Régime Écossais Rectifié

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La dérive religieuse sectaire du Grand Prieuré des Gaules au grand jour !

In Christianisme, Doctrine, Franc-maçonnerie, Histoire, Illuminisme, Jean-Baptiste Willermoz, Polémique, Réforme de Lyon, Régime Ecossais Rectifié, Réintégration, Religion on 2 janvier 2014 at 23:37
GPDG VIII

Le Grand Maître du GPDG, par l’effet d’un sectarisme religieux

incompatible avec les voies initiatiques,

annonce vouloir « amender, opposer,contrarier, enrichir »,

et même  « contester » (sic !) l’héritage doctrinal willermozien…

Le numéro récemment publié des Cahiers Verts (n° 8, 2013), revue éditée jusqu’à présent par les Editions du Simorgh dont l’ancien directeur de publication fut un Grand Maître adjoint éphémère du Grand Prieuré des Gaules en raison du scandale provoqué par l’affaire de la bibliothèque Robert Amadou, propose diverses contributions, dont, et c’est ce sur quoi nous arrêterons car ce texte est signé de l’actuel Grand Maître fraîchement réélu pour un nouveau mandat de 4 ans, son discours d’orientation.

Ce discours a vocation à poser les bases sur lesquelles on entend engager l’obédience multiritualiste coiffée d’une Aumônerie, qui a vécu la rupture que l’on sait en décembre 2012, puisque celui qui fut son Porte-parole officiel – suivi par de nombreux Frères dont l’ancien Grand Maître du G.P.D.G., et l’ancien Grand Conservateur du Rite écossais rectifié au G.P.I.F. (G.O.D.F.) -, prit l’initiative, face à une situation d’éloignement d’avec les critères du Régime qui s’avérait irréversible, de réveiller le Grand Directoire des Gaules qui était en sommeil depuis 1939.

Le sous-titre : «À ceux qui déchirent sa tunique », est d’ailleurs relativement bien choisi par un Bruno Abardenti  qui, comme nous allons le constater, piétine allègrement les principes willermoziens, annonçant immédiatement la tonalité en étant à la navrante hauteur, à bien des égards, de ce que développe ce discours stupéfiant.

a) Permanence des pratiques de travestissement des textes

D’entrée, par un petit tour de passe-passe dont il a le secret, et qui est désormais une habitude de fonctionnement pour le GPDG, le Grand Maître du Grand Prieuré des Gaules, jamais en peine d’un travestissement comme il nous l’avait signalé récemment, commence son discours de la saint Michel 2013 par une substitution tout à fait étonnante, puisqu’il considère que la Règle Maçonnique rédigée à Wilhelmsbad proclamerait, selon lui, que « l’initiation parfaite » (sic) serait le christianisme.

Pour appuyer son propos, il cite ce passage connu de la Règle Maçonnique : « Tu accompliras ta sublime destinée, tu recouvreras cette ressemblance divine, qui fut le partage de l’homme dans son état d’innocence, qui est le but du christianisme, et dont l’initiation maçonnique fait son objet principal. »  [1]

Est-il question d’un « christianisme initiation parfaite » dans ce passage ?

Nullement.

Il est simplement spécifié, dans la Règle Maçonnique en IX articles, que le but des travaux maçonniques est de concourir à ce que chaque homme retrouve la « ressemblance divine » qu’il a perdue, but signalé comme étant commun avec le christianisme. Pas une ligne de plus.

D’ailleurs, à travers tous les rituels de l’Ordre, la seule chose que révélera le Régime rectifié, non aux Frères des classes symboliques, et surtout pas de façon ostensible et tapageuse comme il est devenu courant dans un GPDG mué en école de religion, mais seulement à ceux qui atteignent l’état de Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, c’est que le christianisme, s’il « fut une initiation aussi mystérieuse que celle qui l’avait précédée », apporta certes, mais uniquement en tant que Loi, des  «connaissances parfaites », et que c’est cette Loi qui «est la plus sublime, la plus élevée, la plus parfaite de toutes » [2], non le « christianisme » en tant que tel, qu’on se garde bien de définir.

b) Depuis le VIe siècle, « l’initiation parfaite » est conservée dans le secret

On remarquera en effet, et c’est pourquoi ces trémolos exagérés et déplacés sur le « christianisme » auraient été vigoureusement rejetés par Jean-Baptiste Willermoz qui constitua son système comme une lente et prudente propédeutique de la Vérité, que si le Rituel du 1er Grade évoque à plusieurs endroits le « christianisme », ou « la sainte religion chrétienne », il s’interdit de préciser ce que l’Ordre entend sous ces termes, et pour cause, puisque le Frère apprendra, un peu plus tard, en avançant dans l’initiation, que le christianisme auquel se réfère le Régime rectifié, provient de celui, lié à la « religion primitive », détenteur de vérités oubliées, voire condamnées aujourd’hui par l’Eglise depuis le VIe siècle !

Et c’est en cela, sans aucun doute, que réside la preuve du travestissement positif, évident et très coupable de la doctrine du Régime opéré par Bruno Abardenti, car ce n’est non pas « l’Eglise » pour le système édifié par Willermoz, mais les Loges qui conservèrent l’initiation parfaite  jusqu’au VIe siècle, « initiation parfaite » consistant dans les précieuses connaissances aujourd’hui perdues, que préservent les initiés qui se sont retirés dans le secret !

Lisons : « Les Apôtres reçurent l’Initiation parfaite du Verbe même, et leur mission fut de la porter dans toutes les parties de l’univers. Nul doute, Mon Bien Aimé Frère, qu’elle n’ait été transmise aux Nations où l’Evangile a été prêché. Les Loges qui la reçurent conservèrent jusqu’au VIe siècle ces précieuses connaissances, et le refroidissement de la foi annonce assez qu’à cette époque le souvenir s’en est affaibli, et que ce qu’il restait d’initiés se retirèrent dans le secret. Mais aussi on doit croire que ces connaissances se sont perpétuées sans interruption pendant tous les siècles du monde car tous les ouvrages que Dieu a créés demeurent à perpétuité et nous ne pouvons rien ôter à tout ce que Dieu a fait. » [3]

Voilà l’enseignement véritable du  Régime rectifié, l’authentique position de l’Ordre, qui est très loin de correspondre avec le discours trompeur, saturé d’impressions religieuses subjectives, embrumé des vapeurs illusoires issues d’une passion charismatique ecclésiale et de visions personnelles propres à l’actuel Grand Maître du Grand Prieuré des Gaules, introduisant des vues fantaisistes au sein d’un Rite, jusqu’à en corrompre totalement l’économie, le sens et la nature.

c) Qui a raison Jean-Baptiste Willermoz ou Bruno Abardenti ?

On sourira ainsi, à ce titre, provenant de quelqu’un qui clame à tue-tête des propos, d’ailleurs puissamment déformés, sur le christianisme, que l’Ordre ne délivre qu’après plusieurs années d’une patiente démarche et qu’il se garde de révéler trop vite, écrire hypocritement, au sujet de la doctrine interne du Régime qui elle, traverse l’ensemble des Grades et confère sa spécificité à la Réforme de Lyon : « Il est donc extrêmement dangereux de vouloir poser cet enseignement comme préalable au parcours que propose le Rite Ecossais Rectifié, car cela  reviendrait à ne pas tenir compte de l’importance du rythme et des effets du  Rite agissant au bénéfice de l’homme. Agir ainsi serait la négation de son  mode opératoire. » (p. 12).

Ah bon, voilà qui est nouveau ?!

Il serait donc « extrêmement dangereux de vouloir poser cet enseignement comme préalable au parcours que propose le Rite Ecossais Rectifié »…..ceci est curieux, car précisément le Rituel dit tout le contraire, la mauvaise foi atteignant ici des sommets, sachant que la rencontre avec le Triangle d’Orient, le Chandelier à trois branches symbolisant la triple puissance, Adhuc Stat, la batterie, Phaleg,  les « essences spiritueuses », etc., pour prendre des exemples significatifs, advient dès le Grade d’Apprenti, Apprenti qui sera invité par la Règle Maçonnique à se libérer des « vapeurs grossières de la matière », et que plus positivement encore, alors que celui qui doit être reçu franc-maçon n’est encore qu’un candidat séjournant dans la chambre de préparation, un Frère lui délivre cet avertissement impératif : « L’Ordre, ne doit pas accueillir des individus qui auraient une doctrine opposée à celle qu’il regarde comme sa règle fondamentale… » [4]

Avons-nous bien lu ?

La comparaison vaut toutes les démonstrations :

  • Proposition A : « L’Ordre, ne doit pas accueillir des individus qui auraient une doctrine opposée à celle qu’il regarde comme sa règle fondamentale… » (J.-B. Willermoz, Rituel du Grade d’Apprenti, Discours du Frère préparateur au candidat, 1802).
  • Proposition B : « Il serait  extrêmement dangereux de vouloir poser cet enseignement comme préalable au parcours que propose le Rite Ecossais Rectifié ». (B. Abardenti, Saint Michel 2013, Discours du SGM du GPDG, Cahiers Verts n° 8, 2013, p. 12).

Qui donc a raison, Bruno Abardenti ou Jean-Baptiste Willermoz ?

On le constate, si le « christianisme » n’est absolument pas désigné, et à aucun endroit dans la Règle Maçonnique, comme « l’initiation parfaite », en revanche, une disposition ou un a priori au minimum favorable (qu’il appartient aux enquêteurs, au frère préparateur, au parrain et aux membres de la Loge d’évaluer), à l’égard de la doctrine que l’Ordre regarde comme sa règle fondamentale, est un préalable obligatoire pour être reçu franc-maçon du Régime rectifié !

Et ce préalable obligatoire relève d’une raison simple qu’explique Jean-Baptiste Willermoz : ce que le Régime rectifié considère sous le nom de « christianisme », analyse qui sera dévoilée après le temps d’un parcours procédant par étapes, participe d’une approche transcendante de nature non dogmatique, d’un enseignement perdu par l’Eglise depuis le VIe siècle, c’est-à-dire d’une doctrine, en effet, qui est très loin de correspondre à ce que Bruno Abardenti, abusant des prérogatives de sa charge de Grand Maître, souhaite mettre sous le nom de « christianisme », se voulant, dans une envolée pompeuse frisant d’ailleurs avec le ridicule : « le féal de la vérité, le chevalier de la beauté, le prêtre de l’amour, le prophète de son retour» [5].

C’est pourquoi, cette tirade grotesque du Grand Maître du GPDG, lorsqu’on constate son éloignement positif d’avec les positions de l’Ordre, pourrait être ainsi paraphrasée : «je serai le féal de la contre-vérité, le chevalier du travestissement, le prêtre de la division, le prophète de ses détours».

d) Des propos de chef de secte !

Mais par delà une entrée en scène qui se veut grandiloquente, quoique gravement faussée et mensongère dans la mesure où elle s’appuie sur une contrevérité formelle qui vient d’être démontrée, que nous réserve la suite de  ce discours hallucinant ?

En vérité bien des surprises, et non des moindres !

Développant sa péroraison à partir de son erreur initiale, Bruno Abardenti qui use et abuse des métaphores religieuses, poursuit son envolée lyrique par plusieurs paragraphes du même tonneau rédactionnel, au sein desquels il n’hésite pas à parler du « banquet des mystères divins », « d’eucharistie perpétuelle », des « messagers de braise », « d’action prophétique par coopération angélique », des « vivants du Seigneur », etc., (p. 11), nous faisant nous demander si Abardenti ne confond pas ses extases personnelles, avec la réalité concrète de son obédience, dont il semble avoir oublié qu’elle n’est pas une congrégation d’évangélisateurs missionnaires, mais une organisation maçonnique  ?

Cependant, plus inquiétant encore, s’exprimant comme s’il prêchait, emporté par les vapeurs d’une visible passion, Bruno Abardenti en vient à proférer des attaques à l’encontre de ceux qui se sont opposés à la déviance religieuse qui, au fil des ans, s’est imposée au GPDG, en des termes qui relèvent objectivement de la phraséologie des gourous enfiévrés et  des chefs de sectes, parlant, tel un adepte de la scientologie, en des formules qui ne prennent même plus la peine de dissimuler une volonté de règlement de compte personnel, en désignant à la vindicte et à l’ostracisme : les « faux prophètes [qui] nous enferment dans des palais de cristal au parfum de néant » (p. 12), ou les « boucs (sic !) qui pratiquent l’errance de l’aventure mentale » (ib.).

Chacun, évidemment, jugera de la valeur et du bien-fondé de ces formulations totalement déplacées et inappropriées, et saura en tirer les conclusions qui s’imposent concernant les méthodes de l’actuel Grand Maître du GPDG.

e) Pour le Grand Maître du GPDG, « les dogmes de l’Eglise sont intangibles » et  ont autorité sur la franc-maçonnerie !

Toutefois, revenant sur ses propos antérieurs, Bruno Abardenti qui se doute que là est bien le fond du problème, tient de nouveau à persuader son auditoire de la justesse d’une affirmation qui aurait fait hurler Willermoz et tous les fondateurs du Régime rectifié : « J’ai déclaré et écrit à la Saint Michel 2012, que le dogme était intangible, mais pas la doctrine. » (p. 12).

