu seras heureux ; tes contemporains te béniront et tu paraîtras sans trouble devant le trône de l’Eternel. » (Règle maçonniqueARTICLE I. Devoirs envers Dieu et la Religion, 1802).

2. A Tribus Liliis, Grand Aumônier du G.P.D.G., Mise au point pour mettre fin aux controverses mal venues, 21 février 2013.

3. « La sainte religion chrétienne est issue des enseignements donnés par notre Seigneur Jésus-Christ, le Verbe incarné, durant son existence terrestre, et poursuivis par le Saint-Esprit à l’occasion des saints conciles où étaient représentés tous les chrétiens du monde, d’où leur appellation d’œcuméniques. » (A Tribus Liliis, Mise au point pour mettre fin aux controverses mal venues, 4e point).

4. Rite écossais rectifié, Rituel du 1er Grade, 1802.

5. Ibid.

6. Instruction du grade d’Ecuyer Novice, 1778, Bibliothèque du Grand Orient des Pays-Bas, la Haye, Fonds Kloss, F XXVI 113‑10.

7. Instruction des Chevaliers Profès, 1778.

8. Instruction du grade d’Ecuyer Novice, 1778.

9. Jean-Baptiste Willermoz, Statuts et Règlement de l’Ordre des Grands Profès, Ms 5.475, BM Lyon.

10. « Le Grand Aumônier, ou des Aumôniers désignés par lui, sont chargés, en étroite liaison avec les Chefs des Ordres, le Maître Général des Loges de Saint-Jean et de Saint-Andréde dispenser et de superviser l’enseignement religieux et spirituel, dans les Etablissements de leur ressort. » (Statuts du G.P.D.G., Livre VII, art. 112, 2005, amendés le 29 septembre 2012 ).

11. J. de Maistre, Mémoire au duc de Brunswick-Lunebourg (1782).

12. R. Amadou, Martinisme, CIREM, 1997, p. 36.

Qui était Saint André ?

In Christianisme, Doctrine, Franc-maçonnerie, Jean-Baptiste Willermoz, Religion, Théologie on 31 décembre 2012 at 00:16

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Au rituel du 4e Grade, désigné à cette époque sous le nom de « Maître Ecossais », approuvé par le Convent des Gaules de 1778, manquait le  dernier tableau, avec la figure de saint André, ainsi que l’ultime instruction qui résume tous les points essentiels de la Maçonnerie symbolique rectifiée, éléments qui furent rajoutés bien après le Convent de Wilhelmsbad (1782).

Dans une lettre, Willermoz expliquait le sens du 4e Grade du Régime rectifié de la manière suivante : « Nous n’avons chez nous qu’un seul grade supérieur et intermédiaire entre les trois gra­des bleus et l’Ordre Intérieur, dénommé, comme je l’ai déjà dit, Maître Ecossais de Saint-André. (…) Notre Maître Ecossais retrace et met en action dans sa réception tou­tes les grandes époques historiques survenues au Temple de Salomon et à la nation élue : la destruction, la réédification et la deuxième dédicace de l’un, la captivité, le re­tour et les combats de l’autre ; car nous ne perdons jamais de vue les révolutions de ce Temple unique, ni le grand emblème du Maître Hiram ; tous ces objets sont mis en scène sous les yeux du candidat par divers tableaux, dont le dernier figure le passage de la loi ancienne à la loi nouvelle par Saint-André qui quitta son premier maître Jean-Baptiste pour suivre invariablement Jésus-Christ ; ici finissent les symboles. » [1]

Pourtant, malgré sa place importante dans le Régime rectifié, peu de Frères connaissent qui fut réellement saint André.

Il semble donc intéressant d’éclairer la figure de ce grand saint et Apôtre qui occupe une place charnière au sein du système fondé par Jean-Baptise Willermoz.

Saint André (+ 62), frère de saint Pierre, est le premier des Apôtres qui ait connu Jésus-Christ, aussitôt après Son Baptême sur les bords du Jourdain. Toutefois son appel définitif ne date que du moment où Jésus le rencontra avec son frère Simon, jetant les filets pour pêcher, dans le lac de Tibériade, et leur dit à tous deux : « Suivez-Moi, Je vous ferai pêcheurs d’hommes. »

 Après la Pentecôte, André prêcha dans Jérusalem, la Judée, la Galilée, puis alla évangéliser les Scythes, les Éthiopiens, les Galates et divers autres peuples jusqu’au Pont-Euxin. Les prêtres de l’Achaïe prirent soin d’envoyer aux églises du monde entier la relation de son martyre, dont ils avaient été les témoins oculaires. Menacé du supplice de la croix : « Si je craignais ce supplice, dit-il, je ne prêcherais point la grandeur de la Croix. » Le peuple accourt en foule, de tous les coins de la province, à la défense de son Apôtre et menace de mort le proconsul. Mais André se montre, calme la foule de chrétiens ameutés, les encourage à la résignation et leur recommande d’être prêts eux-mêmes au combat.

