Régime Écossais Rectifié

Pour un retour aux sources de l’Illuminisme

In Franc-maçonnerie, Histoire, Illuminisme, Régime Ecossais Rectifié, Théosophie on 18 janvier 2013 at 01:38

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L’illuminisme semble poser un problème à la franc-maçonnerie moderne. Pourquoi donc ?

Tout simplement parce que l’esprit avec lequel œuvrèrent ceux qui participèrent de ce courant spirituel foisonnant au XVIIIe siècle, est devenu étranger à nos contemporains qui, bien que pratiquant des Rites qui sont nés de l’illuminisme, ignorent ou veulent tout ignorer des sources, méconnaissent les influences, oublient l’aspiration spirituelle qui présida aux destinées des voies initiatiques.

Dans sa présentation du lien unissant l’illuminisme au « Saint Ordre » – sous-entendu le Régime Ecossais Rectifié selon les critères willermoziens le Directoire National Rectifié de France explique : « Au XVIIIe siècle, l’illuminisme, courant d’une extraordinaire et foisonnante richesse qu’il est bien difficile et présomptueux de vouloir résumer en quelques mots, se caractérisa par une volonté de reconnaître au-dessus de l’homme un ensemble de vérités supérieures et mystérieuses, dépassant largement les faibles capacités de l’intelligence discursive. » [1]

Ceci est tout à fait exact.

Voici ce que que disait un éminent spécialiste du sujet : « Comme son nom l’indique, l’illuminisme fait référence à la lumière.  De quelle lumière s’agit-il ? De la Science de Dieu, lumière venant d’en haut : l’étymologie nous donne la meilleure définition de la théosophie et de l’illuminisme.  Les mystiques qui professent ces doctrines possèdent, par une révélation directe, les secrets du monde supérieur; l’inspiration, et, le plus souvent, l’association secrète les caractérisent ; « tous ces hommes, peu satisfaits des dogmes nationaux et du culte reçu, se livrent à des recherches plus ou moins hardies sur le christianisme qu’ils nomment primitif ». Ainsi les décrivait Joseph de Maistre. Si  Fabre d’Olivet et Prunelle de Lière, affirmaient que la théosophie commence où cesse la philosophie rationnelle, elle finit alors où commence la théologie; elle enveloppe les relations que l’on prétend entretenir avec le surnaturel, indépendamment de l’autorité ou du contrôle de n’importe quelle Église établie.  Ainsi l’entendent les plus réfléchis des illuminés et les plus consciencieux de leurs historiens.  Leurs définitions reposent sur la théorie de l’inspiration directe.  Dégager, par l’initiation, ce « moi intérieur », cette « étincelle divine » existant dans la personnalité humaine ; jouir de cette « intuition », de cette « intelligence profonde des choses qui repose, sur une illumination spirituelle », de ces « relations d’un genre exceptionnel avec les habitants du monde invisible » » ; posséder la « vision intime du principe de la réalité du monde  », telles sont bien les espérances des adeptes.  Ils obtiendront un jour, si le succès couronne leurs efforts, une « communauté immédiate avec la Divinité  » ; Ils savent d’ailleurs que, dès auparavant, ils ne peuvent, sans révélation, avoir d’idées vraies de Dieu, de la nature, du ciel ni de l’enfer. » [2]

Le courant illuministe, au moment où les loges opératives s’ouvraient à des lettrés n’exerçant pas le « métier », va imprégner profondément la franc-maçonnerie, il va lui donner un « esprit », une sensibilité, une orientation qui constitueront ses bases les plus essentielles.

Ainsi tous les rites, et en particulier le Régime rectifié, vont être marqués définitivement par l’empreinte de ce courant, au point que sans l’illuminisme la maçonnerie telle que nous la connaissons n’existerait tout simplement pas.

Que les illuminés d’hier inspirent les travaux d’aujourd’hui, voilà qui est normal, d’autant que le courant illuministe agit comme une source, mais également comme une méthode, car les mêmes manières d’approcher les mystères et de vivre les formes – y compris structurelles – doit présider à la façon dont doivent être actives et surtout fonctionner les voies initiatiques.

Martinès de Pasqually, Saint-Martin, Willermoz, Mathias Claudius (traducteur Des erreurs et de la vérité), Johann Friedrich Kleuker et Gottlieb Heinrich von Schubert, tous admirateurs de Jacob Boehme, sans oublier l’écrivain piétiste Jung-Stilling lié à Jacobi, Diethelm Lavater et Justinus Kerner, vont tous participer du renouveau spirituel au sein duquel se trouve également celui qui fut surnommé le « mage du Sud », Friedrich Christoph Oetinger, sans oublier évidemment Franz von Baader.

Que serait l’ésotérisme initiatique sans ces maîtres incontestés ?

A quoi ressembleraient les travaux des loges sans l’enseignement de ces personnalités éminentes et magnifiques ?

C’est donc par un retour aux sources qui nourrirent les voies spirituelles, par un respect pour les « illuminés » du XVIIIe siècle et ceux qui souhaitent se mettre à leur école en plaçant humblement leurs pas dans les leurs, et non en ostracisant leur doctrine et leur façon de vivre le cheminement initiatique, que la maçonnerie de notre siècle pourra retrouver, s’il se peut, et non sans d’immenses efforts, son authenticité perdue.

Notes.

1. Le dépôt du « Saint Ordre » et l’illuminisme, janv. 2012.

2. A.Viatte, Les sources occultes du romantisme, vol 1, 1ere partie, Librairie Honoré Champion, 1928.

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