En effet, il écrivait en 2012 : « C’est le dogme qui est intangible, pas la doctrine (…)  Nous restons… sentinelles des défaillances oublieuses des vérités religieuses… Sans la présence du Christ en nous, à travers ses sacrements, nos prières à termes nous feront tomber dans l’illusion…[l’homme] n’est nullement au-delà des lois de l’Eglise. » [6]

Qu’un Grand Maître d’une structure maçonnique française en lien avec des obédiences qui se déclarent « adogmatiques », puisse affirmer lors d’un discours officiel, qui plus est imprimé dans la revue de son organisation, que seul le « dogme » défini par les conciles a autorité sur l’enseignement d’un système maçonnique dont il a la charge, et que par ailleurs, les « sacrements de l’Eglise » nous garantissent de la prétendue « illusion » que constitueraient les méthodes préconisées par les voies initiatiques, ce à quoi se rajoute l’insistance sur le fait que, selon lui, « nul n’est au-delà des lois de l’Eglise », est absolument stupéfiant !

On se demande d’ailleurs par quel miracle sont encore maintenus des accords de reconnaissance entre une déviance religieuse dogmatique sectaire, ce qu’incarne objectivement le GPDG aujourd’hui, et des obédiences fondées sur la « liberté absolue de conscience », la « laïcité », et « l’indépendance par rapport aux dogmes de l’Eglise ». Passons.

f) Le « droit divin » au service du projet destructeur de l’Ordre dévoilé !

Le « sommet » de ce discours, si l’on peut parler ainsi pour de tels propos affligeants, est atteint dans les lignes suivantes qui permettent de mesurer, certes le degré de distance d’avec les critères initiatiques, mais surtout la menace directe qui pèse sur l’Ordre, puisque Bruno Abardenti, du haut de son estrade associative, en vient à qualifier de « petits maîtres » (sic !) Willermoz, Saint-Martin et Martinès de Pasqually, de la façon suivante : « Toute doctrine qui ne se discuterait pas, deviendrait par  définition un dogme (…) L’homme dans ses  gènes originels, doit coopérer aux énergies divines, en prolongeant de son  talent tout enseignement humain, même inspiré. Willermoz, Saint-Martin et Martinez au regard du seul vrai Maître sont des «  petits maîtres »… » (p. 13).

Et comment doit-on se comporter à l’égard de ceux, regardés comme des « petits maîtres », par le « Grand Maître » (sic) du GPDG ?

On l’aura deviné, en ne se gênant pas pour : « les amender, [les] opposer, [les]contrarier,  puisqu’enrichir n’est point trahir, sans encourir les foudres d’une doxa trop  pharisienne pour qui, l’Esprit Saint aurait cessé de souffler, soit à la  Crucifixion, soit à la naissance au ciel des « petits maîtres ». (p. 13)

Voilà l’aveu tant attendu !

La réalité est enfin exposée au grand jour de ce projet concocté depuis longtemps déjà par un noyau de zélotes occupant la tête du GPDG, qui cherchent, par tous les moyens à leur disposition, à soumettre, de gré ou de force, la doctrine de l’Ordre avec l’enseignement de l’Eglise, considérant qu’ils n’ont pas à se gêner, car, si l’on suit bien l’équation simple qui désormais s’impose :

1°)  – Puisque « Willermoz, Saint-Martin et Martinez au regard du seul vrai Maître sont des «  petits maîtres » ;

2°) – Sachant que  Bruno Abardenti se laisse désigner comme le « représentant du Christ en ce monde » par le Grand Orateur du GPDG, et le fait publier complaisamment dans les Cahiers Verts en ces termes : « (…) il est le digne représentant du Christ dans l’ordre. (…) En servant l’ordre et son Grand Maître ou ses représentants et lieutenants, nous servons le Christ » [7] ;

3°) – Il est donc possible, puisque Abardenti et ses affidés se considèrent comme inspirés par l’Esprit-Saint, s’autoproclamant les « représentants du Christ », bénéficiaires, on l’aura compris, des « énergies divines », qui « prolongent de leur talent tout enseignement humain » : « d’amender, opposer, contrarier, enrichir » une doctrine de l’Ordre en contradiction d’avec les canons conciliaires, afin de la transformer et la rendre conforme avec la dogmatique de l’Eglise !

Tel est le sinistre et terrifiant projet, cette fois-ci avoué et clairement dévoilé, positivement exprimé, auquel se sont consacrés quelques sectaires qui, dans leur illusion charismatique, s’imaginent, par le « droit divin« , détenteurs du pouvoir d’amender, opposer, contrarier et enrichir Willermoz, Saint-Martin et Martinès de Pasqually ! trompant d’ailleurs ceux qui leur font confiance et auprès desquels ils se présentent comme des défenseurs de la « franc-maçonnerie chrétienne », alors que leur but n’est autre, comme il apparaît à présent – après avoir opéré une mutation sans doute irréversible de l’obédience devenue une structure multiritualiste coiffée d’une Aumônerie -, dans un second temps, que d’engager une transformation radicale et profonde de la substance même du Régime rectifié, pour en faire quelque chose de tout à fait différent, voire d’opposé à ce que les fondateurs de l’Ordre édifièrent au Convent des Gaules en 1778, mais compatible en revanche, avec les critères de la « franc-maçonnerie chrétienne », telle que la conçoit le GPDG d’aujourd’hui.

Conclusion

Il ne s’agit plus de se le cacher, le stade des menaces ou des risques étant largement franchi, le loup s’est  introduit dans la place et dirige une organisation, qui d’ailleurs n’est plus, faute d’en avoir conservé les critères, une structure rectifiée qu’elle dit elle-même, et soutient ne pas être, ce qui est tout à fait exact, d’autant que l’essence de la transmission de Camille Savoire (1869-1951) est désormais passée, en décembre 2012 à Lyon, en d’autres mains infiniment plus respectueuses de l’héritage willermozien, et qui ont réveillé, car cela était devenu une nécessité impérative, le Grand Directoire des Gaules, à l’origine du retour du Régime rectifié en France en mars 1935.

Un point semble cependant important à rappeler au Grand Maître du GPDG et son petit groupe d’amis, qui sont à la tête de cette entreprise de corruption des fondements de l’Ordre : Willermoz, Saint-Martin et Martinès de Pasqually, ont toujours affirmé, en y insistant de façon solennelle, que leur « doctrine », qu’ils qualifiaient de « sainte », n’était point une « invention humaine » ni une « fille de la raison susceptible de contestation » [8], comme vient d’en faire diffuser l’affirmation à tous ses membres le GPGD dans son bulletin interne baptisé Epitomé, mais qu’elle provenait, par l’intermédiaire de Moïse, de Dieu Lui-même !

Ainsi donc, que les aveugles illusionnés, qui annoncent vouloir amender, opposer, contrarier, enrichir, et même jusqu’à « contester » (sic) l’héritage doctrinal des maîtres fondateurs, se souviennent que ce type d’action, folle et insensée s’il en est, n’est pas sans quelques risques sur le plan spirituel, et qu’on ne se livre pas à ce petit jeu impunément, surtout dans les domaines initiatiques. Quant à ceux, que ces débats jusqu’à présent avaient dépassés, ou qui les imaginaient auxiliaires, non majeurs, voire périphériques, les considérant comme des « querelles entre théologiens », des « divergences d’intellectuels », des « oppositions individuelles », ils ne pourront plus dire « on ne savait pas », « on ne se doutait pas que le mal était si profond », ou « on n’avait pas pris conscience d’une action si grave envers le Régime rectifié et le devenir de l’Ordre »….

Pour que les choses soient claires, voici ce que Jean-Baptiste Willermoz a toujours soutenu à propos de la « sainte doctrine », ce à quoi il demandait de souscrire, pour certains, sous serment, et qui aurait été absolument scandalisé, saisi d’effroi, profondément choqué et épouvanté en apprenant que certains prétendus « membres » de son Régime, pensaient et affirmaient souhaitable aujourd’hui, d’amender, opposer, contrarier, enrichir, et contester la doctrine de l’Ordre :

 « La doctrine […] n’est point un système hasardé arrangé comme tant d’autres

suivant des opinions humaines ;

elle remonte… jusqu’à Moïse qui la connut dans toute sa pureté

et fut choisi par Dieu pour la faire connaître au petit nombre des initiés,

qui furent les principaux chefs des grandes familles du Peuple élu,

 auxquels il reçut ordre de la transmettre

pour en perpétuer la connaissance dans toute sa vérité

Les Instructions sont un extrait fidèle de cette Sainte Doctrine

 parvenue d’âge en âge par l’Initiation jusqu’à nous.

[…]

La forme de cette Instruction a quelquefois varié selon les temps et les circonstances,

mais le fond, qui est invariable, est toujours resté le même.

Recevez-la donc  avec un juste sentiment de reconnaissance

et méditez-en la doctrine sans préjugé  avec ce respect religieux

que l’homme dignement préparé peut devoir à ce qui l’instruit et l’éclaire.  »

Jean-Baptiste Willermoz,

Statuts et Règlement de l’Ordre des G. P., Ms 5.475, BM Lyon.

CV n°8

Cahiers Verts n° 8,  nouvelle série, 2013.

Notes. 

1. Cf. Règle Maçonnique, in Rituel d’Apprenti rédigé en Convent Général de l’Ordre l’an 1782, Version de 1802 de la Triple Union à l’Orient de Marseille, Bibliothèque Nationale, Paris.

2. Rituel de l’Ordre de la Cité Sainte pour la classe des Chevaliers, approuvé par le Convent de Wilhelmsbad  le 30 août 1782, ratifié le 18 juillet 1784, BM de Lyon, Fonds Willermoz, ms 5921.

3. Cf. Instruction d’Ecuyer Novice, 1778-1808.

4. Rituel d’Apprenti rédigé en Convent Général de l’Ordre l’an 1782, op.cit.

5. Bruno Abardenti, Discours du Sérénissime Grand Maître du Grand Prieuré des Gaules, Saint Michel 2013, Cahiers Verts n° 8, 2013, p. 11.

6. Bruno Abardenti, Discours saint Michel 2012, Cahiers Verts n° 7, pp. 14-15.

7. Dominique V., Ordre et obédience, Cahiers Verts n° 8, 2013, p. 31. Si l’on pouvait avoir encore quelques doutes sur le fait que l’Ordre doive impérativement se libérer de la tutelle des obédiences pour vivre selon son essence, ce texte en deux parties publié dans les Cahiers Verts n°8, (Ordre chevaleresque et initiation chrétienne, pp. 17-24, Ordre et obédience, pp. 25-34), serait de nature à convaincre quiconque, de par les propositions invraisemblables qu’il soutient allant jusqu’à réintroduire du « droit divin » dans l’exercice des charges, de la nécessité pour l’Ordre de son émancipation de la prison structurelle des organisations non rectifiées.

 8. J.-F. V., « ….la doctrine rectifiée (…) est fille de la raison, même si cette raison est chrétienne ;Tout ce qui est de l’ordre de la raison est susceptible de contestation », Epitomé, n°1, décembre 2013, p. 5. Le texte de l’Epitomé est reproduit in extenso sur le blog de l’ex Grand Aumônier du GPDG, Un Orthodoxe d’Occident : « Doctrine et dogme…dans l’Eglise et la franc-maçonnerie« , assorti de quelques commentaires hallucinants qu’aurait pu signer le très réactionnaire et intégriste Abbé Augustin Barruel (1741-1820) – qui désignait la doctrine des illuminés comme étant une forme contemporaine de l’hérésie gnostique et manichéenne  -, commentaires qui témoignent d’un rejet hostile et virulent des bases de la pensée illuministe.

En lien sur le même sujet :

BB

Le Grand Prieuré des Gaules

se retranche de la Franc-maçonnerie universelle

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La doctrine de la Réintégration menacée par les critères religieux orthodoxes

In Christianisme, Doctrine, Elus coëns, Franc-maçonnerie, Histoire, Illuminisme, Martinès de Pasqually, Philosophie, Polémique, Régime Ecossais Rectifié, Réintégration, Religion, Théologie, Théosophie on 23 juin 2013 at 20:52

Elus coëns II

Réintégration et Résurrection selon Jean-François Var,

un « hors sujet » étranger à la doctrine de Martinès.

Parler de la Réintégration à la lumière des Pères de l’Eglise, pourquoi pas ? L’idée est intéressante, d’autant que le concept, connu sous le terme « d’apocatastase », se trouve en effet dans les écrits des Pères.

Mais le fond du problème est bien de savoir si la doctrine de la Réintégration révélée par Martinès au XVIIIe siècle, telle que présente aujourd’hui – depuis l’extinction des élus coëns et après la disparition du dernier Réau-Croix, Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824) – au sein du Régime Ecossais Rectifié et des Ordres Martinistes, est commune et identique avec l’enseignement des Pères de l’Eglise ?

a) La création d’Adam

Jean-François Var nous engage dans sa réflexion, par un petit détour poétique amusant, où il cherche à montrer que la IVe épilogue de Virgile, contrairement à ce qu’en déclara le relativement oublié Jérôme Carcopino, relève bien des écrits prophétiques (p. 18).