 Le lendemain, menacé de nouveau : « Ce supplice, dit-il au juge, est l’objet de mes désirs ; mes souffrances dureront peu, les vôtres dureront éternellement, si vous ne croyez en Jésus-Christ. »

 Le juge irrité le fit conduire au lieu du supplice. Chemin faisant, l’Apôtre consolait les fidèles, apaisait leur colère et leur faisait part de son bonheur.

 D’aussi loin qu’il aperçut la Croix, il s’écria d’une voix forte : « Je vous salue, ô Croix consacrée par le sacrifice du Sauveur ; vos perles précieuses sont les gouttes de Son sang. Je viens à vous avec joie, recevez le disciple du Crucifié. O bonne Croix, si longtemps désirée, si ardemment aimée, rendez-moi à mon divin Maître. Que par vous je sois admis à la gloire de Celui qui par vous m’a sauvé. »

 Il se dépouilla lui-même de ses vêtements, les distribua aux bourreaux, puis fut lié à une croix d’une forme particulière, appelée depuis croix de Saint-André. Le Saint, du haut de sa Croix, exhortait les fidèles, prêchait les païens, attendris eux-mêmes.

 Une demi-heure avant son dernier soupir, son corps fut inondé d’une lumière toute céleste, qui disparut au moment où il rendit l’âme.

Ainsi, comme le souligne Willermoz, Saint André « figure le passage de la loi ancienne à la loi nouvelle qui quitta son premier maître Jean-Baptiste pour suivre invariablement Jésus-Christ », il nous rappelle que la Nouvelle Alliance est rattachée et unie aux alliances antérieures qu’elle réincorpore et « accomplit », mais que l’Incarnation de Jésus-Christ a ceci de particulier qu’elle manifeste non seulement la continuité des promesses qu’elle situe sur un plan céleste et divin, mais surtout fonde pour toujours « l’Alliance éternelle » (Hébreux 13, 20), l’Alliance parfaite, bien supérieure à l’ancienne, l’Alliance nouvelle qui libère la race d’Adam par l’effet de la loi nouvelle de grâce.

Note.

1. Pierre Chevallier, Louis Mathias de Barral, ancien évêque de Troyes, franc-maçon du Rite Ecossais Rectifié, et un document inédit sur le Rite Ecossais Rectifié (lettre de Jean-Baptiste Willermoz) ; Mémoires de la Société Académique de l’Aube, t. 104 (1964‑1966), pp. 195‑213.

Méthode pour lire le Traité de la Réintégration de Martinès de Pasqually

In Christianisme, Doctrine, Elus coëns, Franc-maçonnerie, Jean-Baptiste Willermoz, Martinès de Pasqually, Régime Ecossais Rectifié, Réintégration, Religion, Théosophie on 30 décembre 2012 at 16:16

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La doctrine de la réintégration est coeur du Régime rectifié, mais encore faut-il la connaître, l’étudier, l’approfondir. La Loge d’Etude et de Recherche du Directoire National Rectifié de France, Prunelle de Lière – A Tribus Oculis, a pris l’heureuse initiative de publier les précisions fournies par Jean-Baptiste Willermoz à Jean de Türkheim, afin de lui indiquer comment lire sérieusement et avec profit le Traité sur la réintégration des êtres de Martinès de Pasqually. Nous croyons très utile aux lecteurs contemporains, notamment s’ils sont membres du Régime Ecossais Rectifié, de se remémorer les conseils de Willermoz, et surtout de les appliquer dans leur lecture, qu’on espère assidue et attentive, du Traité.

Dans son Introduction du Traité de la Réintégration…, édition Dumas 1974, Robert Amadou nous met en garde et nous donne la méthode pour  » lire, vivre  » le Traité. Il cite une lettre [1] de Jean-Baptiste Willermoz à Jean de Türkheim, du 25 mars 1822.

Un élève de l’école où, sous la direction du maître, l’on pratiquait ce manuel, nous inculque la méthode :

« Le Traité de la réintégration des êtres est une pierre d’achoppement pour la multitude des lecteurs légers et frivoles qui foisonnent partout depuis un certain temps, surtout en Allemagne, où l’on s’accoutume plus que dans les autres contrées à juger les choses plus graves par leur superficie. L’auteur n’avait destiné son ouvrage qu’à ses Réaux ou à ceux qui se montraient les plus prêts à le devenir. La mort et celle de ceux qui en avaient des copies en a changé la destination. Elles sont tombées en des mains étrangères et ont produit beaucoup de tristes effets; l’une d’elles vous est parvenue. Dieu l’a voulu ou permis, sachez en profiter.

Ne commencez pas la lecture que vous ne puissiez pas la suivre journellement et faites-vous un devoir rigoureux de la suivre ainsi sans interruption; si cela ne dépend pas de vous, différez encore pendant dix ans, s’il le faut de la commencer. Quand vous en aurez fait une première lecture entière, commencez-en de suite une seconde, de même sans trop approfondir les difficultés ou les obscurités que vous n’aurez pas encore percé.