Passé ce petit interlude distrayant, Jean-François Var nous précise tout d’abord : « L’objet et la raison d’être de l’exposé c’est Adam» (p. 20), un Adam qui tour à tour nous est présenté en Eden et dans le monde visible, au moment de sa création et dans sa relation à Dieu, selon les vues des théologiens orthodoxes, en commençant pas saint Séraphin de Sarov (1759-1833), saint Maxime le Confesseur (580-662), saint Grégoire de Nysse (v. 331- v.394), saint Grégoire de Naziance (330-390) et saint Grégoire Palamas (1296-1359), (pp. 20-26).

Rien que de très classique et conforme à la tradition et à la Sainte Ecriture dans leurs écrits, puisque les Pères nous décrivent Adam issu du limon de la terre, vivant en harmonie au milieu des animaux et de la nature, non sujet à la mort, régnant sur le monde créé comme chef-d’œuvre de Dieu.

Une remarque pourtant dans ce texte de Jean-François Var, surprenante et assez osée s’il en est, retient immédiatement notre attention. La voici : « ceux qui sont familiers de la pensée de Martines auront été frappés de voir à quel point une bonne partie de ses intuitions [celles des Pères] sont là confortées, d’une part au sujet de l’état où se trouvait l’Homme premier, et d’autre part quant aux conséquences de la chute. » (p. 22).

Cette surprise, en forme de lourd travestissement et affirmation absolument infondée, n’est évidemment pas sans nous en rappeler une autre, lorsque le même Jean-François Var affirmait déjà dans son récent ouvrage La Franc-maçonnerie à la lumière du Verbe, avoir découvert, dans une illumination toute personnelle en forme de révélation privée : « une complète harmonie entre Willermoz, Saint-Martin », et « la Tradition plénière de l’Eglise orthodoxe » [1].

Ce défaut de vision suite à cette illumination, qui nous est maintenant familier, est d’autant plus choquant, que ni « l’état où se trouvait l’Homme premier », pour Martinès rappelons-le un esprit immatériel «devenu impur par son incorporisation matérielle» (Traité, 140), ni « d’autre part quant aux conséquences de la chute », qui se traduiront par une sanction emprisonnant Adam dans un corps de matière dont il fut revêtu pour sa honte et son indignité, enfermé charnellement dans un « ouvrage impur fruit de l’horreur de son crime » (Traité, 23), ne se trouvent chez aucuns des Pères de l’Eglise canonisés et placés sur les autels, même pas Grégoire de Nysse qui fut le plus perméable aux thèses néoplatoniciennes, Pères qui sont cités et auxquels se réfère Jean-François Var.

b)  La « désintégration » d’Adam inconnue des Pères

Et cette totale absence d’identité entre « une bonne partie des intuitions des Pères » et la doctrine de Martinès est si vraie, que Jean-François Var, pour essayer de faire tenir son acrobatique démonstration, va chercher, en une longue citation (pp. 26-28), chez l’auteur anonyme des Sept instructions aux Frères en saint Jean, qui malgré ses qualités et son appartenance réelle ou supposée à l’Ordre de l’Etoile Internelle, n’est tout de même pas un Père de l’Eglise portant auréole, une « pétrification en corps matériel du corps spirituel d’Adam » (p. 26), thèse constamment rejetée avec force par l’Eglise en ses différents  conciles.

Comprennent donc qui pourra ?!

Nous sommes ainsi, clairement, face à un exercice intellectuel à l’équilibre intenable, d’ailleurs objectivement assez peu sérieux, mêlant vues personnelles et confusions thématiques, et surtout participant d’un oubli théorique formel invalidant l’ensemble de la démonstration, puisque le présupposé sur lequel est appuyé la doctrine de la réintégration chez Martinès, soit le caractère nécessaire de la Création qui fut imposée à Dieu en raison de la révolte des premiers esprits, Création qualifiée de « nécessaire » car « sans cette prévarication, il n’y aurait point eu de création matérielle temporelle, soit terrestre, soit céleste » (Traité, 224), expliquant toute l’architecture conceptuelle, métaphysique et eschatologique du Traité sur la réintégration, n’est pas abordée une seule fois, même pas allusivement et de façon indirecte dans cet exposé de 20 pages gratifié d’un appendice intitulé : « La Réintégration selon saint Irénée de Lyon » !

c) Une Réintégration par les sacrements de l’Eglise ?

Comment s’étonner ensuite, après un oubli théorique aussi important de la part de Jean-François Var, rendant quasiment vain son exposé, de se retrouver entraîné dans des considérations sur la différence entre Réintégration et Résurrection, relevant de la théologie morale et ascétique, touchant à l’abîme ontologique qui sépare l’homme de Dieu, exigeant que soit réalisé un travail, et l’action d’une nature divine unique pour obtenir le Salut, faisant que l’on se retrouve, même si le thème est intéressant, totalement « hors sujet » et complètement éloigné de la question que l’auteur disait vouloir aborder, soit la pensée des Pères de l’Eglise et la doctrine de la réintégration de Martinès.

Bien évidemment de longs passages sont dispensés sur la nécessité des sacrements pour vivre en Christ : « sacrements dont il a confié la dispensation à son Eglise, sacrements par lesquels, dans le baptême, nous participons expérimentalement (et non pas seulement symboliquement) à la mort et à la résurrection du Christ » (p. 31) ; cette remarque n’échappera pas aux maçons qui apprécieront,  mais surtout aux disciples de Louis-Claude de Saint-Martin, qui pourront se demander s’ils se contentent de participer « symboliquement » dans leurs travaux à la mort et à la Résurrection du Christ, sachant que l’affirmation qui suit, tranchante et impérative, ne laisse pas de place à la discussion : « par l’eucharistie nous avons accès, par l’humanité du Christ (le pain étant devenu son corps et le vin son sang) au feu de sa divinité. Telle est la voie, la voie unique. » (Ibid.).

On pourra sourire à une incise de Jean-François Var, suite au rappel de ses positions ecclésiales étroites, lorsqu’il en profite pour mettre son petit coup de patte habituel à saint Augustin : « Saint Augustin s’est trompé : la chute n’a pas été le motif, elle n’a pas été la cause de l’i(sic)ncarnation. Il n’y a pas eu de felix culpa » (p. 31), sachant que bien des Pères « orthodoxes », ont professé la même thèse que l’évêque d’Hippone, comme saint Athanase : « Le Verbe ne se serait pas fait homme si la nécessité de sauver les hommes n’avait pas existé », (Adv. Arianos, orat. 2, n°54), et même Saint Irénée : « Si la chair n’avait pas dû être sauvée le Verbe de Dieu ne se serait pas fait chair .» (Contre les Hérésies V, 14).

d) La Réintégration selon les Pères différente de la Réintégration selon Martinès

Mais alors penserez-vous, que deviennent « les intuitions [des Pères] confortées », par la doctrine de la Réintégration de Martinès, intuitions qui devaient nous convaincre (n’oublions pas que nous devions en être « frappés »), « au sujet de l’état où se trouvait l’Homme premier, et d’autre part quant aux conséquences de la chute. » (p. 22) ?

Eh bien catastrophe !

Tous les efforts de Jean-François Var aboutissent à nous informer que la Réintégration selon les Pères ne réintègre rien du tout, qu’elle n’est pas « un retour [à ce qu’Adam était] à l’origine » (p. 32).

La Réintégration selon les Pères, n’a donc rien à voir, comme il est aisé de le constater, avec la Réintégration selon Martinès, c’est une Réintégration écrit Jean-François Var : « dans le sens de conquête de l’intégrité de la nature que Dieu veut que l’homme possède : nature humano-divine…non pas réintégration initiale, mais réintégration finale et universelle. Réintégration par le moyen de la résurrection universelle (sans elle, ce serait illusion démoniaque)…Oui la r(sic)ésurrection du Christ cosmique, elle inonde la totalité de l’univers créé, matériel et spirituel, par les énergies divines incréées… » (p. 32).

C’est beau, c’est conforme à la foi de l’Eglise, c’est édifiant sans aucun doute, mais c’est très éloigné de la Réintégration telle que soutenue par Martinès, pour lequel il n’y aura pas résurrection cosmique en Christ devant inonder la totalité de l’univers créé, ni aucune spiritualisation de la matière, mais anéantissement du monde créé : « La création n’appartient qu’à la matière apparente,  qui, n’étant provenue de rien  si ce n’est de l’imagination divine, doit rentrer dans le néant » (Traité, 138), ainsi qu’une dissolution qui « effacera entièrement » la  « figure corporelle de l’homme et fera anéantir ce misérable corps…» (Traité, 111), afin qu’Adam retrouve  sa première propriété, vertu et puissance spirituelle divine primitive.

e) Impossible harmonie entre les Pères de l’Eglise et la pensée de Martinès

Jean-François Var sait cependant qu’il a dirigé son lecteur, pour les lui faire admettre, dans des considérations se situant à une immense distance de la doctrine martinésienne authentique. Il glisse donc dans sa conclusion, de façon faussement ingénue : « Aurais-je, durant ce parcours, dévié de mon itinéraire ? Il n’a pourtant rien eu d’imprévu puisque je vous ai menés, comme annoncé, de Père de l’Eglise en Père de l’Eglise. » (p. 33)

Or, ce qui avait était annoncé aux lecteurs, c’était bien sûr de cheminer avec les Pères de l’Eglise, mais de cheminer en regard de ceci : « Martines a voulu enraciner son enseignement dans le terreau chrétien (…) Mon propos consiste à aborder les thèmes traités par Martines – ou plutôt un des thèmes, mais fondamental, celui de l’Homme et sa destinée – à la lumière de la tradition des Pères de l’Eglise » (p. 16) , et de ce « terreau chrétien », non examiné en son essence, on souhaitait évidemment nous prouver que  « les intuitions [des Pères] sont confortées », par la doctrine de la Réintégration de Martinès, « au sujet de l’état où se trouvait l’Homme premier, et d’autre part quant aux conséquences de la chute. » (p. 22).

Pourtant ce qui apparaît, contrairement à ce qui était annoncé, c’est qu’à aucun moment il n’a été possible à Jean-François Var de trouver une correspondance véritable entre Martinès et les Pères de l’Eglise, et que lorsqu’il s’est agi de justifier la « désintégration » (sic) d’Adam, il fut contraint d’aller chercher l’auteur des Sept instructions aux Frères en saint Jean comme source, auteur qui n’a évidemment rien d’un docteur de l’Eglise. On notera par ailleurs, que nulle part ont été abordés les thèmes centraux du Traité sur la réintégration des êtres, dont l’initial qui conditionne tous les autres, la Création du monde matériel rendue « nécessaire » à cause de la Chute ( « La matière première ne fut conçue … que pour contenir et assujettir l’esprit mauvais dans un état de privation….cette matière n’a été engendrée… que pour être à la seule disposition des démons », Traité, 274), thème fondateur de la doctrine de la Réintégration, qui a été purement et simplement oublié et tenu sous silence !

On pourra donc sourire de voir Jean-François Var se référer ultimement à Robert Amadou (+ 2006) pour valider son exercice de camouflage théorique, en citant cette phrase : « La philosophie servie par Martines de Pasqually est la doctrine traditionnelle de la réintégration, parfaite en Jésus-Christ, qui légitime seule les sociétés de mystères (…) elle étaye la théologie-théosophie du judéo-christianisme ou du christianisme de l’Eglise orientale… » (p. 33), sachant que la doctrine traditionnelle de la réintégration, parfaite en Jésus-Christ, étayant une « théologie-théosophie du judéo-christianisme », n’a pas grand-chose à voir, pour ne pas dire strictement rien, avec ce que cherchait à prouver Jean-François Var consécutivement à son intuition conceptuelle fondatrice, c’est-à-dire la « complète harmonie » de la pensée de Martinès, et surtout de ses disciples Willermoz et Saint-Martin, « avec la Tradition plénière de l’Eglise orthodoxe » [2].

Il aurait donc été beaucoup plus prudent, avant que d’engager un exposé ayant pour finalité d’en déceler les traces dans les textes de la tradition patristique, de se demander quel rapport exact cette « Réintégration », pensée par les Pères de l’Eglise, entretient-elle avec celle que développe Martinès de Pasqually dans son Traité sur la réintégration des êtres ?

Mais pour cela il fallait impérativement se poser préalablement la question de savoir si les présupposés sur lesquels repose la doctrine de la réintégration, telle que soutenue par Martinés – à savoir l’émanation des esprits, la création du monde matériel imposée à Dieu par la Chute et opérée en guise de sanction, non par Dieu mais par des esprits intermédiaires, pour y enfermer les anges rebelles puis Adam et sa postérité, la préexistence des âmes, l’état originel incorporel d’Adam, la « transmutation substantielle » du dit Adam en une « forme corporelle matérielle impure », et enfin, la réintégration conçue comme dissolution et anéantissement du composé matériel – se trouvent effectivement chez les Pères de l’Eglise ?

Or, sur tous ces points silence total, pas une ligne, pas une virgule à propos d’interrogations qui auraient permis un questionnement valide du point de vue théorique sur la doctrine martinésienne.