Après cette seconde lecture, faites en de même une troisième et vous reconnaîtrez à une troisième que vous avez bien avancé votre travail et que ce que vous aurez ainsi acquis par vous-même, vous restera plus solidement empreint, que si vous l’aviez reçu par des explications verbales, qui toujours s’effacent plus ou moins. Il faut encore avant tout vous interroger et scruter dans quelles intentions vous vous livrez à ce désir et au travail pénible qui le suivra. Vous reconnaîtrez bientôt en vous un double motif : dans le premier le plus naturel de tous, celui d’acquérir et d’augmenter votre propre instruction. Mais ne s’y glissera-t-il point un peu de cette curiosité inquiète de l’esprit humain, qui veut tout connaître, tout comparer, tout juger de sa propre lumière et qui par là empoisonne tout le fruit de ses recherches ? Dans le second, celui de pouvoir vous rendre le plus utile à vos semblables, qui est le plus louable de tous en apparence puisqu’il rentre dans l’exercice de la charité chrétienne si recommandée à tous.

Mais s’il est entré dans votre plan de l’appliquer à telle ou telle personne, société, localité, tenez-vous en garde car souvent l’amour propre se glisse insidieusement derrière des motifs si louables, en altère la pureté, en corrompt tous les fruits. J’ai reconnu pour le plus sûr, de se concentrer sans choix personnel dans la multitude des hommes préparés par la Providence qui les mettra ainsi préparés en rapport avec vous quand leur temps sera venu. C’est dans la multitude ainsi disposée que se trouvera dans sa plénitude et sans danger l’exercice de cette charité chrétienne si recommandée.

Imposez-vous, avant de commencer votre première lecture, un plan régulier, déterminé pour chaque jour et bien médité, en prévoyant les obstacles accidentels ou journaliers qui pourront survenir, une règle fixe, mais libre pendant sa durée, dont vous ne vous permettrez point à vous écarter de sorte que chaque jour ait son temps consacré à cette lecture jusqu’à la fin du Traité. Livrez-vous y alors de tout votre cœur et avec toute l’attention dont votre esprit sera capable en repoussant chaque distraction.

Je distingue ici l’esprit et le cœur parce que ce sont deux puissances ou facultés intellectuelles qu’il ne faut point confondre. L’esprit voit, conçoit, raisonne, compose, discute et juge tout ce qui lui est soumis. Le cœur sent, adopte ou rejette et ne discute point; c’est pourquoi je n’ai jamais été éloigné de penser que l’homme primitif pur, qui n’avait pas besoin de sexe reproductif de sa nature, puisqu’il n’était pas encore condamné, ni lui ni tous les siens à l’incorporisation matérielle qui fait aujourd’hui son supplice et son châtiment, eut deux facultés intellectuelles inhérentes à son être, lesquelles étaient vraiment les deux sexes figuratifs réunis en sa personne, mentionnés dans la Genèse, dont les traducteurs et les interprètes ont si complètement matérialisé les expressions dans les chapitres suivants, qu’il est presqu’impossible d’y connaître aucunes vérités fondamentales. Car par l’intelligence dont le siège réside nécessairement dans la tête, il pouvait, comme il peut encore, connaître et adorer son créateur, et par la sensibilité qui est en lui l’organe de l’amour et dont le siège principal est dans le cœur, il pouvait l’aimer et le servir, ce qui complétait le culte d’adoration, d’amour et de gratitude qu’il lui devait en esprit et en vérité. »

« Lire le Traité, vivre la réintégration« … Dit Jean-Baptiste Willermoz. Martines de Pasqually ne dit autre chose. Ni Saint-Martin, ni aucun théosophe, ni aucun initié de quelque sorte. Mais Martines le dit en son langage et, quant au bon usage du Traité, que ce volume offre à l’écoute et à la traduction des amateurs, vrais philosophes, il sied que sa voix soit ici prépondérante, et conclue :  » J’ai toujours dit que tout homme avait devant lui tous les matériaux convenables pour faire tout ce que j’ai pu faire dans ma petite partie. L’homme n’a toujours qu’à vouloir, il aurait puissance et pouvoir [2]. » Sans oublier que  » la chose est quelquefois dure pour ceux qui la désirent trop ardemment avant le temps [3]. »

Source : Loge d’Etude et de Recherche A Tribus Oculis

Notes.

1. In Traité de la Réintégration, édition Dumas. Introduction de Robert Amadou.

2. Lettre à Willermoz, en date du 19 septembre 1822, in Traité de la Réintégration, édition Dumas. Introduction de Robert Amadou.

3. Lettre à Willermoz, du 7 avril 1770, in Traité de la réintégration, édition Dumas. Introduction de Robert Amadou.