Et sur cet aspect des choses, pour répondre à l’interrogation évoquée par Jean-François Var puisqu’il a soulevé cette question, et le dire franchement : non seulement les Pères de l’Eglise ne soutiennent pas les présupposés de la doctrine de la réintégration de Martinès, mais plus encore ils les condamnent tous, en bloc et vigoureusement, les désignant comme étant des erreurs scandaleuses et des hérésies contraires à la foi de l’Eglise, ce qu’ils définiront solennellement lors des conciles, notamment le IIe de Constantinople en 553, lorsque les thèses origénistes, qui sont elles quasi identiques et ont une vraie parenté avec les thèses de Martinès, furent l’objet des anathématismes les plus sévères.

Conclusion

Que retirer donc de ce travail, qui d’ailleurs aurait été beaucoup plus à sa place dans le périodique théologique d’une église orthodoxe, que dans une revue initiatique tournée, en théorie, vers les sujets maçonniques et ésotériques ?

Au final pas grand-chose, du moins qui soit utile concrètement à quiconque cherchant à progresser sur le plan initiatique.

Toutefois une mise en garde s’impose pour le lecteur non averti : on prendra soin de ne pas confondre les vues patristiques avec les vues martinésiennes, sous peine de tomber dans une confusion gravissime, qui  a déjà eu pour conséquence d’engager plusieurs des minuscules chapelles néo-coëns contemporaines issues de la Résurgence de 1943 dans des impasses catégoriques, et a conduit, beaucoup plus gravement encore, ce qui fut en 1935 l’instance qui présida au réveil du Régime rectifié, vers une dérive fatale l’ayant transformée en une obédience confessionnelle multiritualiste, accompagnée d’une Aumônerie, d’ailleurs forgée conceptuellement par Jean-François Var lui-même, et qui s’est donnée statutairement pour objet de veiller au respect des dogmes de l’Eglise [3], dogmes dont le Grand Maître actuel de cet assemblage baroque connu sous le nom de G.P.D.G., considère officiellement qu’ils sont intangibles mais « non la doctrine de l’Ordre », qui elle, précisément en ce qui concerne le Régime rectifié, provient de Martinès de Pasqually. [4]

Nous ne saurions donc trop inviter à la prudence, pour ceux qui aborderont ces lignes de Jean-François Var, afin qu’ils se gardent de leur conférer une autorité en matière d’initiation willermozienne ou martinésienne, lignes participant d’une orientation confessionnelle orthodoxe, certes ouvertement revendiquée, mais cependant absolument étrangère à la doctrine de la réintégration, comme il apparaît clairement.

 RT

« Réintégration et Résurrection à la lumière des Pères de l’Eglise »

Jean-François Var, Renaissance Traditionnelle, n° 169, janvier 2013, pp. 16-35.

Notes.

1. « Et, merveille, entre Willermoz, Saint-Martin et l’Eglise régnait une complète harmonie (je répète) qui me transportait d’allégresse : c’est ce que je ressentais dans mes débuts exultants ; par la suite, j’apportai à cette appréciation quelques modulations, il n’empêche qu’elle reste toujours immuable en son fond. » (La franc-maçonnerie à la lumière du Verbe, Dervy, 2013, p. 16).

2. Ibid.

3. «L’Aumônerie est un organisme national dont la mission est l’enseignement des principes spirituels des Ordres, en particulier la doctrine de la religion et de l’initiation chrétiennes. » (Statuts du Grand Prieuré des Gaules, Livre VII, Titre 1, 2012).

4.  « C’est le dogme qui est intangible, pas la doctrine (…) Nous restons… sentinelles des défaillances oublieuses des vérités religieuses… Sans la présence du Christ en nous, à travers ses sacrements, nos prières à terme nous feront tomber dans l’illusion … [l’homme] n’est nullement au-delà des lois de l’Eglise.» (Bruno Abardenti, Discours du Sérénissime Grand Maître du Grand Prieuré des Gaules, Saint Michel 2012,  Cahiers Verts, n°7, septembre 2012, pp. 14-15).

La franc-maçonnerie à la lumière de l’orthodoxie : Jean-François Var règle ses comptes avec Jean Tourniac

In Doctrine, Franc-maçonnerie, Histoire, Jean-Baptiste Willermoz, Régime Ecossais Rectifié on 22 mai 2013 at 22:54

JFV

« Son Rectifié n’était absolument pas celui de ses fondateurs,

Willermoz et les autres ;

c’était un Rectifié à sa façon, à son gré, et surtout selon ses desseins.

Desseins en partie occultés et en partie avoués –

et comme les maçons sont généralement naïfs,

ils n’y voyaient que du feu. » (p. 17).

Jean-François Var, qui occupa pendant de longues années des responsabilités au sein du Grand Prieuré des Gaules, et se distingua jusqu’à tout récemment par la fonction de Grand Aumônier qu’il exerça, vient enfin de publier l’ouvrage dont il annonçait la sortie depuis des mois sous le titre La franc-maçonnerie à la lumière du Verbe, (Editions Dervy, 2013, 274 p.).

On y trouve un recueil de nombreuses études portant sur le Régime rectifié, qui pour certaines avaient été déjà éditées lors des décennies précédentes dans diverses revues maçonniques comme les Cahiers Villard de Honnercourt, ou les Cahiers Verts. Les voici donc réunies, ces dites études, accompagnées de quelques textes plus récents, en un seul volume, le tout formant un ensemble cohérent non dénué d’intérêt, quoique l’on sente une nette évolution de la pensée au cours des ans, disons d’une conception rectifiée assez respectueuse de la doctrine de Willermoz, à  des approches beaucoup plus personnelles.

Pourtant, le texte justifiant l’édition de ce recueil, et sur lequel nous allons nous arrêter, est situé en introduction, faisant suite à une aimable préface du père José A. Ferrer Benimeli s.j., (pp. 7-9), révélant des motivations pour le moins surprenantes et problématiques, tant sur le fond que sur la forme.

a) Un procès ad hominem sévère et inquisitorial

D’emblée un sentiment de surprise saisit le lecteur : la vigueur plus que sévère des propos distribués à l’encontre de Jean Tourniac, cité sous son nom civil [Jean Granger], tant dans ses fonctions maçonniques que ses attachements confessionnels et religieux, sous les traits d’un « Janus bifrons » (sic), (p. 12) !

Le procès à charge, sans possibilité de réponse évidemment puisque Jean Tourniac a quitté ce monde en 1995, prend parfois l’aspect d’attaques ad hominem d’une rare rigueur.

Ainsi Jean-François Var, qui n’hésite pas à s’immerger dans les domaines de la psychologie, soutient tranquillement, avec un sens posthume de la fraternité plus que discutable,  que l’ancien Grand Prieur du Grand Prieuré des Gaules, était un homme « séducteur », « jouissant de sa faconde », usant de duplicité dans ses rapports humains, puisque affichant une chaleur qui était de la « pose », masquant « indifférence » et « animosité ».

Voici le passage en question : «Jean Granger était la séduction même. Avec l’épaisse moustache blanche qui barrait son visage rose, il faisait l’effet d’un vieux grand-père gaulois, dont il paraissait avoir la bonhomie. Le verbe haut et sonore, la faconde rarement prise au dépourvu, il était de ceux qui, dans une réunion ou un repas, ne passent pas inaperçus, et il en jouissait visiblement. Dans les rapports personnels, il se montrait chaleureux – et  je mis du temps à comprendre que cette chaleur était de la pose et ne correspondait à rien de réel : elle masquait au mieux de l’indifférence, voire de l’animosité. J’en excepte sa cour : il régnait (je répète le terme) sur un petit cénacle qui lui vouait un culte quasi idolâtrique. » (p. 13).

Plus grave, la foi religieuse de Jean Tourniac, domaine où il convient habituellement d’observer une certaine réserve puisque Dieu seul sonde les cœurs et les reins, est dénoncée par Jean-François Var selon une manière que l’on pourrait croire extraite d’un réquisitoire rédigé par un inquisiteur médiéval de l’ex Saint-Office  : « Granger, qui se proclamait catholique romain et se flattait de ses relations dans l’épiscopat, qui était assidu à sa paroisse et y chantait dans la chorale, bref ce parangon du christianisme, ne l’était pas en esprit et en vérité si l’on s’en remet à ses déclarations publiques.» (p. 18).

Chacun appréciera les propos.

b) Motif des reproches à l’encontre de Jean Tourniac

En réalité, ce que Jean-François Var attribue comme principal défaut à Jean Tourniac, c’est son adhésion aux thèses de René Guénon, ce dernier étant à ses yeux l’un des plus grands hérésiarques (sic) de tous les temps : « Lâchons le mot : Guénon est un hérésiarque, un des plus grands de tous les temps – inutile de nier sa grandeur, elle rend le péril d’autant plus redoutable. » (p. 27).

Mais Tourniac est plus coupable encore que Guénon aux yeux de Var, car il aurait délibérément « faussé » et « déformé » le Rectifié pour servir des vues guénoniennes personnelles : «En revanche, j’estime Granger infiniment plus coupable pour avoir délibérément faussé, déformé le Rectifié pour servir ses desseins, et diffusé au sujet de ce Rite exceptionnellement unique des idées controuvées et qui, malheureusement, continuent à avoir cours. Granger passe toujours pour le Phénix du Rectifié. Eh bien, non : ce Phénix ne doit pas renaître de ses cendres ! » (p. 27).

Et la charge se poursuit ainsi avec une dureté qui frise parfois avec la limite de l’acceptable, parlant d’une volonté « d’instrumentaliser » avec des « desseins occultes » le Régime rectifié : « Granger ne s’intéressait pas au Rectifié en tant que tel (tous les écrits de Tourniac le montrent surabondamment, même ceux qui lui sont prétendument consacrés) ; il ne s’y intéressait que pour l’instrumentaliser. Son Rectifié n’était absolument pas celui de ses fondateurs, Willermoz et les autres ; c’était un Rectifié à sa façon, à son gré, et surtout selon ses desseins. Desseins en partie occultés et en partie avoués – et comme les maçons sont généralement naïfs, ils n’y voyaient que du feu. » (p. 17).

Mais Jean-François Var n’en reste pas là.

Tourniac fut, selon-lui, un personnage usant d’arguments « spécieux », un agent de la subversion cherchant tout simplement à liquider la tradition chrétienne : « Ce qui malheureusement n’est pas risible, c’est que ces convictions, ces croyances, ont orienté toute l’action de Granger au sein du Grand Prieuré des Gaules, action que je n’hésite pas à qualifier de subversive. Tel est le raisonnement spécieux : puisqu’il n’existe qu’une seule Tradition pure et immaculée, et que toutes les autres, étant humaines, sont relatives et impermanentes, et vouées à l’obsolescence, eh bien ! liquidons celles qui s’opposent à nos vues, puisque nous avons barre sur elles. » (p. 20).

c)  Les raisons d’une croisade contre Jean Tourniac 

Pourtant, c’est par l’examen instructif des motivations de tels propos tranchants, que l’on parvient à comprendre ce qui pousse aujourd’hui Jean-François Var à entreprendre un tel procès posthume à l’encontre de Jean Tourniac.

En effet, Var nous explique qu’il fut libéré de son guénonisme par la lecture des Pères de l’Eglise : « Qui plus est, grâce (jamais ce mot n’eut un sens aussi fort) à Daniel Fontaine, je découvris la plénitude de la tradition patristique conservée dans la Tradition plénière de l’Eglise orthodoxe. Et cette Tradition-là était le fruit de l’action continue du Saint-Esprit. Quel épanouissement des perspectives ! » (p. 16).

Il n’y aurait rien de blâmable à cela.

On peut se pencher sur les Pères de l’Eglise lus selon « la Tradition plénière de l’Eglise orthodoxe » et s’en nourrir afin d’éclairer son cheminement spirituel et initiatique, et y trouver d’excellentes lumières.

Là où les choses prennent un tour franchement problématique, c’est lorsque qu’une substitution de la pensée des Pères lus selon « la Tradition plénière de l’Eglise orthodoxe », intervient d’avec l’enseignement doctrinal du Régime rectifié, piège catégorique fatal, que nous avons suffisamment expliqué (Cf. « Un piège dogmatique sectaire pour le Régime Ecossais Rectifié : la Franc-maçonnerie chrétienne ! » ; « Régime Ecossais Rectifié et christianisme de l’Ordre »), ainsi décrit par Jean-François Var, nous donnant de mieux comprendre les impasses théoriques dans lesquelles s’est enfermé l’ancien Grand Aumônier du G.P.D.G.  : « Et, merveille, entre Willermoz, Saint-Martin et l’Eglise régnait une complète harmonie (je répète) qui me transportait d’allégresse : c’est ce que je ressentais dans mes débuts exultants ; par la suite, j’apportai à cette appréciation quelques modulations, il n’empêche qu’elle reste toujours immuable en son fond. » (p. 16).

Le grave problème de Jean-François Var, ainsi que des dirigeants du Grand Prieuré des Gaules partageant cette conviction, est venu de là et pas d’ailleurs, en imaginant « une complète harmonie » entre l’Eglise et la doctrine initiatique willermozienne. [1]

Et cette erreur, erreur lourde de terribles conséquences, si elle a permis historiquement une mise à distance d’avec les thèses de Guénon, distance qui peut être considérée rétrospectivement  comme utile et bénéfique – quoique les méthodes employées pour écarter Tourniac et ses amis du Grand Prieuré des Gaules puissent donner lieu à bien des réserves sur lesquelles nous n’insisterons pas – s’est imposée ensuite comme une nouvelle prison conceptuelle pour le Régime rectifié au sein du Grand Prieuré des Gaules.

Et la constitution de cette nouvelle prison conceptuelle qui allait se refermer sur le G.P.D.G., Jean-François Var nous en donne une description de façon presque naïve : « Comme je l’ai écrit à plusieurs reprises : enfin, je pouvais vivre la plénitude de l’initiation dans la plénitude de la foi ! » (p.  16).

Voilà, explicite, patente et manifeste l’origine des difficultés dans lesquelles on a précipité le Régime rectifié au sein du G.P.D.G., passant de la doxa guénonienne à la pensée des Pères lus selon « la Tradition plénière de l’Eglise orthodoxe », en imaginant une transposition parfaite, une « plénitude » (sic), entre initiation et foi !

d)  Aux mêmes causes les mêmes effets désastreux sur le Régime rectifié 

Et ce qui est paradoxal, c’est que les critiques faites par Var contre Tourniac, qui prit il est vrai au nom de son guénonisme des libertés importantes avec le Rectifié, peuvent se retourner avec une totale équivalence, si ce n’est dans la forme du moins dans les effets, en raison de l’entreprise de soumission et de domination du système fondé par Jean-Baptiste Willermoz, vis-à-vis de conceptions théologiques et dogmatiques qui lui sont pourtant étrangères depuis toujours.

Ecoutons sur ce sujet Jean-François Var nous parler de son action, ou de celle de ceux qui ont exercé, ou exercent encore, leur autorité sur le Grand Prieuré des Gaules, afin de transformer cette structure qui était de nature rectifiée à l’origine, en une obédience chrétienne pratiquant plusieurs rites, coiffée d’une Aumônerie qui a en charge de veiller sur « l’instruction religieuse des Frères » (sic)  : « ce qui est tout à fait clair, c’est quon s’octroie le droit de torturer les rituels pour leur faire dire tout autre chose que ce qu’ils signifient, et parfois même le contraire (…) que penser du Chef d’un Ordre qui s’ingénie à faire prendre à celui-ci l’orientation inverse de celle que lui avait donnée son fondateur et initiateur ? » (p. 20).

Or, on pourrait, à la virgule près, attribuer ces lignes, soit à Jean-François Var, soit aux dirigeants du G.P.D.G., passés et présents, non pour des orientations guénoniennes cette fois-ci comme du temps de Tourniac, mais pour des positions fondées sur un christianisme dogmatique, missionnaire et militant, tout aussi nuisible à l’authenticité willermozienne et étranger à l’esprit du Régime rectifié.

Mais poursuivons l’exercice de mise en parallèle des torts attribués à Tourniac avec le propre comportement de Var, tant il est instructif et révélateur : « Moi, j’appelle cela de la présomption, et aussi de la forfaiture ; de la forfaiture, parce que celui qui, choisi par ses pairs, avait la charge et la mission de conserver le Régime dans son authenticité et sa pureté, avait au contraire conçu le projet machiavélique de le liquider. » (p. 24).

Présomption, forfaiture ?

Les termes utilisés par Jean-François Var sont forts, mais cependant ils conviennent et décrivent parfaitement, sans que celui qui signe ces lignes s’en rende apparemment compte, la propre orientation dans laquelle l’ex Grand Aumônier a engagé, et avec lui ceux qui l’entouraient dans son œuvre, le Grand Prieuré des Gaules, au point d’avoir substitué à la doctrine willermozienne la pensée des Pères de l’Eglise lus selon « la Tradition plénière de l’Eglise orthodoxe », à quoi s’ajoute de nos jours une conception personnelle du christianisme en tant que source d’autorité supérieure, laissée à l’interprétation subjective d’un Grand Maître auto-proclamé « prêtre » et prophète » d’une Révélation que l’on place au-dessus de la doctrine du Régime.

Conclusion

Ainsi, nous ne résistons pas en conclusion au plaisir de citer un passage de Jean-François Var dans lequel ce dernier, qualifiant le chrétien qui adhère aux thèses de Guénon,  le déclare « schizophrène », alors que le dit chrétien, qui prétend plier la doctrine du Régime rectifié à la pensée des Pères lus selon « la Tradition plénière de l’Eglise orthodoxe », tombe lui-même sous les coups des identiques travers et se voit contraint aux mêmes acrobaties intellectuelles qui furent reprochées hier aux guénoniens et qui sont aujourd’hui l’apanage des modernes interprètes du Régime, conjuguant comme les disciples de Guénon, au choix : arrangements avec la vérité, mauvaise foi, vues personnelles, dissimulations, mensonges, traficotages multiples et surtout grande hypocrisie.

Lisons Jean-François Var nous parler finalement de lui-même et de ses amis qui, tout en déclarant que les dogmes de l’Eglise doivent être intégralement respectés et l’objet d’une adhésion pleine et entière sous peine de ne pouvoir être considéré comme un vrai chrétien et donc ne pas pouvoir appartenir à l’Ordre, sont membres d’un Régime fondé sur des affirmations qui contredisent positivement, et en de nombreux points, les dits dogmes de l’Eglise, et feraient d’ailleurs hurler à l’hérésie les Pères participant de « la Tradition plénière de l’Eglise orthodoxe » [2] : « Un tel chrétien, ou bien est inconscient, ou bien est schizophrène intellectuellement (il remise sa foi au placard pour l’en tirer au besoin), ou bien ne prend pas sa foi au sérieux, n’en fait qu’une attitude. Il n’existe aucune autre possibilité. » (pp. 26-27).

*

Remercions donc Jean-François Var pour cet exercice d’aveu inconscient auquel il s’est livré dans l’Introduction de son ouvrage, nous ayant donné l’occasion de fournir aux lecteurs une méthode aisée de décryptage des propos dirigés contre l’ancien Grand Prieur Jean Tourniac, qui peuvent apparaître en réalité – tout en ce monde étant inversé – comme une confession personnelle relative à sa propre attitude, quoiqu’en un mode différent et sous un motif autre, mais au résultat tout à fait semblable à l’arrivée pour le Régime rectifié.

Laissons une dernière fois la parole à l’ex Grand Aumônier du G.P.D.G.  – maintenant que nous avons compris comment fut substituée à l’enseignement de Willermoz la pensée des Pères lus selon « la Tradition plénière de l’Eglise orthodoxe », plaçant le Régime rectifié dans une situation identique à celle où étaient parvenus à le contraindre des guénoniens qu’on combattait auparavant – nous demandant s’il l’on ne risque pas un jour d’écrire,  en se contentant simplement de changer les initiales de celui visé dans la phrase de l’Introduction de La franc-maçonnerie à la lumière du Verbe : « [J.-F. V.] ne s’intéressait pas au Rectifié en tant que tel (tous ses écrits le montrent surabondamment, même ceux qui lui sont prétendument consacrés) ; il ne s’y intéressait que pour l’instrumentaliser. Son Rectifié n’était absolument pas celui de ses fondateurs, Willermoz et les autres ; c’était un Rectifié à sa façon, à son gré, et surtout selon ses desseins. Desseins en partie occultés et en partie avoués – et comme les maçons sont généralement naïfs, ils n’y voyaient que du feu. » (p. 17).

Espérons, à ce titre, que les maçons des générations à venir, heureusement désabusés de certaines naïvetés car mieux instruits en ces domaines que leurs aînés, y voient plus clair, et même de façon transparente sur les questions doctrinales … et non « que du feu »  (sic) … afin que le Phénix puisse enfin « renaître de ses cendres ». Et de ce point vue, l’ouvrage de Jean-François Var pourrait être utile, quoique de façon paradoxale, à leur instruction, afin de se prémunir de certains pièges qui menacent l’authenticité et l’essence véritable du Régime écossais rectifié.

 Var

Jean-François Var, La franc-maçonnerie à la lumière du Verbe

t. 1, Le Régime Ecossais Rectifié

Dervy, 2013, 274 p.

 

Notes.

1. Jean-François Var nous fournit, dans une note, un renseignement à ne pas négliger, s’agissant de sa découverte de la prétendue « adéquation » doctrinale entre la foi des Pères de l’Eglise et la doctrine du Régime rectifié : « Je tiens à rendre un hommage particulier à un auteur que j’avais lu « par hasard » : Yves Marsaudon. Son ouvrage  De l’initiation maçonnique à l’orthodoxie chrétienne¸ Paris, Dervy-Livres, 1965, sans avoir eu d’influence immédiate sur mon propre parcours, le décrit d’une façon étonnamment prémonitoire. »

2. Le Rectifié professe, de façon implicite dans les Instructions destinées à tous les grades, et de façon explicite dans les Instructions secrètes de sa classe dite « non-ostensible », des thèses condamnées par l’Eglise et ses conciles, portant sur la nature immatérielle d’Adam avant la chute, la création du monde effectuée non par Dieu mais par des esprits intermédiaires, l’emprisonnement dans un corps de matière des anges et de l’homme en conséquence de leur péché, la vocation à la dissolution des éléments de la création lors de la fin des temps, la résurrection incorporelle du Christ, la destination incorporelle des créatures dans l’éternité, etc.

Régime Ecossais Rectifié et christianisme de l’Ordre

In Christianisme, Codes de 1778, Convent des Gaules, Doctrine, Franc-maçonnerie, Jean-Baptiste Willermoz, Régime Ecossais Rectifié, Religion, Théologie on 30 avril 2013 at 23:24

Croix RER

Le christianisme n’a  pas  à être utilisé comme une bannière ostensible,

afin de tordre et interpréter l’esprit du Régime

 en le soumettant à des vues personnelles.

Le Grand Maître du Grand Prieuré des Gaules, fraîchement réélu, poursuivant sur les traces conceptuelles de celui qui fut le Grand Aumônier de son obédience pendant de longues années, nous gratifie donc, pour célébrer sa reconduction à la tête de l’organisation multiritualiste coiffée d’une Aumônerie dont il a de nouveau la charge pour quatre ans, d’un refrain bien connu distillé à temps et contretemps au sein de cette structure dont on peut déplorer la dérive, à propos d’une prétendue supériorité du « christianisme » à l’égard du « martinisme », « martinézisme » et « willermozisme » selon ce type de formulation : « L’initiation parfaite n’est pas seulement martiniste, martinézienne, willermozienne (…) l’initiation la plus haute … initiation de la Gloire de Dieu qui ne se limite pas, est le Christianisme. » [1]

Ainsi, par l’établissement d’une comparaison arbitraire, qui d’ailleurs n’aurait pas manqué de faire violemment sursauter Jean-Baptiste Willermoz, visant à placer au-dessus de la voie rectifiée un « christianisme » – que l’on se garde évidemment de définir sachant que l’on peut mettre beaucoup de choses sous ce terme – le Régime rectifié, amalgamé au Rite Français et à l’Ecossais, se voit placé en situation de subordination à l’égard d’un « christianisme » à partir duquel on prétend définir une forme nouvelle de franc-maçonnerie chrétienne, dont l’actuel Grand Maître se présente évidemment, comme l’interprète,  le « prêtre » et le « prophète » inspiré.

Or cette mécanique intellectuelle fallacieuse, pour s’être malheureusement imposée depuis plusieurs décennies au sein du Grand Prieuré des Gaules, et qui fut à l’origine de la création en décembre 2012 du Directoire National Rectifié de France, est cependant absolument contraire, non seulement à l’esprit du Régime rectifié, mais surtout à l’essence même de la substance doctrinale que l’on doit au génie organisateur de Willermoz au XVIIIe siècle.

 a) Le christianisme non ostensible de l’Ordre

En effet, le « christianisme», s’il est bien présenté à plusieurs endroits des Rituels et Instructions du Régime comme relevant de l’initiation par excellence [2], n’a pourtant pas vocation à s’imposer ostensiblement dans la définition extérieure et publicitaire de l’Ordre, et ceci est si vrai, que son dévoilement est même réservé, après un temps significatif passé sur les colonnes, à celui en qui le parcours initiatique a fait son œuvre, et que l’on juge apte à entendre certaines affirmations sur la nature du Régime.

L’approche se doit donc d’être progressive, mesurée, pédagogique, et jamais au grand jamais, brusque ou autoritaire, et surtout pas tambourinée pour en faire l’étendard de l’Ordre, dont le rôle n’est pas de se lancer dans l’évangélisation missionnaire.  Et c’est bien ce qui fut voulu par les créateurs de l’Ordre, car le climat chrétien se laisse entrevoir certes peu à peu au sein du Régime rectifié, mais en un esprit de découverte adapté pour chaque Frère, qui a pour objet de se manifester comme une rencontre intérieure et personnelle avec le Divin Réparateur.

C’est pourquoi, il n’est nullement question d’une brutale affirmation du « christianisme » de l’Ordre annoncée à son de trompettes au sein du Rectifié, les documents fondateurs historiques du Régime que sont les deux Codes de 1778 étant totalement silencieux sur ce point, et il faut même attendre de longues années en loge pour que soit exposé au Frère un discours développé sur la « Loi spirituelle du christianisme » en tant qu’initiation « mystérieuse » [3].

 b) Le christianisme de l’Ordre est un mystère

Et si le christianisme, après un long parcours, est donc présenté comme une « initiation mystérieuse » détentrice des connaissances cachées, ce n’est  sans doute pas pour rien.

Car le christianisme de l’Ordre rectifié n’est pas celui que l’on enseigne dans les confessions chrétiennes, c’est un christianisme véhiculant une doctrine spécifique et mystérieuse, s’écartant sur plusieurs points significatifs du Credo de Nicée-Constantinople et des affirmations dogmatiques des conciles de l’Eglise, sachant que ce christianisme soutient la croyance en la préexistence des âmes, qu’il croit que le composé matériel est consécutif de la chute, que l’incorporation en une forme matérielle impure d’Adam advint en punition du péché originel, qu’il nie également la résurrection de la chair et affirme son anéantissement après la mort, ce qui sera suivi par la dissolution de toute la Création matérielle à la fin des temps !

On le voit, et comprend aisément, il est plus que nécessaire que ce « christianisme » se révèle comme un « enseignement » initiatique et s’éclaire progressivement, qu’il fasse, si l’on peut dire, son chemin dans l’esprit, et il n’a absolument pas pour fonction de devenir une étiquette générique destinée à définir et emballer une structure obédientielle incluant plusieurs rites.

D’ailleurs, si l’on y réfléchit, on ne s’expliquerait pas pour quelle raison ridicule, si ce christianisme était identique à celui de l’Eglise, on maintiendrait pendant des années des maçons dans une organisation secrète à seule fin de leur révéler dans les degrés ultimes d’un cheminement long et coûteux qui les place sous le coup de sanctions disciplinaires ecclésiales sévères, ce qui leur est claironné dans les oreilles dès leur arrivée, et ce dont ils peuvent trouver le résumé parfait dans le catéchisme qui leur fut remis lors de leur première communion dans leur paroisse.

Tout ceci n’a donc strictement aucun sens.

De la sorte la trompeuse substitution à l’intérieur de la maçonnerie willermozienne effectuée par l’actuelle direction du G.P.D.G., entre « l’enseignement » dont l’Ordre est le dépositaire, c’est-à-dire la doctrine introduite en son sein par Jean-Baptiste Willermoz lors du Convent des Gaules en 1778, et une conception abstraite se revendiquant de la maçonnerie chrétienne – forgerie moderne profondément étrangère au Régime rectifié – créatrice d’une hiérarchie imaginaire et illusoire entre « christianisme » et « willermozisme » (ainsi que « martinisme » et « martinézisme » qui participent de la même source doctrinale), relève de la complète confusion objective, pour ne pas dire d’une ignorance majeure et évidente désorientation, altérant profondément l’essence du système issu de la réforme de Lyon.

c) Le christianisme de l’Ordre est de nature « transcendante »

Redisons-le une fois encore : l’Ordre, s’il est chrétien, se rattache à un enseignement secret, une «doctrine » méconnue, soit un christianisme particulier que Joseph de Maistre (1753-1821) désigna dans son Mémoire au duc de Brunswick (1782) comme « christianisme transcendant », transcendant car se rattachant à des vérités oubliées, et même combattues et condamnées par l’Eglise depuis le VIe siècle.

C’est ce qui est dit précisément dans une Instruction essentielle du Régime rectifié : « Les Loges qui reçurent [l’initiation parfaite] conservèrent jusqu’au VIe siècle ces précieuses connaissances, et le refroidissement de la foi annonce assez qu’à cette époque le souvenir s’en est affaibli, et que ce qu’il restait d’initiés se retirèrent dans le secret. Mais aussi on doit croire que ces connaissances se sont perpétuées sans interruption pendant tous les siècles du monde, car tous les ouvrages que Dieu a créés demeurent à perpétuité et nous ne pouvons rien ôter à tout ce que Dieu a fait. » [4]

Les connaissances secrètes sur le christianisme ont donc été perdues au VIe siècle par l’Eglise selon le Régime rectifié, mais se sont conservées au sein de l’Ordre qui en détient le dépôt doctrinal.

Voilà ce qu’affirment les rituels, et rien d’autre, à propos du christianisme professé dans l’Ordre.

Et en effet, c’est ce que confirme de nouveau Willermoz au sommet ultime du Régime : « La doctrine […] remonte…jusqu’à Moïse qui la connut dans toute sa pureté et fut choisi par Dieu pour la faire connaître au petit nombre des initiés, qui furent les principaux chefs des grandes familles du Peuple élu, auxquels il reçut ordre de la transmettre pour en perpétuer la connaissance dans toute sa vérité… Les Instructions sont un extrait fidèle de cette Sainte Doctrine parvenue d’âge en âge par l’Initiation jusqu’à nous. » [5]

 Conclusion

Il y a donc bien un christianisme professé par l’Ordre, mais entendu au titre de la «  Sainte Doctrine parvenue d’âge en âge par l’Initiation jusqu’à nous… », comme le dit positivement Willermoz, expliquant que cette doctrine – c’est-à-dire le « christianisme transcendant » –  fut oubliée par l’Eglise et qu’elle est à présent  préservée uniquement par l’Ordre.

Et cette « doctrine », en quoi consiste le « christianisme transcendant », est dépositaire d’un enseignement secret et spécifique qui n’a rien à voir avec une conception religieuse dogmatique puisqu’elle est différente, sur bien des points, de la foi telle qu’enseignée par l’Eglise.

  • Il s’agit donc d’un christianisme certes, mais qui n’a pas pour vocation à englober sous son intitulé divers Rites maçonniques, distants et indifférents à ce christianisme « transcendant » porteur d’un enseignement doctrinal, ceci afin de les regrouper en obédience soi-disant « chrétienne», aboutissant, soit à imposer à d’autres rites un christianisme qui n’est pas le leur, soit à reléguer aux oubliettes l’originalité du christianisme willermozien afin de faire cohabiter le Régime rectifié avec d’autres systèmes maçonniques.
  • Ce christianisme n’a surtout pas, non plus, à être utilisé comme une bannière ostensible, afin de tordre et interpréter l’esprit du Régime à sa guise, en le soumettant à des vues personnelles et à quelques lumières illusoires dont on se prétend favorisé par le ciel afin de s’instituer par auto-proclamation, au titre de sa fonction, « prêtre » et « prophète » d’une conception subjective de l’Ordre.
  • Ce christianisme, enfin, est dans l’impossibilité de se voir placé sous le contrôle d’une Aumônerie dont le rôle est de « veiller à l’instruction religieuse des Frères de l’Ordre » (sic) ! [6]

Ainsi, le « christianisme de nature mystérieuse», qui se confond avec la « sainte doctrine » jusqu’à ne faire plus qu’un avec elle, n’est pas « supérieur sur le plan initiatique », c’est-à-dire une « initiation plus haute » (sic) que le Rectifié comme le soutient de façon abusive et aberrante l’actuel Grand Maître du Grand Prieuré des Gaules, il a, bien au contraire, été confié au seul dépôt du Régime rectifié qui en est le conservateur attentif, le gardien pieux et vigilant, le zélé pédagogue, puisque tel fut le rôle que lui conféra Jean-Baptiste Willermoz en 1778 lors du Convent des Gaules, afin que soient sauvés, au moment où le monde en perdait la mémoire, les secrets de la doctrine de la réintégration.

 Notes.

1. Bruno Abardenti, Réélu le 27 avril, le Grand Maître du GPDG répond à nos questions, site du G.P.D.G., 30 avril 2013.

2. « L’admission au Christianisme, fut une véritable initiation à des mystères sacrés et ineffables. On ne pouvait en obtenir ta connaissance et la participation qu’après avoir subi successivement des épreuves longues et rigoureuses… »  (Instruction secrète des Profès,  ms 5475 pièce 2, BM de Lyon, 1778).

3. «Les connaissances parfaites nous furent apportées par la Loi spirituelle du christianisme, qui fut une initiation aussi mystérieuse que celle qui l’avait précédée : c’est dans celle-là que se trouve la Science universelle. Cette Loi dévoila de nouveaux mys­tères dans l’homme et dans la nature, elle devint le complé­ment de la science. Elle est la plus sublime, la plus élevée, la plus parfaite de toutes, enfin la seule à désirer pour un vrai Chevalier de la foi. » (Rituel de l’Ordre de la Cité Sainte pour la classe des Chevaliers, approuvé par le Convent de Wilhelmsbad  le 30 août 1782, ratifié le 18 juillet 1784, BM de Lyon, Fonds Willermoz, ms 5921).

4. Instruction du grade d’Ecuyer Novice, 1778.

5. J.-B. Willermoz, Statuts et Règlement de l’Ordre des Grands Profès, Ms 5.475, BM Lyon.

6. Cf. Statuts du G.P.D.G., L’Aumônerie, Livre VII,  Article 2 : Champs d’action :

« Les champs d’action de l’Aumônerie sont :

(…) – l’enseignement des principes religieux et spirituels des Ordres, en particulier la doctrine de la religion et de l’initiation chrétiennes. »

Adopté en Assemblée Générale, le 30 avril 2005.

Un piège dogmatique sectaire pour le Régime Ecossais Rectifié : la Franc-maçonnerie chrétienne !

In Christianisme, Convent des Gaules, Doctrine, Franc-maçonnerie, Illuminisme, Ordre, Polémique, Réforme de Lyon, Régime Ecossais Rectifié, Religion, Théologie on 22 février 2013 at 00:34

FM I 

A propos du christianisme de l’Ordre et de la « sainte doctrine »

La Franc-maçonnerie est chrétienne de par son origine, ses sources et son histoire, C’est un fait.

Elle est même chrétienne également en raison de sa nature, car tout son ésotérisme et ses symboles sont issus du christianisme, en particulier de son livre révélé : la Bible.

Ceci est une chose entendue, et ceux qui au nom d’une laïcité mal comprise rejettent cette origine chrétienne, commettent non seulement une erreur historique, mais de plus tournent le dos à la nature même de l’institution initiatique dont ils sont membres.

Mais cette origine, qu’il n’est pas possible de contester, signifie-t-elle pour autant que la Franc-maçonnerie relèverait d’un christianisme absolument identique à celui que professe l’Eglise ?

a) Un tour de passe-passe trompeur qui a détourné de son essence le Régime écossais rectifié

 La question est importante, car la réponse est loin de correspondre à ce qu’un courant dogmatique tente de vouloir imposer dans un discours spécieux, ayant même réussi à soumettre à ses vues controuvées la structure qui présida au réveil du Régime écossais rectifié au XXe siècle, à savoir le Grand Prieuré des Gaules, devenu, de par les aléas de l’Histoire, non plus un Grand Prieuré rectifié comme il aurait dû le rester, mais une « obédience chrétienne » dotée d’une Aumônerie et pratiquant plusieurs rites, ceci en contradiction complète d’avec les critères de la maçonnerie willermozienne.

De la sorte, s’arrêtant à l’enveloppe extérieure du Régime rectifié, qui n’admet en effet en son sein que des chrétiens et fait prêter serment au nom de la sainte religion chrétienne [1], une authentique substitution frauduleuse s’est opérée à l’intérieur du Grand Prieuré des Gaules, entre « l’enseignement » dont l’Ordre est le dépositaire, c’est-à-dire la doctrine introduite en son sein par Jean-Baptiste Willermoz lors du Convent des Gaules en 1778, et une conception ecclésiale ainsi résumée par le Grand Aumônier du G.P.D.G. – qui revendique une « conception propre intégriste » (sic !) de ce que sont les critères exigés pour être reconnu comme chrétien afin d’être admis en loge – dans une note récente intitulée « Mise au point, pour mettre fin aux controverses malvenues«  :  « Le profane qui est reçu dans le Régime rectifié au sein du Grand Prieuré des Gaules prête serment, sur le saint évangile ouvert au premier chapitre de l’évangile de saint Jean, de « fidélité à la sainte religion chrétienne ». Et non à on ne sait quelle « sainte doctrine » sortie on ne sait d’où. » [2]

L’affirmation est tranchée pour le moins !

D’autant que la « sainte religion chrétienne » est immédiatement définie comme devant être conforme aux conciles : « Une maçonnerie chrétienne se conforme (…) aux dogmes du christianisme en ce qu’elle est chrétienne. » [3]

Et voilà le tour de passe-passe trompeur, par lequel a été détourné de son essence le Grand Prieuré des Gaules, et avec lui le Régime écossais rectifié que l’on y pratique, réduisant cette structure à une obédience multiritualiste andersonienne professant un christianisme dogmatique.

Ainsi donc, celui qui est reçu comme membre du Régime rectifié, le serait au nom de la « sainte religion chrétienne ». Et non à on ne sait quelle « sainte doctrine » sortie on ne sait d’où. » ?

Voilà une affirmation relativement burlesque, qui n’aurait pas manqué de faire profondément sursauter Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824).

Pourquoi ?

b)  C’est l’Ordre qui est le canal de transmission de l’initiation 

Pour le savoir il est sans doute nécessaire de rafraîchir les mémoires oublieuses, et de revenir une fois encore sur un point essentiel.

Lorsqu’un profane est reçu Franc-maçon, il est reçu : « Au nom de l’Ordre », et non pas au titre d’une obédience, d’un Grand Prieuré, ou d’une quelconque structure temporelle, chrétienne ou non chrétienne, le problème n’est pas là.

C’est ce que proclame le Vénérable Maître au profane après son serment, toutes juridictions rectifiées confondues : « A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, Au nom de l’Ordre, Et par le pouvoir qu’il m’en a donné, Je vous reçois Franc-Maçon apprenti. » [4]

C’est donc « l’Ordre » et lui seulement qui est fondateur, c’est l’Ordre qui est le canal de transmission de l’initiation. C’est lui, évoqué constamment lors de la réception, qui préside à l’accomplissement des rites de la maçonnerie rectifiée.

Mais qu’est-ce que « l’Ordre » pour le Régime rectifié ?

Une obédience chrétienne, ou non-chrétienne d’ailleurs, pouvant se désigner comme adogmatique ? Une société arc-boutée sur les dogmes de l’Eglise, ou bien attachée foncièrement aux valeurs de la République ? Une structure professant la liberté absolue de conscience, ou défendant la foi des conciles ? Une organisation ne s’écartant en rien des principes de Liberté, Egalité, Fraternité, ou se revendiquant des enseignements chrétiens ? Une Association fondée sur des Statuts civils et un Règlement intérieur adoptés en assemblée générale ?

Entendons-nous bien, la question n’est pas de savoir si ces motifs sont louables ou dignes de respect, et ils le sont évidemment en eux-mêmes, le problème n’est pas là, mais de se demander si le rectifié se pense ou se définit selon ces critères évoqués, si sa nature en relève vraiment, ou non ?

Lisons ce qu’en dit le Régime rectifié pour le savoir :

« Qu’est-ce que la Franc-Maçonnerie ?

R. C’est une école de sagesse et de vertu qui conduit au Temple de la vérité, sous le voile des symboles, ceux qui l’aiment et qui la désirent.

0.  Quels sont ses mystères ?

R. L’origine, la fondation et le but de l’Ordre. » [5]

Quelle est l’origine de l’Ordre ?

Voici la réponse : « Son origine est si reculée, qu’elle se perd dans la nuit des siècles ; tout ce que peut l’institution maçonnique, c’est d’aider à remonter jusqu’à cet Ordre primitif, qu’on doit regarder comme le principe de la franc-maçonnerie ; c’est une source précieuse, ignorée de la multitude, mais qui ne saurait être perdue : l’un est la Chose même, l’autre n’est que le moyen d’y atteindre. Cet Ordre par excellence, à défaut de le pouvoir nommer, ne peut être appelé que le Haut et Saint Ordre (…) » Ordre par excellence détenteur des « des connaissances précieuses et secrètes qui découlent de la Religion primitive. » [6]

Un « Haut et Saint Ordre » détenteur « des connaissances précieuses et secrètes qui découlent de la Religion primitive », comme c’est intéressant. Serait-ce à dire que cet Ordre posséderait un enseignement, en d’autre terme une doctrine ?

c) L’Ordre rectifié, dont le Régime maçonnique n’est que l’enveloppe superficielle, possède une doctrine sur la religion 

La réponse est affirmative, c’est même ce qui caractérise le Régime écossais rectifié par rapport à tous les autres rites maçonniques : être dépositaire, selon ce que soutient les Rituels de l’Ordre, d’une doctrine relevant des « connaissances précieuses et secrètes qui découlent de la Religion primitive ». 

Mais que sont ces « connaissances précieuses et secrètes qui découlent de la Religion primitive » ?

Lisons, comme il convient toujours, ce que nous dit Willermoz pour le savoir : « La doctrine ne permet pas d’en douter ; et en effet, le principal but de l’initiation fut toujours d’instruire les hommes, sur les mystères de la Religion et de la science primitive, et de les préserver de l’abandon total qu’ils feraient de leurs facultés spirituelles, aux influences des Etres corporels et inférieurs. Les Initiations devaient donc être le refuge de la Vérité, puisqu’elle pouvait s’y former des Temples dans le coeur de ceux qui savaient l’apprécier et lui rendre hommage. » [7]

Le Régime écossais rectifié affirme donc qu’il y aurait un Ordre détenteur de connaissances secrètes sur la religion dont le Régime maçonnique ne serait que l’enveloppe superficielle, connaissances qui formeraient l’essence d’une doctrine.

C’est ce qui est dit précisément dans une autre Instruction du Régime rectifié : « Les Loges qui reçurent [l’initiation parfaite] conservèrent jusqu’au VIe siècle ces précieuses connaissances, et le refroidissement de la foi annonce assez qu’à cette époque le souvenir s’en est affaibli, et que ce qu’il restait d’initiés se retirèrent dans le secret. Mais aussi on doit croire que ces connaissances se sont perpétuées sans interruption pendant tous les siècles du monde, car tous les ouvrages que Dieu a créés demeurent à perpétuité et nous ne pouvons rien ôter à tout ce que Dieu a fait. » [8]

d) Les connaissances doctrinales secrètes ont été perdues par l’Eglise

Non seulement le caractère doctrinal est donc affirmé, soutenu dans toutes les Instructions, non seulement cette doctrine imprime sa marque sur chaque élément symbolique ou initiatique du Régime, mais en plus l’Ordre nous apprend que les connaissances secrètes sur le christianisme ont été perdues au VIe siècle par l’Eglise, mais se sont conservées au sein de l’Ordre qui en détient le dépôt doctrinal !

Et en effet, quoique cela puisse surprendre certains esprits, et être un danger « pour ceux qui, soit par l’effet de leur éducation religieuse, ou par leur disposition naturelle, se font un devoir d’étouffer leur propre raison pour adopter aveuglément toutes les prétentions, opinions et décisions [ecclésiales]  (Willermoz écrit « ultramontaines » mais le sens est identique, ndrl.), et par conséquent l’esprit d’intolérance qui les a toujours accompagnées… » (J.-B. Willermoz, lettre à la Triple Union de Marseille,1807),  c’est pourtant ce que confirme encore une fois l’Ordre de la façon la plus solennelle : « La doctrine […] remonte…jusqu’à Moïse qui la connut dans toute sa pureté et fut choisi par Dieu pour la faire connaître au petit nombre des initiés, qui furent les principaux chefs des grandes familles du Peuple élu, auxquels il reçut ordre de la transmettre pour en perpétuer la connaissance dans toute sa vérité… Les Instructions sont un extrait fidèle de cette Sainte Doctrine parvenue d’âge en âge par l’Initiation jusqu’à nous. » [9]

Il y a donc bien une  « Sainte Doctrine parvenue d’âge en âge par l’Initiation jusqu’à nous… » qui caractérise et définit l’Ordre, ainsi que le dit positivement Willermoz – ce sur quoi insiste le Directoire National Rectifié de France – expliquant même que cette sainte doctrine fut oubliée par l’Eglise depuis le VIe siècle et qu’elle est depuis cette époque préservée par l’Ordre !

Tout ceci est clair, précis, et nous fait comprendre en quoi si l’Ordre est chrétien, il se rattache cependant à un enseignement secret, une « sainte doctrine » méconnue depuis le VIe siècle.

e) L’Ordre relève du « christianisme transcendant » et non du dogme de l’Eglise

L’Ordre est donc chrétien et relève bien du christianisme, c’est exact. Mais d’un christianisme tout à fait particulier que Joseph de Maistre (1753-1821) désigna dans son Mémoire au duc de Brunswick (1782) comme « christianisme transcendant », transcendant car s’écartant sur quelques points notables du Credo de Nicée-Constantinople puisque se rattachant à la « sainte doctrine » détentrice de connaissances oubliées par l’Eglise depuis le VIe siècle.

Voilà la position officielle du Régime Ecossais Rectifié à l’égard du christianisme, selon toutes ses Instructions !

Il ne s’agit ni de « vues personnelles », ni d’une « conception sectaire », ou d’une position  « doctrinaire étroite », mais de ce qu’est, sur le plan de sa vérité la plus essentielle, l’Ordre fondé par Jean-Baptiste Willermoz.

Mais au fait, que clamait dans son article – qui ne fait que reprendre ses positions permanentes depuis des années – le Grand Aumônier du G.P.D.G. ?

Relisons : « Le profane qui est reçu dans le Régime rectifié… prête serment …. de « fidélité à la sainte religion chrétienne ». Et non à on ne sait quelle « sainte doctrine » sortie on ne sait d’où. »

Une « sainte doctrine » sortie on ne sait d’où », comme c’est étrange ?

Mais alors Willermoz nous aurait raconté des fables, il aurait édifié l’Ordre sur des rêveries, sur une « sainte doctrine » sortie on ne sait d’où », et la Réforme qui fut l’objet du Convent des Gaules en 1778 qui consista à infuser la doctrine de la réintégration au sein de la Stricte Observance, reposerait sur des éléments imaginaires….sortis « on ne sait d’où » (sic) ?

Donc ce Régime, selon le raisonnement du Grand Aumônier du G.P.D.G., n’aurait pas de doctrine spécifique, et la rectification serait un leurre, une farce, un montage illusoire inventé pour s’amuser et ennuyer les Frères allemands de la Stricte Observance ? (Notons au passage, que c’est exactement la petite musique exprimée par les pires adversaires de Willermoz au XVIIIe siècle).

f) La domination sur le Régime rectifié de l’idée de « Franc-maçonnerie chrétienne »,  est une prison corruptrice 

On le constate donc, tout ceci n’est pas sérieux, et montre l’extrême menace que représente l’édification de conceptions étrangères aux Codes de 1778, et la domination de constructions globalisantes, comme par exemple celle connue sous le nom générique de « Franc-maçonnerie chrétienne », accompagnée d’une Aumônerie pour en faire appliquer les principes [10], qui se superpose en autorité au Régime lui-même, agissant sur lui comme une prison corruptrice qui en déforme l’esprit et en détruit les fondements.

D’ailleurs, si l’on y réfléchit un instant, on voit immédiatement en quoi le sujet du christianisme pour le Régime rectifié va évidemment bien au-delà de la conformité aux dogmes conciliaires. Car s’il faut être chrétien pour accéder à l’Ordre dès le départ, pourquoi donc serait-il nécessaire de faire venir un chrétien en loge, l’introduire dans une structure maçonnique qui, parfois, le met sous le coup de sanctions disciplinaires ecclésiales sévères – notamment pour les catholiques – si c’est simplement pour qu’il y retrouve à l’identique les éléments dogmatiques dont il dispose déjà naturellement dans son église, et sans qu’il soit obligé de se soumettre à tout un appareil complexe de grades, de rites et de cérémonies curieuses s’étendant sur de longues années, dont l’aboutissement, du point de vue doctrinal, serait exactement le même que les critères de sa « foi chrétienne » exigés au début de son initiation, et qu’un enfant possède en ouvrant son catéchisme ? Ceci n’a strictement aucun sens sur le plan initiatique, et revient à faire des conditions initiales de la démarche maçonnique rectifiée, une borne de solidification rigide et sectaire, bloquant et empêchant toute possibilité d’accès au christianisme transcendant.

Si la maçonnerie rectifiée propose à certaines âmes, chrétiennes en effet car c’est une condition préalable, de se joindre à ses travaux, ce n’est sans doute pas pour leur réciter une copie conforme du Credo qu’elles connaissent par coeur de par leur confession, mais pour leur transmettre, au cours d’une propédeutique adaptée, d’un chemin lent, patient et mesuré, des connaissances, un enseignement mystérieux et secret, et pour tout dire une «révélation de la révélation» selon l’heureuse formule de Joseph de Maistre [11], qui provient d’une «doctrine portant sur la question de la réintégration », que les baptisés ne peuvent plus trouver dans l’Eglise, puisque cette doctrine y est tout simplement inconnue depuis le VIe siècle.

Invitons de ce fait aimablement le Grand Aumônier du G.P.D.G., plutôt que d’écrire des sottises et de laisser emporter sa plume par un zèle sacerdotal excessif qui trouble son jugement, de relire attentivement les Instructions de l’Ordre, ce qui lui évitera également de soutenir des énormités ridicules… mais il vrai, comme le soulignait à juste titre Willermoz : « Les ministres de la religion traitent de novateurs tous ceux qui soutiennent la vérité [de la doctrine]. » (Lettre de Willermoz à Saltzmann, mai 1812 ).

Conclusion : « Le but de Willermoz était donc de préserver la doctrine…»

Aujourd’hui le Grand Aumônier du G.P.D.G., certes va un peu plus loin, en rajoutant au reproche de « novation », ceux « d’apostasie » (sic) et de « parjure » (re-sic), les temps ont changé il est vrai, et la décadence, par l’outrance, se fait cruellement sentir ; mieux vaut en sourire… Omne promiscuum sordescit.

Charitablement d’ailleurs, et pour éviter des polémiques inutiles, nous n’avons retenu que les aspects « théoriques » exprimés par le Grand Aumônier dans son article, lui laissant la responsabilité des qualificatifs destinés à une nouvelle catégorie « d’hérésiarques » de son invention, dont il croit utile d’agrémenter sa prose et ses interventions sur l’espace virtuel, procédés qui sont modérément efficaces pour « mettre fin à des controverses mal venues » (sic).

Concluons plutôt par ces lignes de Robert Amadou (+ 2006), autrement plus sérieux et instructif en des domaines où, il vrai, ses qualifications étaient réelles, et sur lesquelles il a toujours conservé un respectueux silence : « Le but de Willermoz était donc de préserver la doctrine dont Martines de Pasqually avait été, selon que ce dernier lui avait enseigné, l’un des relais seulement ; maintenir, quand sombrait l’ordre des Elus Cohen, la vraie Maçonnerie selon le modèle que Martinès de Pasqually lui avait révélé comme l’archétype et que garantit une conformité doctrinale avec la doctrine de la réintégration. » [12]

Abbé Pélican

Pour comprendre comment s’articule le lien entre

« sainte religion chrétienne» et « doctrine de l’Ordre»

au sein du Régime Ecossais Rectifié, lire :

 La doctrine de l’Ordre et la « sainte religion chrétienne »

Notes.

1. Formule du Serment au Grade d’Apprenti : « Moi, N…, N… (prononçant ses noms de baptême et civil), je promets sur le Saint Evangile, en présence du Grand Architecte de l’Univers, et je m’engage sur ma parole d’honneur, devant cette respectable assemblée, d’être fidèle à la sainte religion chrétienne, à mon Souverain, aux lois de l’Etat […] ». (Rite écossais rectifié, Rituel du 1er Grade, 1802).

La Règle maçonnique évoque de même la sainte religion chrétienne : « Rends donc grâce à ton Rédempteur ; prosterne-toi devant le Verbe incarné, et bénis la Providence qui te fit naître parmi les chrétiens. Professe en tous lieux la divine Religion du Christ, et ne rougis jamais de lui appartenir. L’Evangile est la base de nos obligations ; si tu n’y croyais pas, tu cesserais d’être Maçon. Annonce dans toutes tes actions une piété éclairée et active, sans hypocrisie, sans fanatisme ; le Christianisme ne se borne pas à des vérités de spéculation ; pratique tous les devoirs moraux qu’il enseigne, et tu seras heureux ; tes contemporains te béniront et tu paraîtras sans trouble devant le trône de l’Eternel. » (Règle maçonniqueARTICLE I. Devoirs envers Dieu et la Religion, 1802).

2. A Tribus Liliis, Grand Aumônier du G.P.D.G., Mise au point pour mettre fin aux controverses mal venues, 21 février 2013.

3. « La sainte religion chrétienne est issue des enseignements donnés par notre Seigneur Jésus-Christ, le Verbe incarné, durant son existence terrestre, et poursuivis par le Saint-Esprit à l’occasion des saints conciles où étaient représentés tous les chrétiens du monde, d’où leur appellation d’œcuméniques. » (A Tribus Liliis, Mise au point pour mettre fin aux controverses mal venues, 4e point).

4. Rite écossais rectifié, Rituel du 1er Grade, 1802.

5. Ibid.

6. Instruction du grade d’Ecuyer Novice, 1778, Bibliothèque du Grand Orient des Pays-Bas, la Haye, Fonds Kloss, F XXVI 113‑10.

7. Instruction des Chevaliers Profès, 1778.

8. Instruction du grade d’Ecuyer Novice, 1778.

9. Jean-Baptiste Willermoz, Statuts et Règlement de l’Ordre des Grands Profès, Ms 5.475, BM Lyon.

10. « Le Grand Aumônier, ou des Aumôniers désignés par lui, sont chargés, en étroite liaison avec les Chefs des Ordres, le Maître Général des Loges de Saint-Jean et de Saint-Andréde dispenser et de superviser l’enseignement religieux et spirituel, dans les Etablissements de leur ressort. » (Statuts du G.P.D.G., Livre VII, art. 112, 2005, amendés le 29 septembre 2012 ).

11. J. de Maistre, Mémoire au duc de Brunswick-Lunebourg (1782).

12. R. Amadou, Martinisme, CIREM, 1997, p. 36.

Jean-Baptiste Willermoz et la pratique de la prière

In Doctrine, Franc-maçonnerie, Prière, Réintégration, Religion, Théologie on 9 janvier 2013 at 23:14

Jésus III

Nous savons que Willermoz, comme Saint-Martin y insista avec force, préconisait la pratique de la prière pour la réconciliation de l’âme avec le ciel. Cette invitation à l’exercice de la prière se retrouve à de nombreux endroits dans les textes du lyonnais, comme dans les rituels du Régime rectifié qui multiplient cet appel constant.

Ainsi, dans le rituel du 4e grade, il est indiqué : « Hiram allant assidûment au Temple pour y faire sa prière, après la retraite des ouvriers, enseigne aux Maçons qu’en cette qualité, ils doivent encore plus que les autres un pur hommage à l’Etre Suprême. » [1]

C’est pourtant dans un manuscrit peu connu, intitulé Mes pensées et celle des autres, où Willermoz va coucher sur le papier les lignes les plus intimes dans son rapport avec Dieu dans le secret de son âme. Il est donc intéressant que tous ceux qui sont attentifs à la voie rectifiée puissent connaître les pensées du fondateur du Régime établi à Lyon en 1778.

Voici la prière que Willermoz adresse à Dieu :

« Vérité éternelle, tu m’entoures de tes rayons, mais des ombres ténébreuses s’élèvent sans cesse de mon âme et m’empêchent de porter mes regards jusqu’à toi. Tous les jours, le soir et au milieu de la nuit, le matin et le midi, je t’invoque avec ardeur. Mes efforts sont vains et inutiles. Le voile épais de mes affections matérielles m’ôte le vue de ta lumière.  Les images des objets auxquels j’ai livré mes sens, se placent en foule entre ton action bienfaisante et les faibles efforts de ma volonté ; elles m’égarent et m’entraînent par leurs illusions trompeuses. Tu m’échappes et je perds l’espoir de t’atteindre.

O vérité sans laquelle mon être n’est qu’un néant, je ne cesserai de t’invoquer. Jusqu’à ce que tu aies exaucé mon désir, mes vœux seront mon unique existence. Entends ma voix, viens actionner celui qui t’appelle avec tant d’ardeur. J’abjure l’amour des objets sensibles ; c’est toi seul que je veux aimer et contempler à jamais comme mon unique vie. Car c’est toi qui es la vie de l’homme, et je sais avec évidence que ma destinée est de vivre toujours en toi et avec toi.

Où pourrai-je donc trouver la science et la sagesse ? J’ai passé les jours et les nuits dans la recherche et les méditations et je demande encore où elle se tient cachée. L’homme est bien loin de la connaître et d’en savoir le prix.

Elle n’est ni dans les profondeurs de la mer ni dans les abîmes de la terre. Où est-elle donc cette sagesse et cette intelligence ? Où pourrai-je la trouver ?

J’ai consulté tous les êtres vivants ; aucun ne l’a encore aperçue, et j’ai vu qu’ils ne l’ont point en eux… Il n’y a que Dieu qui connaisse la route qui conduit vers elle ; lui seul sait où elle se tient.

Lorsqu’il donnait des lois à tous les êtres, qu’il soumettait à ses ordres les ventes et les tempêtes et qu’il dirigeait la foudre dans la carrière qu’il lui imposait, la sagesse était devant lui. Alors, il dit à l’homme : Tu ne trouveras la science et l’intelligence que dans la crainte du Seigneur. »

Jean-Baptiste Willermoz, Mes pensées et celle des autres, B.M. de Lyon, MS 5526.

Note.

1. Rituel de Maître écossais de saint André, 1809.

Qui était Saint André ?

In Christianisme, Doctrine, Franc-maçonnerie, Jean-Baptiste Willermoz, Religion, Théologie on 31 décembre 2012 at 00:16

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Au rituel du 4e Grade, désigné à cette époque sous le nom de « Maître Ecossais », approuvé par le Convent des Gaules de 1778, manquait le  dernier tableau, avec la figure de saint André, ainsi que l’ultime instruction qui résume tous les points essentiels de la Maçonnerie symbolique rectifiée, éléments qui furent rajoutés bien après le Convent de Wilhelmsbad (1782).

Dans une lettre, Willermoz expliquait le sens du 4e Grade du Régime rectifié de la manière suivante : « Nous n’avons chez nous qu’un seul grade supérieur et intermédiaire entre les trois gra­des bleus et l’Ordre Intérieur, dénommé, comme je l’ai déjà dit, Maître Ecossais de Saint-André. (…) Notre Maître Ecossais retrace et met en action dans sa réception tou­tes les grandes époques historiques survenues au Temple de Salomon et à la nation élue : la destruction, la réédification et la deuxième dédicace de l’un, la captivité, le re­tour et les combats de l’autre ; car nous ne perdons jamais de vue les révolutions de ce Temple unique, ni le grand emblème du Maître Hiram ; tous ces objets sont mis en scène sous les yeux du candidat par divers tableaux, dont le dernier figure le passage de la loi ancienne à la loi nouvelle par Saint-André qui quitta son premier maître Jean-Baptiste pour suivre invariablement Jésus-Christ ; ici finissent les symboles. » [1]

Pourtant, malgré sa place importante dans le Régime rectifié, peu de Frères connaissent qui fut réellement saint André.

Il semble donc intéressant d’éclairer la figure de ce grand saint et Apôtre qui occupe une place charnière au sein du système fondé par Jean-Baptise Willermoz.

Saint André (+ 62), frère de saint Pierre, est le premier des Apôtres qui ait connu Jésus-Christ, aussitôt après Son Baptême sur les bords du Jourdain. Toutefois son appel définitif ne date que du moment où Jésus le rencontra avec son frère Simon, jetant les filets pour pêcher, dans le lac de Tibériade, et leur dit à tous deux : « Suivez-Moi, Je vous ferai pêcheurs d’hommes. »

 Après la Pentecôte, André prêcha dans Jérusalem, la Judée, la Galilée, puis alla évangéliser les Scythes, les Éthiopiens, les Galates et divers autres peuples jusqu’au Pont-Euxin. Les prêtres de l’Achaïe prirent soin d’envoyer aux églises du monde entier la relation de son martyre, dont ils avaient été les témoins oculaires. Menacé du supplice de la croix : « Si je craignais ce supplice, dit-il, je ne prêcherais point la grandeur de la Croix. » Le peuple accourt en foule, de tous les coins de la province, à la défense de son Apôtre et menace de mort le proconsul. Mais André se montre, calme la foule de chrétiens ameutés, les encourage à la résignation et leur recommande d’être prêts eux-mêmes au combat.

 Le lendemain, menacé de nouveau : « Ce supplice, dit-il au juge, est l’objet de mes désirs ; mes souffrances dureront peu, les vôtres dureront éternellement, si vous ne croyez en Jésus-Christ. »

 Le juge irrité le fit conduire au lieu du supplice. Chemin faisant, l’Apôtre consolait les fidèles, apaisait leur colère et leur faisait part de son bonheur.

 D’aussi loin qu’il aperçut la Croix, il s’écria d’une voix forte : « Je vous salue, ô Croix consacrée par le sacrifice du Sauveur ; vos perles précieuses sont les gouttes de Son sang. Je viens à vous avec joie, recevez le disciple du Crucifié. O bonne Croix, si longtemps désirée, si ardemment aimée, rendez-moi à mon divin Maître. Que par vous je sois admis à la gloire de Celui qui par vous m’a sauvé. »

 Il se dépouilla lui-même de ses vêtements, les distribua aux bourreaux, puis fut lié à une croix d’une forme particulière, appelée depuis croix de Saint-André. Le Saint, du haut de sa Croix, exhortait les fidèles, prêchait les païens, attendris eux-mêmes.

 Une demi-heure avant son dernier soupir, son corps fut inondé d’une lumière toute céleste, qui disparut au moment où il rendit l’âme.

Ainsi, comme le souligne Willermoz, Saint André « figure le passage de la loi ancienne à la loi nouvelle qui quitta son premier maître Jean-Baptiste pour suivre invariablement Jésus-Christ », il nous rappelle que la Nouvelle Alliance est rattachée et unie aux alliances antérieures qu’elle réincorpore et « accomplit », mais que l’Incarnation de Jésus-Christ a ceci de particulier qu’elle manifeste non seulement la continuité des promesses qu’elle situe sur un plan céleste et divin, mais surtout fonde pour toujours « l’Alliance éternelle » (Hébreux 13, 20), l’Alliance parfaite, bien supérieure à l’ancienne, l’Alliance nouvelle qui libère la race d’Adam par l’effet de la loi nouvelle de grâce.

Note.

1. Pierre Chevallier, Louis Mathias de Barral, ancien évêque de Troyes, franc-maçon du Rite Ecossais Rectifié, et un document inédit sur le Rite Ecossais Rectifié (lettre de Jean-Baptiste Willermoz) ; Mémoires de la Société Académique de l’Aube, t. 104 (1964‑1966), pp. 195‑213.